Le cri de onze heures
Mademoiselle Clairon, gloire de la Comédie-Française, consigna dans ses Mémoires en 1798 le récit d'un soupirant mort qui la hanta chaque soir à la même heure — l'une des plus anciennes légendes du Père-Lachaise.
Mademoiselle Clairon, gloire de la Comédie-Française, consigna dans ses Mémoires en 1798 le récit d'un soupirant mort qui la hanta chaque soir à la même heure — l'une des plus anciennes légendes du Père-Lachaise.
Un soir de 1743, dans un salon parisien, un cri traverse les murs. Il est onze heures. Les convives se figent. Claire Josèphe Hippolyte Léris, que tout Paris connaît sous le nom de Mademoiselle Clairon, vient d'entendre pour la première fois la voix d'un homme qu'elle a refusé de revoir sur son lit de mort. Ce cri, selon ses propres Mémoires publiés en 1798, se répétera chaque soir à la même heure pendant deux ans et demi. L'actrice a vingt ans. Elle débute à la Comédie-Française. Et elle vient, sans le savoir, de donner naissance à l'une des plus anciennes légendes du Père-Lachaise.
L'homme que les Mémoires désignent par les seules initiales « M. de S… » est un jeune Breton, soupirant aussi empressé qu'éconduit. Mademoiselle Clairon le repousse. Il se ruine pour elle, puis, sentant la mort venir, la supplie de lui rendre une dernière visite. Elle refuse. Il meurt en jurant qu'il la poursuivra après sa mort comme il l'a poursuivie de son vivant. Le soir même, alors que l'actrice reçoit chez elle, un hurlement retentit à onze heures précises — l'instant exact, apprendra-t-on, du décès. Les témoins sont nombreux. Pendant les mois qui suivent, le phénomène se reproduit sans faillir : un cri, parfois un bruit semblable à un coup de fusil, toujours à la même heure. L'affaire fait du bruit dans le Paris de Louis XV, et la renommée de l'actrice — reçue sociétaire de la Comédie-Française dès septembre 1743 après un triomphe dans Phèdre de Racine — lui confère une visibilité que n'aurait pas eue un récit de hantise ordinaire.
Il meurt en jurant qu'il la poursuivra après sa mort comme il l'a poursuivie de son vivant.
L'histoire aurait pu s'éteindre avec le siècle des Lumières. Elle resurgit en février 1858, quand Allan Kardec la reproduit dans le deuxième numéro de la Revue spirite, sous le titre « Le revenant de Mademoiselle Clairon ». Kardec y voit un cas documenté d'obsession — un esprit attaché à un vivant par un lien affectif non résolu. Le fait que l'actrice ait consigné l'épisode elle-même, que des témoins soient nommés, et que le récit ait circulé dès le XVIIIᵉ siècle donne à cette histoire un statut particulier dans le corpus spirite. Kardec, lui-même inhumé en division 44 du Père-Lachaise, contribue à fixer la légende dans le folklore du cimetière.
Née le 25 janvier 1723 à Condé-sur-l'Escaut, Mademoiselle Clairon meurt le 29 janvier 1803 à Paris, à l'âge de quatre-vingts ans. Elle est d'abord inhumée au cimetière de Saint-Sulpice à Vaugirard. Le 29 août 1837, ses restes sont transférés au Père-Lachaise, en division 19, le long du chemin qui porte aujourd'hui son nom — le chemin Clairon. C'est à cette époque que la légende prend sa forme définitive : le fantôme du soupirant, dit-on, aurait suivi l'actrice jusque dans sa nouvelle sépulture, errant la nuit dans les allées voisines. Le monument, orné d'un médaillon en marbre réalisé par le sculpteur Noël Louis vers 1890, porte une inscription sobre : « Elle traça avec autant de vérité que de modestie les règles de l'art dramatique, dont elle sera à jamais le modèle. » La concession, entretenue gratuitement par la Ville de Paris, reste l'une des plus discrètes de la division.
En division 19, le long du chemin Clairon qui porte son nom. Le monument est orné d'un médaillon en marbre par le sculpteur Noël Louis, vers 1890. La concession est entretenue gratuitement par la Ville de Paris. Les restes de l'actrice y ont été transférés le 29 août 1837 depuis le cimetière de Vaugirard.
Parcourir les artistes de scène au Père-LachaiseAllan Kardec a reproduit le récit du fantôme de Mademoiselle Clairon dans la Revue spirite de février 1858, sous le titre « Le revenant de Mademoiselle Clairon ». Il y voyait un cas documenté d'obsession spirite — un esprit attaché à un vivant par un lien affectif non résolu.
Voir la fiche d'Allan KardecLa légende de Mademoiselle Clairon et de son soupirant fantôme, qui remonte aux Mémoires de l'actrice publiés en 1798, est l'une des plus anciennes. La tombe de l'actrice a été transférée au cimetière en 1837, époque où les premiers récits nocturnes commencent à circuler autour du Père-Lachaise.
Lire l'article sur les légendes noiresLe cimetière, ouvert en 1804 sur une colline boisée, a accueilli dès les années 1830 des transferts de personnalités célèbres. L'atmosphère de ses allées arborées, les noms illustres et les sculptures monumentales ont nourri un folklore qui va du revenant de Mademoiselle Clairon aux récits spirites d'Allan Kardec.
Découvrir l'histoire du Père-Lachaise