Du Mont-Louis au Père-Lachaise
De la propriété des jésuites en 1626 au plus grand cimetière de Paris : quatre siècles de transformation sur la colline de Charonne.
Quand Paris apprit à brûler ses morts
Premier crématorium de France, inauguré en 1889 dans un style néo-byzantin par Jean Camille Formigé : l'histoire d'un combat de quinze ans pour la liberté des obsèques.
Vingt-six mille cases pour l'éternité
Construit par phases entre 1893 et 1920 par l'architecte Formigé, le columbarium du Père-Lachaise déploie quatre ailes et quatre niveaux autour du crématorium : 26 606 cases numérotées, dont celles de Maria Callas, Max Ophüls et Isadora Duncan.
Le Crépuscule de la Reine d'Oudh
Trois jours à Paris avant l'oubli — la première sépulture indienne du Père-Lachaise.
La première chapelle
L'éternité sur mesure — l'invention de la chapelle Greffulhe.
Qui était le Père Lachaise ?
Le confesseur de Louis XIV qui donna son nom à la colline.
Le chuchotement des Francs-Maçons
Équerres, compas et acacias : l'alphabet secret gravé dans la pierre.
Les légendes noires
Rituels nocturnes et folklore occulte : deux siècles de récits qui hantent les allées.
La première inhumation
1804 : l'enfant des lilas, premier souffle du Père-Lachaise.
La mosquée oubliée
La première mosquée de France métropolitaine, au cœur de la nécropole.
Les concessions gratuites
Le Panthéon de l'ombre : un repos offert aux sans-couronne.
La grève de 1910
Quand les fossoyeurs cessèrent le travail, le cimetière bascula dans le chaos.
Le train des morts qui ne partit jamais
En 1863, le baron Haussmann veut fermer le Père-Lachaise, Montmartre et Montparnasse pour transférer tous les morts de Paris dans une nécropole de mille hectares à Méry-sur-Oise, desservie par un train funéraire. Le projet sera rejeté deux fois par le conseil municipal.
Vingt-sept articles pour enterrer les morts
Signé à Saint-Cloud le 12 juin 1804 par Napoléon Bonaparte, le décret impérial sur les sépultures interdit les inhumations dans les villes et fonde le droit funéraire moderne. Les deux cosignataires du texte — Chaptal et Maret — reposent au Père-Lachaise.
Le cimetière qui a dévoré la colline
Entre 1824 et 1850, cinq agrandissements successifs ont fait passer le Père-Lachaise de dix-sept à quarante-quatre hectares. La dernière extension, sur le plateau de Charonne, a transformé le jardin romantique en une ville des morts quadrillée de rues pavées, de trottoirs et de fontaines.
Le jour où Molière sauva le Père-Lachaise
En mars 1817, la mairie de Paris organise le transfert des dépouilles présumées de Molière, La Fontaine, Héloïse et Abélard au cimetière de l'Est. L'opération de réclame est un triomphe : treize ans après une ouverture désertée, le Père-Lachaise devient le lieu où il faut reposer.
La pyramide perdue du Père-Lachaise
Architecte du Palais de la Bourse et inspecteur des Travaux publics de la Seine, Alexandre-Théodore Brongniart (1739-1813) conçut pour le cimetière de l'Est un jardin à l'anglaise ponctué d'une pyramide, d'un campo santo et de fabriques monumentales — un plan resté, pour l'essentiel, sur le papier.
L'homme qui acheta la colline
Premier préfet de la Seine nommé par Bonaparte en 1800, Nicolas Frochot acheta le domaine du Mont-Louis pour 180 000 francs et fonda le cimetière du Père-Lachaise — avant d'y être lui-même enterré, en division 37.
Le peintre qui brûla ses toiles
Paul-Albert Bartholomé était peintre. Le jour où la sculpture le posséda, il brûla ses toiles en plein champ. Douze ans plus tard, le 1er novembre 1899, quatre-vingt-dix-huit mille personnes découvraient son Monument aux morts au Père-Lachaise.
L'adieu sans la pierre
En 1985, le Père-Lachaise inaugure le premier jardin du souvenir de France : une pelouse en division 77 où les cendres sont dispersées sans tombe, sans plaque, sans trace visible. Plus de mille trois cents familles y font ce choix chaque année.
