En deux siècles, le Père-Lachaise a traversé tous les styles funéraires : stèles néoclassiques de l'Empire, chapelles néogothiques de la monarchie de Juillet, éclectisme du Second Empire, Art nouveau, béton armé du modernisme — jusqu'aux dalles de granit poli d'aujourd'hui.
Quand on entre par la porte principale du Père-Lachaise, on marche d'abord entre des stèles néoclassiques — colonnes cannelées, sarcophages posés sur des socles à l'antique, urnes voilées, frontons triangulaires. Tout est grec ou romain. Puis, en remontant vers les divisions 10 à 15, les formes changent : des chapelles apparaissent, leurs façades hérissées d'ogives, de pinacles, de gargouilles, de rosaces — le néogothique a envahi le cimetière. Plus loin encore, vers les divisions 50 et 60, l'éclectisme explose : une chapelle romane jouxte un temple égyptien, un obélisque fait face à une pagode, un mausolée Renaissance côtoie une stèle mauresque. Et dans les divisions les plus récentes, les divisions 85 à 97, c'est le granit poli, la dalle plate, la photo en médaillon de porcelaine. En traversant le Père-Lachaise d'ouest en est, on traverse deux siècles d'architecture funéraire — et deux siècles de goût, de croyances et de rapport à la mort.
Les premières tombes du Père-Lachaise, celles des divisions 10 à 39 dessinées par Brongniart, obéissent au répertoire néoclassique. La Révolution a rompu avec l'Église : on n'enterre plus dans les cimetières de paroisse mais dans un jardin anglais, et les formes choisies pour les monuments sont celles de l'Antiquité païenne. Stèles à fronton, colonnes doriques, cippes, sarcophages, urnes funéraires, obélisques — le vocabulaire est celui de la Rome républicaine et de la Grèce classique. Les familles aisées commandent des monuments en pierre de taille ou en marbre blanc, sculptés par des artisans spécialisés. Le monument de Delille, en division 11, classé monument historique, est un exemple parfait de cette première période : un sarcophage antique surmonté d'un buste, sobre, élégant, dépouillé. Le cénotaphe d'Héloïse et Abélard, reconstitué en 1817 par Alexandre Lenoir avec des éléments médiévaux authentiques, fait figure d'exception gothique dans un paysage dominé par la ligne droite et le fronton.
À partir de la monarchie de Juillet, la mode change. Le romantisme réhabilite le Moyen Âge, et les chapelles funéraires néogothiques envahissent le Père-Lachaise. Des familles bourgeoises font construire de petits édifices de pierre à ogives, vitraux, clochetons et gargouilles — des réductions de cathédrales posées sur deux mètres carrés de concession. La première chapelle funéraire du cimetière, celle du comte de Greffülhe en division 43, date de 1810, mais la vague néogothique déferle surtout entre 1840 et 1870. Sous le Second Empire, l'éclectisme prend le relais : on mélange tout. Des architectes de premier plan dessinent des tombes au Père-Lachaise. Visconti conçoit le monument du maréchal Gouvion-Saint-Cyr. Victor Baltard, l'architecte des Halles de Paris, dessine la tombe d'Ingres. Viollet-le-Duc, le restaurateur de Notre-Dame, réalise la chapelle du duc de Morny. En 1905, l'architecte Raoul Brandon publie ses « Nouveaux modèles de Tombeaux », quatre-vingts planches de projets funéraires primés aux Expositions universelles de 1889 et de 1900 — témoignage d'un art funéraire au sommet de sa virtuosité.
Le Père-Lachaise est un conservatoire de l'architecture funéraire où chaque division est une salle de musée, chaque allée un couloir d'exposition. On y passe du néoclassique au néogothique en traversant un chemin, et du Second Empire à l'Art déco en tournant un coin.
L'Art nouveau ne pénètre presque pas le cimetière. La tombe Caillat, dessinée par Hector Guimard en 1899 en division 2, est la seule sépulture Art nouveau du Père-Lachaise conçue par un architecte de renom — et elle est restée sans descendance. La tombe de l'architecte Georges Guët, en division 19, classée monument historique en 1995, est l'un des rares monuments funéraires en béton armé, construite entre 1905 et 1907 avec un bas-relief en grès flammé de Gentil et Bourdet. Après la Première Guerre mondiale, l'art funéraire se simplifie. L'Art déco produit quelques monuments aux lignes géométriques nettes, mais le mouvement est bref. L'entre-deux-guerres voit aussi l'apparition des bustes en bronze signés par Pierre Vaudrey, dont l'atelier était proche du cimetière. Après 1945, la tendance est à la sobriété : dalles horizontales de granit, lettres gravées sans ornement, photos de porcelaine. Les familles qui commandent une tombe dans les années 1950 ou 1960 ne veulent plus de chapelles, plus de colonnes, plus de sculptures. Le cimetière change de visage.
Le résultat, aujourd'hui, est un feuilleté architectural sans équivalent en France. Le Père-Lachaise est le seul lieu où l'on peut observer, en un même espace de quarante-quatre hectares, la totalité des styles funéraires français depuis le Premier Empire : le néoclassique des divisions 10 à 25, le néogothique des divisions 30 à 50, l'éclectisme du Second Empire, l'Art nouveau exceptionnel de la division 2, le modernisme isolé de la division 19, et les dalles de granit contemporaines des extensions est. Chaque division est une couche géologique du goût. Les divisions les plus anciennes, avec leurs stèles à l'antique envahies par le lierre et leurs colonnes brisées, ressemblent à des ruines romaines. Les divisions intermédiaires, avec leurs chapelles néogothiques serrées les unes contre les autres, ressemblent à des ruelles médiévales. Et les divisions récentes, avec leurs dalles alignées et leurs photos standardisées, ressemblent à ce que le cimetière est devenu : un lieu fonctionnel, où la mort est un fait administratif plus qu'un fait architectural.
Quels styles d'architecture trouve-t-on au Père-Lachaise ?
Le Père-Lachaise présente tous les styles funéraires depuis 1804 : stèles néoclassiques de l'Empire, chapelles néogothiques de la monarchie de Juillet, éclectisme du Second Empire, Art nouveau (tombe Caillat par Guimard, 1899), modernisme en béton armé (tombe Guët, 1905) et dalles de granit contemporaines.
Y a-t-il des tombes conçues par de grands architectes au Père-Lachaise ?
Oui. Visconti (monument Gouvion-Saint-Cyr), Victor Baltard (tombe d'Ingres), Viollet-le-Duc (chapelle du duc de Morny) et Hector Guimard (tombe Caillat, 1899) ont tous conçu des sépultures au Père-Lachaise. Le cimetière est un conservatoire de l'architecture funéraire française.
Quand les chapelles funéraires sont-elles apparues au Père-Lachaise ?
La première chapelle funéraire du Père-Lachaise est celle du comte de Greffülhe, en division 43, construite en 1810. La vogue des chapelles néogothiques a surtout déferlé entre 1840 et 1870, sous la monarchie de Juillet et le Second Empire, quand les familles bourgeoises adoptent ce modèle.
Pourquoi les tombes récentes sont-elles plus simples au Père-Lachaise ?
Après 1945, les familles ne commandent plus de chapelles, de colonnes ni de sculptures. La tendance est à la sobriété : dalles horizontales de granit, lettres gravées sans ornement, photos de porcelaine. L'art funéraire reflète un rapport à la mort devenu plus fonctionnel qu'architectural.