InsoliteLa mosquée oubliée
La première mosquée de France métropolitaine, au cœur de la nécropole.
InsoliteLa première mosquée de France métropolitaine, au cœur de la nécropole.
S'il est un lieu où les âmes de Paris murmurent des secrets que le temps semble avoir raturés, c'est bien au détour des allées du Père-Lachaise. On y cherche souvent la trace d'un poète ou d'une idole, mais qui soupçonnerait qu'en ces terres consacrées, bien avant que les minarets du cinquième arrondissement ne s'élèvent vers le ciel, se dressait déjà un sanctuaire à la gloire de l'Islam ?
Tout commence par un incident diplomatique sous les ors du Second Empire, lorsqu'un membre de l'ambassade ottomane s'éteint sur le pavé parisien. La Sublime Porte exige alors, avec la solennité due à son rang, un espace d'inhumation conforme aux rites musulmans. Napoléon III, animé par une reconnaissance sincère envers cet allié décisif de la guerre de Crimée, accède à la requête : c'est ainsi que par un décret de 1856, l'enclos musulman voit officiellement le jour au cœur de la quatre-vingt-cinquième division.
Soixante-dix ans avant la Grande Mosquée de Paris, un souffle d'Orient habitait déjà ce jardin de pierre.
Inaugurée aux premières lueurs de l'an 1857, cette mosquée ne se contente pas d'être une simple stèle orientalisante ; elle est un véritable lieu de culte, abritant sous ses toits modestes une salle de prière et un lavatorium dédié aux ablutions rituelles. Bien que les archives de l'époque nous décrivent une construction sans apparat, presque fragile, elle marque pourtant un jalon historique majeur, s'érigeant comme la toute première mosquée de France métropolitaine depuis le reflux des Sarrasins, au lointain Xe siècle.
Pourtant, le destin de cet édifice fut aussi éphémère qu'une saison de brume. Délaissé par une Turquie qui en néglige l'entretien, le bâtiment sombre lentement dans le délabrement, tandis que l'histoire politique finit de sceller son sort. La loi de 1881 vient abattre les murs de séparation confessionnelle, et les premières lueurs de la Grande Guerre, en tendant les liens diplomatiques, achèvent de réduire en poussière ce qui n'était déjà plus qu'une ruine.
Mais si les murs se sont effondrés, la terre, elle, a gardé la mémoire de destins hors du commun. On y devine encore l'ombre de Malka Khachwar, reine d'Oudh, venue des confins de l'Inde pour plaider sa cause impériale avant de s'éteindre, foudroyée, trois jours seulement après son arrivée à Paris. Plus loin, le silence enveloppe Sadegh Hedayat, l'écrivain maudit dont la plume iranienne s'est brisée en exil, ou encore le chantre berbère Idir, dont la voix continue de résonner par-delà les cyprès.
Aujourd'hui, seule une petite haie discrète dessine encore les contours de cet espace oublié, où l'absence de plaque commémorative laisse planer un étrange oubli. Pourtant, soixante-dix ans avant que ne s'éveille la Grande Mosquée de Paris, un souffle d'Orient habitait déjà ce jardin de pierre, rappelant aux promeneurs égarés que l'histoire de la capitale s'écrit aussi dans les silences de ses cimetières.
Oui. Inaugurée en 1857 dans l'enclos musulman de la division 85, elle fut la première mosquée de France métropolitaine depuis le Xᵉ siècle. Elle abritait une salle de prière et un lavatorium pour les ablutions.
L'histoire du Père-LachaiseRien de visible. La loi de 1881, qui interdit les enclos confessionnels dans les cimetières, puis la Grande Guerre ont scellé sa disparition. La division 85 ne conserve aucune trace de l'édifice.
Préparer votre visiteUn décret de 1856 le crée à la demande de l'ambassade ottomane, pour offrir une sépulture conforme aux dignitaires de l'Empire morts à Paris. La capitale française accueillait alors de nombreuses délégations étrangères en long séjour.
Le crépuscule de la reine d'OudhLa division 85 abrite la dalle de marbre noir de Marcel Proust, où les lecteurs déposent des madeleines, et la tombe de la reine d'Oudh, première sépulture indienne du cimetière. Elle se situe dans la partie orientale du Père-Lachaise.
La tombe de Marcel Proust