La perpétuité a une fin
Derrière le Monument aux morts de Bartholomé, des galeries souterraines reçoivent depuis 1953 les ossements exhumés des concessions reprises dans les dix-sept cimetières de Paris. Cet ossuaire est le lieu où la perpétuité s'achève — et où des centaines de noms ont rejoint l'oubli.
La porte que personne ne lit
Trois millions de visiteurs franchissent chaque année la porte principale du Père-Lachaise sans lever les yeux. Deux inscriptions latines, deux sabliers ailés et deux torches de pierre y sont gravés depuis 1822 — vestiges d'un programme funéraire conçu par l'architecte Étienne-Hippolyte Godde.
Comment les livres ont rempli les tombes
Entre 1808 et 1830, au moins neuf guides sont consacrés au Père-Lachaise : voyages sentimentaux, promenades philosophiques, conducteurs illustrés. C'est cette littérature funéraire, sans équivalent au monde, qui a transformé un jardin boudé en nécropole de prestige.
Treize tombes pour dix-sept hectares
Quand le Père-Lachaise ouvre en mai 1804, treize familles seulement acceptent d'y enterrer leurs morts. Les Parisiens refusent cette colline lointaine, sans église ni tradition paroissiale. Il faudra treize ans et le transfert de dépouilles célèbres pour remplir ce jardin désert.
L'éternité en liste d'attente
Environ 70 000 concessions sur 44 hectares, dont 90 % de perpétuelles : le Père-Lachaise est plein depuis le milieu du XXe siècle. Pour continuer à accueillir ses morts, la Ville reprend les tombes abandonnées et transforme les chapelles en columbariums.
La dernière barricade
Le 28 mai 1871, les Versaillais s'emparent du Père-Lachaise après des combats entre les tombes. Cent quarante-sept communards sont fusillés contre le mur d'enceinte en division 76 — un mur devenu le lieu de mémoire le plus emblématique de la gauche française.
Huit cent quatorze morts en un jour
En 1832, le choléra tue 18 402 Parisiens en six mois. Le président du Conseil Casimir Périer, contaminé après une visite aux malades de l'Hôtel-Dieu, meurt le 16 mai. Son monument de bronze, en division 13, domine le rond-point central du Père-Lachaise.
Du sarcophage antique au granit poli
En deux siècles, le Père-Lachaise a traversé tous les styles funéraires : stèles néoclassiques de l'Empire, chapelles néogothiques de la monarchie de Juillet, éclectisme du Second Empire, Art nouveau, béton armé du modernisme — jusqu'aux dalles de granit poli d'aujourd'hui.
Ce que les pierres racontent
Torches renversées, sabliers ailés, colonnes brisées, ouroboros, papillons de pierre : les tombes du Père-Lachaise portent un vocabulaire de symboles que plus personne ne lit. Chaque motif sculpté dans la pierre avait un sens précis — et la plupart des visiteurs passent devant sans le savoir.
Cent soixante-huit visages de bronze
Le Père-Lachaise conserve cent soixante-huit bustes en bronze, dont cent vingt datent de la période 1850-1918. Peintres, musiciens, médecins, députés, maires : la bourgeoisie de la Troisième République se faisait portraiturer sur sa tombe par les plus grands sculpteurs de l'époque.
Les fleurs qui ne fanent pas
Couronnes de faïence émaillée, statuettes de porcelaine, mosaïques de tesselles : quatre cent seize pièces de céramique funéraire ont été inventoriées au Père-Lachaise. Ces objets fragiles, souvent anonymes, sont les vestiges d'un art populaire qui remplaçait les fleurs naturelles sur les tombes.
Mille vitraux derrière des portes fermées
Le Père-Lachaise abrite plus de mille cent vitraux dans ses chapelles funéraires — la plus grande collection de vitraux funéraires de France. Presque tous sont invisibles : les portes des chapelles sont fermées à clé, et les visiteurs passent sans savoir ce que les murs de pierre dissimulent.
L'architecte du métro chez les morts
En 1899, Hector Guimard dessine la sépulture d'un négociant en vins, Ernest Caillat, en division 2 du Père-Lachaise. C'est la seule tombe Art nouveau du cimetière conçue par l'architecte des entrées du métro parisien — et Guimard lui-même n'y repose pas.
Le musée que personne ne visite
Douze monuments classés, trente mille tombes inscrites à l'inventaire des monuments historiques : le Père-Lachaise est le plus grand musée de sculpture en plein air de France. Trois millions de visiteurs y viennent chaque année — la plupart pour une seule tombe.
