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Ce que la terre du Père-Lachaise n'a pas oubliéPatrimoine

Ce que la terre du Père-Lachaise n'a pas oublié

Le sous-sol du Père-Lachaise recèle des vestiges antérieurs au cimetière. Lors des travaux entre 1849 et 1875, les ouvriers ont découvert des ossements anciens et des fondations qui rappellent que la colline de Charonne était habitée des siècles avant la première inhumation de 1804.

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Quand un fossoyeur du Père-Lachaise enfonce sa pelle dans le sol de la colline de Charonne, il ne traverse pas seulement de la terre : il traverse des siècles. Le terrain du cimetière, situé entre cent quatre et cent vingt-huit mètres d'altitude, domine l'est parisien depuis une éminence qui a été occupée, cultivée et bâtie bien avant que Napoléon ne signe le décret du 23 prairial an XII. Lors des cinq agrandissements du Père-Lachaise entre 1824 et 1850, et surtout lors des grands travaux de terrassement et de voirie entre 1849 et 1875, les ouvriers ont exhumé des vestiges qui n'avaient rien à voir avec les sépultures du cimetière : des ossements anciens, des fondations de bâtiments, des fragments de murs appartenant à des époques antérieures. La colline du Père-Lachaise a une mémoire souterraine que le cimetière a recouverte sans l'effacer.

Le terrain du Père-Lachaise porte le nom de « Mont-Louis » depuis 1626, date à laquelle les Jésuites de Paris acquièrent la propriété et la baptisent en l'honneur de Louis XIII. Le père François d'Aix de La Chaise, confesseur de Louis XIV, fréquente les lieux à partir de 1675 et contribue à embellir le domaine : terrasses ornées de parterres à la française, bassins avec jets d'eau alimentés par des canalisations arrivant des hauteurs de Ménilmontant, allées rectilignes, bosquets, orangerie, potager paysager. En 1762, à l'expulsion des Jésuites, le domaine est vendu et morcelé. En 1804, quand le cimetière ouvre, les jardins à la française ont presque disparu : le Mont-Louis est devenu un vaste verger entouré de parcelles cultivées. Mais sous le verger et sous les allées jésuites, le sol conserve des traces d'occupations plus anciennes. Le coteau de Charonne, sur la rive droite de la Seine, est un site d'habitat attesté depuis l'Antiquité.

Avant d'être un cimetière, le Mont-Louis était un domaine jésuite. Avant les Jésuites, un coteau cultivé. Avant les cultures, une colline habitée. Les fossoyeurs du Père-Lachaise creusent dans des couches de passé.

Les travaux d'agrandissement et de terrassement du Père-Lachaise, concentrés entre 1849 et 1875, ont mis au jour des vestiges d'époques variées. Les ouvriers qui creusaient les nouvelles allées et les nouvelles divisions ont trouvé des fondations de murs appartenant aux anciens bâtiments du domaine jésuite — le réseau de canalisations qui alimentait les fontaines, les bases des terrasses, les restes de l'orangerie. Plus profondément, des ossements anciens, antérieurs au cimetière et au domaine jésuite, ont été exhumés. Le plateau de Charonne, entre Ménilmontant et Bagnolet, a été un lieu de sépultures et d'habitat rural pendant des siècles avant l'installation des Jésuites. Les sources historiques mentionnent ces découvertes sans toujours les documenter avec la rigueur que l'archéologie moderne exigerait : au XIXe siècle, les chantiers de terrassement n'étaient pas des fouilles scientifiques, et les vestiges étaient souvent déplacés ou détruits sans relevé.

Le sous-sol du Père-Lachaise n'a jamais fait l'objet de fouilles archéologiques systématiques. Le cimetière est un site classé, en activité depuis plus de deux siècles, où toute intervention dans le sol est encadrée par des contraintes réglementaires strictes. Les fossoyeurs actuels, lorsqu'ils creusent dans les divisions les plus anciennes, continuent parfois de tomber sur des structures — fondations, canalisations, dallages — qui n'appartiennent pas au cimetière mais au Mont-Louis d'avant 1804. Le Père-Lachaise est ainsi un palimpseste : sous les quarante-quatre hectares de tombes, le sol conserve les traces du domaine jésuite du XVIIe siècle, des cultures du XVIIIe et des occupations antérieures du coteau de Charonne. Le visiteur qui arpente les allées marche sur au moins trois siècles de passé enfoui — et le cimetière, malgré ses deux cent vingt ans d'existence, n'est que la couche la plus récente.

Pour aller plus loin

Qu'y avait-il avant le Père-Lachaise ?

Avant le cimetière (1804), le terrain était le domaine jésuite du Mont-Louis, acquis en 1626 : terrasses à la française, bassins, orangerie. Après l'expulsion des Jésuites en 1762, le domaine a été morcelé en parcelles cultivées. Le coteau de Charonne était habité depuis l'Antiquité.

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A-t-on trouvé des vestiges anciens au Père-Lachaise ?

Oui. Les travaux de terrassement entre 1849 et 1875 ont mis au jour des ossements antérieurs au cimetière, des fondations du domaine jésuite et des vestiges d'occupations anciennes du coteau de Charonne. Ces découvertes n'ont pas été documentées avec la rigueur de l'archéologie moderne.

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Pourquoi le Père-Lachaise s'appelle-t-il ainsi ?

Le Père-Lachaise tire le nom du père François d'Aix de La Chaise (1624-1709), confesseur de Louis XIV, qui fréquentait le domaine jésuite du Mont-Louis. Le domaine a été transformé en cimetière en 1804, mais le nom populaire du confesseur a survécu à la fonction religieuse du lieu.

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Le Père-Lachaise a-t-il fait l'objet de fouilles archéologiques ?

Non. Le Père-Lachaise, site classé et cimetière en activité, n'a jamais fait l'objet de fouilles archéologiques systématiques. Les découvertes de vestiges lors des travaux du XIXe siècle n'ont pas été documentées selon les standards scientifiques modernes.

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