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La pyramide perdue du Père-LachaisePatrimoine

La pyramide perdue du Père-Lachaise

Architecte du Palais de la Bourse et inspecteur des Travaux publics de la Seine, Alexandre-Théodore Brongniart (1739-1813) conçut pour le cimetière de l'Est un jardin à l'anglaise ponctué d'une pyramide, d'un campo santo et de fabriques monumentales — un plan resté, pour l'essentiel, sur le papier.

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En division 11, avenue Delille, une stèle néoclassique se dresse parmi les plus anciennes du cimetière. Un sablier ailé marque la frise — le temps qui s'écoule —, une pleureuse à l'antique incline la tête, et un médaillon de bronze représente le Palais de la Bourse de Paris. C'est la tombe d'Alexandre-Théodore Brongniart, l'architecte qui a dessiné le Père-Lachaise. Né le 15 février 1739, mort le 6 juin 1813 à soixante-quatorze ans, Brongniart n'a vu achevé ni le cimetière qu'il avait conçu ni la Bourse qu'il avait commencée : son cortège funèbre longea le chantier inachevé du palais avant de gravir la colline du Mont-Louis. Le plan qu'il avait tracé vers 1810 — un jardin à l'anglaise ponctué d'une pyramide, d'un campo santo et de fabriques monumentales — est conservé au musée Carnavalet. La pyramide n'a jamais été bâtie.

Élève de Jacques-François Blondel et d'Étienne-Louis Boullée, Brongniart hérite du premier la rigueur de l'ordonnance classique française et du second une virtuosité du dessin qui annonce l'architecture utopique. Reçu à l'Académie en 1781, il bâtit pour l'aristocratie et la finance : l'hôtel de Monaco (1774-1777), aujourd'hui ambassade de Pologne rue Saint-Dominique, l'hôtel de Bourbon-Condé (1782), l'hôtel de Masseran (1787). Il dessine le couvent des Capucins, devenu le lycée Condorcet. Ses relations avec la marquise de Montesson — épouse morganatique du duc d'Orléans — lui ouvrent les cercles du pouvoir. Architecte de l'École militaire et des Invalides de 1782 à 1792, il façonne le quartier par le tracé de la place de Breteuil et de ses avenues. Sous l'Empire, il est nommé inspecteur général en chef de la deuxième section des Travaux publics de la Seine. En 1807, Napoléon lui confie la construction de la Bourse de Paris : la première pierre est posée en mars 1808. Brongniart ne verra jamais le bâtiment terminé — Éloi Labarre le complétera entre 1813 et 1826.

Son cortège funèbre longea le chantier inachevé du Palais de la Bourse avant de gravir la colline du Mont-Louis. Le médaillon gravé sur sa tombe représente un bâtiment qu'il n'a jamais vu terminé.

C'est le préfet Nicolas Frochot qui lui confie l'aménagement du cimetière de l'Est, dit du Père-Lachaise. Brongniart doit composer avec un terrain hérité : les plantations du domaine jésuite, les dénivelés de la colline, les fosses communes au nord-ouest, le cimetière juif, soixante et onze concessions perpétuelles dispersées au 1er janvier 1813 et les alignements de concessions temporaires le long des anciennes allées régulières. L'opuscule publié en 1814, un an après sa mort, résume sa philosophie : « La noblesse sans magnificence, et la simplicité sans négligence ; le respect, le recueillement sans tristesse, et enfin une sorte de charme mélancolique. » Le plan qu'il dessine vers 1810 rompt avec les cimetières paroissiaux clos de murs. C'est un parc à l'anglaise, inspiré des parcs à fabriques du XVIIIe siècle : des allées courbes épousent le relief, des vues ménagées ouvrent sur la capitale, des ronds-points — dont celui qui portera plus tard le nom de Casimir Périer — organisent la circulation. Ce tracé novateur servira de modèle à Mount Auburn près de Boston en 1831, à Kensal Green en 1833 et à Highgate en 1839.