Les morts sans tombe
Le long de l'avenue Circulaire, une quinzaine de monuments érigés entre 1946 et 2017 commémorent les victimes des camps nazis. Le Père-Lachaise, cimetière conçu pour accueillir des corps, est devenu le lieu de mémoire de ceux qui n'ont jamais eu de sépulture.
L'homme qui conservait les morts
En 1837, le chimiste Jean-Nicolas Gannal brevète un procédé d'embaumement par injection artérielle qui révolutionne la conservation des corps. Plus de deux mille cinq cents personnes sont embaumées par son atelier en vingt ans — dont beaucoup reposent au Père-Lachaise.
Le bijou que l'on portait du mort
Au XIXe siècle, les familles en deuil portaient des bracelets, des bagues et des broches tressés avec les cheveux du défunt. Le cheveu, matière imputrescible, devenait un lien physique entre les vivants et les morts — un fragment du corps transformé en bijou de sentiment.
L'innocent de la division 8
Joseph Lesurques, guillotiné le 30 octobre 1796 pour l'attaque du courrier de Lyon, repose en division 8 du Père-Lachaise. L'épitaphe gravée sur la tombe dit tout : « Il fut victime de la plus déplorable des erreurs humaines. » Il n'a jamais été réhabilité.
Cent vingt-six noms et un cinématographe
Le 4 mai 1897, l'incendie du Bazar de la Charité, rue Jean-Goujon, tue cent vingt-six personnes — surtout des femmes de l'aristocratie parisienne. Un monument aux victimes non identifiées se dresse en division 92 du Père-Lachaise, et la catastrophe invente l'odontologie médico-légale.
Deux millions de roubles et une nuit
Depuis 1896, une légende promet la fortune des Demidoff à quiconque veillera un an le cercueil de verre d'une princesse russe au Père-Lachaise. Le mausolée existe, en division 19. La princesse aussi. Mais le cercueil de verre, le testament et la fortune sont une invention de la presse.
La tombe qui a changé le cimetière
Jim Morrison est mort à Paris le 3 juillet 1971 et enterré en division 6 du Père-Lachaise cinq jours plus tard, devant cinq personnes. La tombe du chanteur des Doors est devenue le lieu de pèlerinage le plus fréquenté du cimetière — et le problème le plus tenace de son administration.
Le sphinx qui ne sourit plus
Le tombeau d'Oscar Wilde en division 89 du Père-Lachaise, sphinx ailé sculpté par Jacob Epstein en 1912, a été couvert de traces de rouge à lèvres pendant des décennies. En 2011, une vitre de protection a mis fin au rituel des baisers — et changé le rapport des visiteurs au monument.
Le journaliste que l'on touche
Yvan Salmon, dit Victor Noir, journaliste anti-bonapartiste de vingt-deux ans, a été abattu le 10 janvier 1870 par le prince Pierre-Napoléon Bonaparte. Le gisant en bronze de Jules Dalou, posé en division 92 du Père-Lachaise en 1891, est devenu l'objet d'un rituel de fertilité.
Le cœur qui ne repose pas au Père-Lachaise
Frédéric Chopin est enterré en division 11 du Père-Lachaise depuis 1849. Mais le cœur du compositeur n'est pas dans la tombe : préservé dans du cognac par sa sœur Ludwika, il repose depuis 1879 dans un pilier de l'église Sainte-Croix de Varsovie.
Le siècle qui inventait ses morts
Entre 1820 et 1900, la bourgeoisie parisienne a construit un culte des morts sans précédent : concessions perpétuelles, chapelles familiales, visites dominicales, couronnes de Toussaint. Le Père-Lachaise est le monument central de cette religion laïque du souvenir.
Huit classes pour un dernier voyage
Au XIXe siècle, le convoi funèbre qui menait le défunt au Père-Lachaise obéissait à un tarif strict : huit classes de funérailles, du corbillard à un cheval tendu de serge noire jusqu'au char à huit chevaux caparaçonnés de velours brodé d'argent.
La clochette au bout du doigt
Au XIXe siècle, la peur d'être enterré vivant hantait les familles parisiennes. Des cercueils de sécurité équipés de cloches, de tubes respiratoires et de cordons reliés aux doigts du mort furent brevetés par dizaines — une angoisse qui a marqué l'histoire du Père-Lachaise.
