HistoireDu Mont-Louis au Père-Lachaise
De la propriété des jésuites en 1626 au plus grand cimetière de Paris : quatre siècles de transformation sur la colline de Charonne.
HistoireDe la propriété des jésuites en 1626 au plus grand cimetière de Paris : quatre siècles de transformation sur la colline de Charonne.
Le 21 mai 1804, treize tombes occupent les dix-sept hectares du nouveau cimetière de l'Est. Les Parisiens boudent ce terrain vallonné perché sur la colline de Charonne, trop éloigné du centre, sans église ni clocher pour sacraliser les lieux. Deux siècles plus tard, quarante-quatre hectares abritent soixante-dix mille concessions, trois millions et demi de visiteurs arpentent chaque année ses allées, et le nom officiel a depuis longtemps cédé la place à celui d'un jésuite mort en 1709 : le Père-Lachaise.
Au XIIIᵉ siècle, l'archevêque de Paris possède une propriété champêtre sur la colline de Charonne, dite « champ l'évêque ». En 1626, les jésuites de la rue Saint-Antoine l'acquièrent et la baptisent « Mont-Louis » en l'honneur de Louis XIII. C'est là que le jeune Louis XIV, en 1652, observe la bataille du Faubourg Saint-Antoine depuis les hauteurs. À partir de 1675, le père François d'Aix de La Chaise, confesseur du Roi-Soleil, y passe ses retraites spirituelles et s'y fait bâtir un château agrémenté de jardins à la française, financé par le souverain. Après l'expulsion des jésuites en 1762, le domaine passe entre plusieurs mains privées. Le château prend le nom populaire de « Maison du Père La Chaise », les jardins retournent à la friche, et la colline attend son destin.
Le 10 janvier 1804, Nicolas Frochot, préfet de la Seine, achète le Mont-Louis pour cent quatre-vingt mille francs au nom de la Ville de Paris. L'architecte Alexandre-Théodore Brongniart conçoit le lieu comme un parc funéraire à l'anglaise — vallonné, arboré, propice à la promenade —, mais les Parisiens refusent d'y enterrer leurs morts : pas de paroisse, pas de tradition, et une distance jugée excessive. En 1817, Frochot joue un coup de maître : il fait transférer au cimetière les restes supposés de Molière, de La Fontaine, d'Héloïse et d'Abélard dans des monuments spectaculaires. L'opération est un succès immédiat. En 1830, trente-trois mille tombes couvrent les pentes, et cinq agrandissements successifs — en 1824, 1829, 1832, 1842 et 1850 — portent la superficie de dix-sept à quarante-quatre hectares répartis en quatre-vingt-dix-sept divisions.
En 1817, Frochot joue un coup de maître : il fait transférer les restes supposés de Molière, La Fontaine, Héloïse et Abélard. Le cimetière devient à la mode.
Le XIXᵉ siècle inscrit dans la pierre du cimetière l'histoire politique de la France. En 1832, l'épidémie de choléra emporte le président du Conseil Casimir Périer, dont le tombeau monumental fait face à celui du général Foy, point de ralliement bonapartiste. En 1871, le Père-Lachaise devient le théâtre des derniers combats de la Commune de Paris : le 28 mai, cent quarante-sept fédérés sont fusillés contre le mur d'enceinte de la division 76, devenu depuis le Mur des Fédérés. À la fin du siècle, l'architecte Jean Camille Formigé dessine le premier crématorium de France, inauguré en 1889 dans un style néo-byzantin, tandis que le columbarium se construit par tranches entre 1896 et 1920. En 1899, le Monument aux morts de Paul-Albert Bartholomé, sculpture monumentale née du deuil personnel de l'artiste, est classé monument historique dès son inauguration.
Deux guerres mondiales laissent leur marque : les bombardements de la Première Guerre endommagent des sépultures, puis quinze mémoriaux de la Déportation sont érigés le long de l'avenue circulaire après 1945 — Auschwitz, Buchenwald, Ravensbrück, Mauthausen. En 1985, la Ville de Paris crée dans l'enceinte du cimetière le premier Jardin du Souvenir de France, destiné à la dispersion des cendres. Aujourd'hui, le Père-Lachaise est à la fois un cimetière en activité — près de dix mille cérémonies par an —, un conservatoire de sculpture à ciel ouvert avec quatorze monuments classés, et le plus grand espace vert de Paris intra-muros, avec plus de quatre mille arbres et soixante-deux espèces d'oiseaux recensées. Trois millions et demi de visiteurs s'y croisent chaque année, faisant de cette ancienne propriété jésuite la nécropole la plus visitée au monde.
Il tire son nom du père François d'Aix de La Chaise, confesseur de Louis XIV, qui séjournait sur ce domaine dès 1675. Après l'ouverture officielle du « cimetière de l'Est » en 1804, les Parisiens l'ont spontanément rebaptisé du nom de ce jésuite populaire.
Lire l'article sur le père La ChaiseLe 21 mai 1804. Le préfet Nicolas Frochot avait acheté le domaine du Mont-Louis le 10 janvier 1804 pour 180 000 francs et confié son aménagement en parc à l'anglaise à l'architecte Alexandre-Théodore Brongniart.
Parcourir les figures politiques au Père-LachaiseLe 28 mai 1871, lors de la Semaine sanglante, 147 fédérés de la Commune ont été fusillés contre le mur d'enceinte en division 76. Ce mur, dit « Mur des Fédérés », est devenu un lieu de mémoire et de pèlerinage politique annuel.
Voir la fiche du Mur des FédérésLe Père-Lachaise abrite environ 70 000 concessions sur 44 hectares répartis en 97 divisions. Cimetière en activité avec près de 10 000 cérémonies par an, il accueille aussi 3,5 millions de visiteurs, ce qui en fait la nécropole la plus visitée au monde.
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