Au centre du plan figure la pièce maîtresse : une pyramide de couleur orangée, peut-être en meulière, témoin de l'engouement pour le style égyptien depuis la campagne de Bonaparte en Égypte. Elle devait servir de chapelle commune à tous les cultes. Brongniart avait aussi prévu un portail en hémicycle, une chapelle de dépôt pour les convois funèbres, trois fabriques monumentales disposées en points stratégiques et, le long des murs d'enceinte, un campo santo — des arcades abritant des tombeaux individuels, à l'italienne. De tout cela, presque rien ne fut construit de son vivant. Seule la chapelle Greffulhe, commandée par le comte Jean Henri Louis Greffulhe vers 1810, représente le style qu'il avait imaginé pour ses fabriques. Les deux autres emplacements prévus furent occupés après sa mort par les monuments de Casimir Périer et de Félix de Beaujour. Le portail d'entrée, bâti en 1820 par Étienne-Hippolyte Godde, s'inspire de ses dessins — plan en hémicycle, sabliers ailés, guirlandes — mais remplace les grilles par une lourde porte. Quant à la pyramide, Godde lui substitue en 1823 une chapelle néoclassique. Sous la Restauration, la forme pyramidale, trop associée à l'Empire, était devenue indésirable.

Brongniart meurt le 6 juin 1813, au crépuscule d'une carrière de cinquante ans. Sa tombe, en division 11, propose pour la première fois les grands principes de la symbolique funéraire du Père-Lachaise : le sablier ailé, les faisceaux, une modeste pleureuse à l'antique — l'une des toutes premières du cimetière. Le médaillon de bronze représente le Palais de la Bourse, devant lequel son corbillard est passé. À ses côtés reposent son épouse Anne Louise Dégremont (1744-1829) et son fils Alexandre Brongniart (1770-1847), minéralogiste et directeur de la manufacture de Sèvres. De son plan grandiose, l'essentiel survit sous une forme invisible : les allées sinueuses, l'exploitation des dénivelés, la cohabitation du végétal et de la pierre, le refus de la monotonie — l'esprit du jardin romantique qui a fait du Père-Lachaise le modèle de tous les cimetières paysagers du XIXe siècle. Le plan de Brongniart est un chef-d'œuvre qui n'a pas eu besoin d'être entièrement réalisé pour changer l'histoire des nécropoles.

Pour aller plus loin

Qui a conçu le cimetière du Père-Lachaise ?

Alexandre-Théodore Brongniart (1739-1813), architecte du Palais de la Bourse de Paris. Inspecteur des Travaux publics de la Seine, il a dessiné vers 1810 un plan de parc à l'anglaise pour le cimetière de l'Est, sur commande du préfet Nicolas Frochot.

Lire l'article sur Nicolas Frochot

Où se trouve la tombe de Brongniart au Père-Lachaise ?

En division 11, avenue Delille, première ligne. La stèle néoclassique porte un médaillon du Palais de la Bourse, un sablier ailé et l'une des premières pleureuses à l'antique du cimetière. Brongniart y repose avec son fils Alexandre, minéralogiste.

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Pourquoi la pyramide de Brongniart au Père-Lachaise n'a-t-elle jamais été construite ?

Brongniart est mort en 1813 avant d'achever son projet. Sous la Restauration, la forme pyramidale, associée à l'Empire napoléonien, est devenue indésirable. L'architecte Godde a bâti à la place une chapelle néoclassique en 1823.

Voir la tombe de Molière et La Fontaine

Quels cimetières se sont inspirés du Père-Lachaise de Brongniart ?

Le tracé paysager de Brongniart a servi de modèle à Mount Auburn près de Boston (1831), Kensal Green (1833) et Highgate (1839) à Londres. Ces cimetières-jardins reprennent les allées courbes, les dénivelés et la végétation abondante du Père-Lachaise.

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