Le tireur d'élite que Bartholdi a sculpté
Ignace Hoff, franc-tireur alsacien redouté des Prussiens pendant le siège de Paris en 1870, repose en division 4 du Père-Lachaise sous une statue signée Bartholdi — la dernière œuvre du sculpteur de la Statue de la Liberté. Une petite Alsacienne en zinc veille au pied du monument.
Le chroniqueur sportif qui inventa le futur
Gaston de Pawlowski, critique littéraire et reporter sportif, repose en division 23 du Père-Lachaise. En 1912, Pawlowski publie « Voyage au pays de la quatrième dimension », roman prophétique qui anticipe la télévision, les autoroutes et la relativité — deux ans avant la Grande Guerre.
L'écharpe, la Seine et le columbarium
Isadora Duncan, pionnière de la danse moderne, meurt à Nice le 14 septembre 1927, étranglée par une écharpe prise dans la roue d'une automobile. Les cendres de la danseuse reposent au columbarium du Père-Lachaise, case 6796, aux côtés des cendres de ses deux enfants noyés dans la Seine en 1913.
La télégraphiste qui sauva quarante mille soldats
Juliette Dodu, née à La Réunion en 1848, a intercepté les dépêches prussiennes au bureau de télégraphe de Pithiviers pendant dix-sept jours en 1870. Première femme décorée de la médaille militaire, elle repose en division 28 du Père-Lachaise — et les historiens doutent de la véracité du récit.
Les invisibles de la colline
Le Père-Lachaise compte des dizaines de femmes célèbres — Édith Piaf, Sarah Bernhardt, Colette, Rosa Bonheur, Isadora Duncan — mais les guides touristiques n'en mentionnent qu'une poignée. Sur quarante-quatre hectares et soixante-dix mille concessions, la mémoire féminine reste largement effacée.
Ce que la terre du Père-Lachaise n'a pas oublié
Le sous-sol du Père-Lachaise recèle des vestiges antérieurs au cimetière. Lors des travaux entre 1849 et 1875, les ouvriers ont découvert des ossements anciens et des fondations qui rappellent que la colline de Charonne était habitée des siècles avant la première inhumation de 1804.
Le fantasmagore de la division 8
Étienne-Gaspard Robert, dit Robertson, physicien liégeois et inventeur du fantascope, a terrorisé le Paris du Directoire en projetant les fantômes de Marat et Danton devant un public pétrifié. La tombe de Robertson en division 8 du Père-Lachaise est un tombeau-spectacle de quatre mètres de haut.
Le colonel qui choisit l'Aigle
Charles de La Bédoyère, colonel du 7e régiment de ligne, rallie ses troupes à Napoléon près de Grenoble en mars 1815 au lieu de l'arrêter. Présent à Waterloo, arrêté pendant la Terreur blanche, il est fusillé le 19 août 1815 dans la plaine de Grenelle. Il repose en division 16 du Père-Lachaise.
Le président qui ne fut que Pompée
Félix Faure, septième président de la Troisième République, meurt à l'Élysée le 16 février 1899 dans des circonstances restées célèbres. Les obsèques nationales, le 23 février, sont marquées par la tentative de coup d'État de Paul Déroulède. Le président repose en division 4 du Père-Lachaise.
Le cercueil qui traversa Paris deux fois
Gioacchino Rossini meurt à Passy le 13 novembre 1868. Un cortège funèbre traverse tout Paris jusqu'au Père-Lachaise, division 4. Dix-neuf ans plus tard, le 1er mai 1887, la dépouille est exhumée et rapatriée à Florence, dans la basilique Santa Croce. La chapelle du Père-Lachaise est un cénotaphe.
Quarante-quatre hectares de verdure entre les tombes
Le Père-Lachaise est le plus grand espace vert de Paris intra-muros : quarante-quatre hectares, quatre mille cent trente-quatre arbres de quatre-vingts essences, deux cent vingt espèces végétales sauvages et cent quarante espèces animales.
Le jour où le cimetière a arrêté les pesticides
En 2015, le Père-Lachaise a supprimé tout traitement phytosanitaire sur ses quarante-quatre hectares. Dix ans plus tard, le résultat est spectaculaire : deux cent vingt espèces végétales sauvages, soixante-deux espèces d'oiseaux, des orchidées, des renards et une renoncule protégée.
Quand les orchidées poussent entre les tombes
Le Père-Lachaise abrite plus de deux cent vingt espèces végétales sauvages, recensées entre 2010 et 2020. Des orchidées sauvages y fleurissent en été. La renoncule à petites fleurs, espèce rare et protégée en Île-de-France, y pousse entre les dalles funéraires.
