PatrimoineLa première chapelle
L'éternité sur mesure — l'invention de la chapelle Greffulhe.
PatrimoineL'éternité sur mesure — l'invention de la chapelle Greffulhe.
Cinquante mille francs. En cette année 1810, une telle fortune suffit à s'offrir l'éclat d'un hôtel particulier au cœur du Marais ; pourtant, c'est vers une tout autre demeure que le comte Jean-Henri-Louis Greffulhe choisit de diriger ses florins. Ce banquier d'origine genevoise, dont l'influence s'étend de la City londonienne aux salons parisiens, s'apprête à bâtir un édifice de trente-six mètres carrés seulement, non pour y loger les vivants, mais pour y abriter le repos des morts. En érigeant ce monument, Greffulhe ne se contente pas de construire un tombeau : il invente la chapelle funéraire de famille, un modèle de dévotion ostentatoire que des milliers de bourgeois copieront durant tout le siècle, façonnant ainsi le visage des cimetières de France.
Tandis que le Père-Lachaise n'a que six ans d'existence, n'offrant alors au regard que de rares stèles éparses et une population de défunts encore bien clairsemée, ce futur Pair de France comprend, avant tout le monde, que la mort peut devenir un investissement immobilier de prestige. Pour donner corps à son ambition, il sollicite le génie d'Alexandre-Théodore Brongniart, l'architecte même qui dessina les plans du cimetière. Cette œuvre sera d'ailleurs l'unique chapelle que Brongniart achèvera de son vivant, avant de s'éteindre en 1813 sans voir l'aboutissement de son grand projet paysager.
Bâtir une chapelle privée dans un lieu que le clergé regarde encore avec méfiance relève presque de la provocation.
Surgie en bordure de l'allée des Peupliers, dans la quarante-troisième division, cette miniature d'église de style néogothique résonne comme un défi. À une époque où les inhumations au sein des églises sont interdites depuis déjà un quart de siècle, bâtir une chapelle privée dans un lieu que le clergé regarde encore avec méfiance relève presque de la provocation. C'est une manière d'affirmer que la fortune peut se prolonger par-delà le trépas et que la foi, elle aussi, a besoin d'une adresse de prestige.
Le retentissement est immédiat, provoquant dans le Tout-Paris un « bruit considérable » qui pousse les grandes familles à réclamer, elles aussi, leurs propres maisons d'éternité. C'est ainsi que ces églises de poche, alignées comme les habitations d'une ville miniature, sont devenues la signature visuelle du Père-Lachaise. Aujourd'hui classée au patrimoine, la chapelle Greffulhe demeure le dernier refuge de son créateur, qui repose toujours au cœur de la seule propriété qu'il n'ait jamais revendue.
En division 43, en bordure de l'allée des Peupliers. Édifiée en 1810, elle mesure trente-six mètres carrés : de l'extérieur, on reconnaît une miniature d'église néogothique, coincée entre des chapelles bien plus tardives qu'elle a inspirées.
Préparer votre visiteAlexandre-Théodore Brongniart a dessiné les plans du cimetière en 1804, sur le modèle d'un jardin paysager anglais. Mort en 1813, il n'a achevé qu'une seule chapelle de sa main : celle du comte Greffulhe, en division 43.
L'histoire du Père-LachaiseParce que la chapelle Greffulhe de 1810 a fait école. Son retentissement dans le Tout-Paris a poussé les grandes familles à réclamer les leurs, et ces églises de poche alignées comme les maisons d'une ville miniature sont devenues la signature visuelle du cimetière.
Qui était le Père Lachaise ?Dans les divisions anciennes et basses, entre la 7 et la 49 : c'est là que se concentrent les chapelles néogothiques et les tombeaux d'artistes — Chopin en division 11, Géricault en division 12, Delacroix en division 49.
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