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Les fleurs qui ne fanent pasPatrimoine

Les fleurs qui ne fanent pas

Couronnes de faïence émaillée, statuettes de porcelaine, mosaïques de tesselles : quatre cent seize pièces de céramique funéraire ont été inventoriées au Père-Lachaise. Ces objets fragiles, souvent anonymes, sont les vestiges d'un art populaire qui remplaçait les fleurs naturelles sur les tombes.

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Sur des centaines de tombes du Père-Lachaise, des couronnes de fleurs brillent au soleil — mais ce ne sont pas des fleurs. Ce sont des faïences émaillées : des roses, des pensées, des immortelles modelées dans l'argile, cuites au four, recouvertes d'un émail blanc ou coloré, puis posées sur la pierre tombale comme un bouquet qui ne fanerait jamais. Le Père-Lachaise en conserve deux cent soixante-dix-sept, inventoriées par l'Association des Amis et Passionnés du Père-Lachaise. À côté de ces couronnes, on trouve cinquante statuettes en porcelaine — surtout des anges et des Vierges —, trente-cinq mosaïques de tesselles ou de carreaux, des vases, des cache-pots, des bustes en terre cuite, des médaillons, des carrelages peints. Au total, quatre cent seize pièces de céramique funéraire, étalées sur deux siècles, forment la collection la plus fragile du cimetière.

La céramique funéraire répond à un problème pratique : les fleurs naturelles fanent. Au XIXe siècle, les familles qui n'ont pas les moyens d'acheter un buste en bronze ou de faire sculpter un ange dans la pierre se tournent vers la faïence. Les manufactures de porcelaine et de faïence produisent en série des couronnes de fleurs, des coussins de roses, des croix ornées de feuillages — des objets standardisés, bon marché, résistants aux intempéries. La couronne de faïence devient le marqueur visuel des tombes modestes. Elle remplace les fleurs naturelles pour les familles qui ne peuvent pas venir chaque semaine entretenir une tombe. Elle remplace aussi la sculpture de bronze pour celles qui ne peuvent pas se payer un fondeur. La céramique funéraire est l'art des gens qui n'ont pas accès aux arts.

Mais la céramique ne se limite pas à la production de série. La plus ancienne pièce documentée du Père-Lachaise est une grande statue en terre cuite datée de 1816 : « La douleur », sur la tombe de Louis Sébastien Gourlot en division 11. Cette figure de veuve éplorée, grandeur nature, est représentée sur les gravures du XIXe siècle et sur les cartes postales du début du XXe, comme l'un des symboles du cimetière. On ne sait rien de Gourlot, et l'artiste est inconnu. En division 65, un grand ange assis et pensif, signé « Gossin l'Aîné » — le céramiste Noël Étienne Gossin — a été récemment restauré. En division 82, la sépulture du céramiste Jules Paul Loebnitz est ornée de grès émaillés produits par sa propre manufacture. Et en division 19, la tombe de l'architecte Georges Guët, classée monument historique en 1995, porte un bas-relief en grès flammé signé Gentil et Bourdet, daté de 1906.

En 1816, sur la tombe de Louis Sébastien Gourlot, un artiste inconnu modèle en terre cuite une grande statue de femme éplorée. Pendant un siècle, « La douleur » est photographiée sur toutes les cartes postales du Père-Lachaise. On ne sait toujours rien de Gourlot.

Le problème de la céramique est sa fragilité. La faïence se fissure au gel. L'émail s'écaille sous les ultraviolets. Les statuettes en porcelaine se brisent au moindre choc — une branche d'arbre, un coup de vent, un geste maladroit. Les mosaïques perdent leurs tesselles une à une. Les couronnes de fleurs, exposées depuis un siècle ou plus aux intempéries, sont souvent réduites à des fragments de pétales émaillés posés sur une armature de fil de fer rouillé. La production d'angelots en porcelaine perdure aujourd'hui, note l'APPL, mais la qualité a disparu. Et surtout, la céramique funéraire ne bénéficie d'aucune protection particulière : contrairement aux tombes en pierre, inscrites à l'inventaire des monuments historiques, les objets de céramique posés sur les tombes ne sont ni classés ni inventoriés par l'État.

L'inventaire de l'APPL est le seul document qui recense systématiquement la céramique funéraire du Père-Lachaise. Quatre cent seize pièces y sont décrites, photographiées, datées quand c'est possible. Mais cet inventaire est un instantané : chaque année, des pièces disparaissent — volées, brisées, ou emportées lors des reprises de concessions. La plus récente céramique documentée, une série de statuettes en terre cuite blanche sur la tombe de Juliette Vuillaume, date de 2016. Entre « La douleur » de 1816 et les figurines de 2016, deux siècles de céramique funéraire racontent l'histoire du rapport des Parisiens à la mort et au souvenir — des veuves éplorées du Premier Empire aux animaux de compagnie en terre cuite du XXIe siècle.

Pour aller plus loin

Qu'est-ce que la céramique funéraire au Père-Lachaise ?

La céramique funéraire regroupe les couronnes de faïence émaillée, les statuettes en porcelaine, les mosaïques et les objets en terre cuite posés sur les tombes du Père-Lachaise. 416 pièces ont été inventoriées, dont la plus ancienne date de 1816.

Lire l'article sur les vitraux du Père-Lachaise

Quelles sont les céramiques les plus remarquables du Père-Lachaise ?

« La douleur » (1816, div. 11), veuve éplorée en terre cuite grandeur nature, est la plus célèbre. L'ange de Gossin l'Aîné (div. 65) et le bas-relief en grès flammé de la tombe Guët (div. 19, classée MH) comptent parmi les pièces les plus remarquables.

Voir la tombe d'Honoré de Balzac

Les couronnes de faïence sur les tombes sont-elles anciennes ?

Les couronnes de faïence émaillée du Père-Lachaise datent pour la plupart de la seconde moitié du XIXe siècle. Roses, pensées et immortelles modelées dans l'argile remplaçaient les fleurs naturelles sur les tombes modestes. 277 couronnes et bouquets sont inventoriés.

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La céramique funéraire est-elle protégée au Père-Lachaise ?

Non. Contrairement aux tombes en pierre, inscrites à l'inventaire des monuments historiques, les céramiques posées sur les sépultures du Père-Lachaise ne bénéficient d'aucune protection. Seul l'inventaire de l'APPL recense les 416 pièces du cimetière.

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