Les arbres qui mangent les tombes
Au Père-Lachaise, des arbres ont englobé des sépultures entières : racines enserrant les pierres, troncs absorbant les stèles, branches soulevant les dalles. Ce phénomène, baptisé « nécrophagie végétale », concerne des dizaines de tombes sur les quarante-quatre hectares du cimetière.
Neuf arbres qui ont vu passer les morts
Le Père-Lachaise compte neuf arbres classés remarquables par la Ville de Paris : un érable de Montpellier planté en 1833 en division 77, un cèdre du Liban de vingt-cinq mètres en division 4, un platane dont les racines englobent les tombes en division 45 et un arbre à gomme unique en Europe.
Soixante-deux espèces sous les frondaisons
Le Père-Lachaise accueille soixante-deux espèces d'oiseaux, recensées entre 2010 et 2020 par la Ville de Paris. Chouette hulotte, épervier d'Europe, pic vert, geai des chênes, roitelet huppé : le cimetière est l'un des sites ornithologiques les plus riches de Paris intra-muros.
Les locataires à quatre pattes de la colline
Le Père-Lachaise abrite cent quarante espèces animales sauvages, dont trois couples de renards installés depuis 2020 et des colonies de chats errants protégées depuis 1999. La nuit, sans éclairage, la colline de Charonne devient un corridor écologique en plein Paris.
Le dolmen le plus fleuri de Paris
Allan Kardec, pédagogue lyonnais devenu codificateur du spiritisme en 1857, repose en division 44 du Père-Lachaise sous un dolmen de granit couvert de fleurs. Vingt millions de Brésiliens se réclament de la doctrine spirite — la tombe de Kardec est la plus fleurie du cimetière.
Le médecin qui parlait aux morts
Gérard Encausse, dit Papus, médecin et occultiste né à La Corogne en 1865, fondateur de l'Ordre martiniste en 1891, conseiller du tsar Nicolas II, repose en division 93 du Père-Lachaise. Mort le 25 octobre 1916 d'une tuberculose contractée sur le front, Papus laisse cent soixante ouvrages.
Arrête-toi, voyageur, tu vois un héros
En 1809, la mère d'Antoine de Guillaume-Lagrange, sous-officier au 16e régiment de dragons tué en Pologne le 4 février 1807, fait ériger en division 29 la première sculpture du Père-Lachaise. Le cénotaphe, œuvre de Godde, classé monument historique en 1983, a donné son nom au chemin du Dragon.
Le Père-Lachaise avant la photographie
Avant l'invention de la photographie, le Père-Lachaise a été dessiné, gravé et lithographié par des dizaines d'artistes. Les gravures de Quaglia (1832) et de Lassalle et Rousseau (1839) documentent un cimetière aujourd'hui disparu.
Huit siècles de pérégrinations pour deux amants
Le monument d'Héloïse et Abélard, en division 7 du Père-Lachaise, est un pastiche gothique assemblé par Alexandre Lenoir en 1800 à partir de fragments de six abbayes. Transféré au cimetière en 1817, classé monument historique en 1983.
« Être enterré au Père-Lachaise, c'est comme avoir des meubles en acajou »
Victor Hugo résumait la mode des chapelles funéraires dans Les Misérables. Dès 1810, la première chapelle familiale apparaît en division 43. Aujourd'hui, le Père-Lachaise en compte des milliers — petits temples de pierre qui racontent deux siècles de vanité bourgeoise.
Quand Auguste Comte inventa une religion
Auguste Comte, enterré en division 17 du Père-Lachaise, n'a pas seulement fondé le positivisme. Le philosophe a créé une religion complète — avec un calendrier, neuf sacrements, un temple et une liturgie funéraire encore pratiquée au Brésil.
Dix-huit visites en un week-end de mai
Depuis 2018, le Père-Lachaise participe au Printemps des cimetières, seul événement national dédié au patrimoine funéraire. En 2024, dix-huit animations étaient proposées en un week-end — un record pour un seul cimetière.
Quatre-vingt-seize mille tombes à déchiffrer
Les taphophiles sont des passionnés de cimetières. Au Père-Lachaise, ils arpentent les divisions, photographient les stèles, retrouvent des biographies oubliées. L'APPL, fondée en 2004, fédère ces détectives de l'histoire funéraire.
Dix mille cérémonies entre les tombes
Le Père-Lachaise n'est pas un musée : c'est un cimetière en activité où se déroulent chaque année des milliers d'obsèques, d'inhumations et de crémations. Le crématorium, premier de France, réalise plus de six mille cinq cents crémations par an.
Quatre-vingts agents pour quarante-quatre hectares
Fossoyeurs, jardiniers, agents d'accueil, cantonniers : quatre-vingts personnes travaillent au Père-Lachaise trois cent soixante-cinq jours par an. Le conservateur Benoît Gallot, fils de marbrier, dirige l'équipe depuis 2010.
Neuf tombes de marbre blanc pour Mazda
En divisions 89 et 93 du Père-Lachaise, neuf sépultures de marbre blanc portent des motifs babyloniens et des citations de Zoroastre. Ce sont les tombes des Parsis, fidèles du dieu de la lumière, originaires de Bombay.
Des soldats de 1814 aux exilés de 1917
Le Père-Lachaise accueille cinquante-six sépultures russes. La première date de 1814, quand les troupes du tsar ont bivouaqué dans le cimetière. Le mausolée Demidoff-Strogonoff, le plus imposant du Père-Lachaise, domine la falaise de Charonne.
Le bestiaire de pierre
Chiens fidèles, lions gardiens, chevaux cabrés, sphinx ailés, serpents d'éternité : les tombes du Père-Lachaise abritent un bestiaire sculpté dont chaque animal porte un sens précis dans le vocabulaire de l'art funéraire du XIXe siècle.
Les tombeaux de l'absence
De la tombe du Dragon en 1809 aux monuments de la Déportation : au Père-Lachaise, des dizaines de sépultures célèbres ne contiennent aucun corps.
Le cri de onze heures
Mademoiselle Clairon, gloire de la Comédie-Française, consigna dans ses Mémoires en 1798 le récit d'un soupirant mort qui la hanta chaque soir à la même heure — l'une des plus anciennes légendes du Père-Lachaise.
Quand l'aube du Père-Lachaise sentait la poudre
Au XIXe siècle, le Père-Lachaise — isolé, vallonné, fermé au public jusqu'au matin — servait de terrain de duel à l'aube. Officiers, journalistes et politiques s'y croisaient le fer ou échangeaient des balles entre les tombes, avant que les grilles ne s'ouvrent aux vivants.
La dalle fatale des Chanaleilles
Le 7 avril 1895, la marquise de Chanaleilles et sa fille visitent leur chapelle familiale en division 3 du Père-Lachaise. La dalle cède sous leurs pieds — chute de six mètres cinquante dans le caveau. La marquise, quatre-vingt-six ans, meurt d'hémorragie une heure plus tard.
Paroles de pierre
Des vers d'Alfred de Musset au calligramme d'Apollinaire, du cri d'Arman au grec ancien de Jim Morrison, le Père-Lachaise abrite des centaines d'inscriptions funéraires qui disent bien plus que « Regrets éternels ».
Le silence et les cendres
De 1941 à 1944, la Gestapo impose l'anonymat des résistants incinérés au columbarium du Père-Lachaise. L'occupant profane les sépultures et efface les inscriptions antifascistes tandis que le cimetière accueille les dépouilles de ceux qui ont combattu.
Silence, on tourne !
De Jules et Jim de Truffaut (1963) aux Animaux fantastiques 2 (2018), en passant par On connaît la chanson de Resnais et le documentaire Forever de Honigmann, le Père-Lachaise est l'un des décors de cinéma les plus singuliers de Paris — un plateau naturel de quarante-quatre hectares où les morts font de la figuration.
Le cimetière fantôme sous le Père-Lachaise
En 1810, l'ingénieur des mines Héricart de Thury projette de creuser sous le cimetière un réseau de galeries de quinze mètres de haut pour y installer des tombeaux monumentaux. Le projet avorte. Le seul souterrain réalisé, en 1953, est un ossuaire utilitaire caché derrière le Monument aux morts de Bartholomé.
Les Pillards du Père-Lachaise
Du losange tracé à la craie sur les chapelles en 1914 aux bustes de Bizet et Morrison arrachés un siècle plus tard, le Père-Lachaise a toujours attiré les voleurs autant que les visiteurs.
Comprendre les 97 divisions du Père-Lachaise
Depuis 1804, le cimetière s'est agrandi cinq fois et compte quatre-vingt-dix-sept divisions numérotées, certaines réservées à des cultes ou des corps de métier.