Les Pillards du Père-Lachaise
Du losange tracé à la craie sur les chapelles en 1914 aux bustes de Bizet et Morrison arrachés un siècle plus tard, le Père-Lachaise a toujours attiré les voleurs autant que les visiteurs.
Du losange tracé à la craie sur les chapelles en 1914 aux bustes de Bizet et Morrison arrachés un siècle plus tard, le Père-Lachaise a toujours attiré les voleurs autant que les visiteurs.
Au matin du 22 décembre 1911, les gardiens du Père-Lachaise découvrent un vitrail brisé dans la chapelle Edwards, en division 89. À l'intérieur, le cercueil de Geneviève Lantelme, comédienne et figure de la Belle Époque morte cinq mois plus tôt, a été ouvert et fouillé. Les profanateurs cherchaient les bijoux estimés entre soixante et quatre-vingt mille francs que la presse avait annoncé enterrés avec elle. Ils ne les ont pas trouvés : les joyaux, enveloppés dans un mouchoir, reposaient contre le cou de la défunte, invisibles dans l'obscurité du caveau.
Trois ans plus tard, les soupçons se tournent vers un groupe que la presse baptise la « bande du losange ». En trois mois, entre le début de 1914 et la fin mars, ces malfaiteurs cambriolent soixante-dix-huit caveaux du cimetière. Leur méthode est méthodique : le jour, un certain Camille Fournier, sculpteur ornemaniste de son état, repère les chapelles les plus riches et dessine un losange à la craie sur leur façade. La nuit, ses complices escaladent le mur d'enceinte côté rue des Rondeaux, forcent les portes à la pince-monseigneur ou se glissent par les soupiraux. Ils dérobent des vases de Sèvres, des crucifix en ivoire, des candélabres et des Christs en bronze, revendus pour quelques francs aux brocanteurs des quais de Seine. Le Matin dénonce alors une faille béante : quatre gardiens de nuit seulement veillent sur les quarante-quatre hectares du cimetière, quand trente-six agents assurent la surveillance de jour. Arrêtée fin mars 1914, la bande est jugée en juin. Louis Geslin est condamné à quatre ans de prison, Camille Fournier à deux ans. L'enquête n'a jamais pu leur imputer la profanation de la chapelle Lantelme.
Quatre gardiens de nuit pour quarante-quatre hectares : la bande du losange a opéré trois mois sans obstacle.
Le vol de bronze n'a pas cessé avec la Belle Époque. En novembre 2006, plusieurs bustes sont arrachés de leurs tombes en quelques jours. Parmi eux, celui de Georges Bizet, signé par le sculpteur Paul Dubois, qui ornait la sépulture du compositeur depuis plus de cent trente ans. Les voleurs sont rapidement interpellés et le buste récupéré, mais il reste enfermé dix-neuf ans dans les archives du cimetière. Le 2 juin 2025, à l'occasion des cent cinquante ans de la mort de Bizet, il retrouve enfin sa place sur la tombe rénovée. Le buste de Jim Morrison, un marbre blanc de l'artiste croate Mladen Mikulin installé en 1981 pour les dix ans de la mort du chanteur, a connu un sort différent. Volé en 1988, il a été retrouvé par hasard en mai 2025, au cours d'une perquisition de la brigade financière sans rapport avec le vol initial. D'autres pièces ont aussi disparu sans retour : deux angelots signés Barrias sur le monument de Thomas Couture en division 4, la chèvre Blanchette au pied de la chapelle d'Alphonse Daudet en division 26. Au fil des décennies, chaînes, portes en fonte et éléments en cuivre sont également dérobés, parfois revendus au poids du métal.
L'autre plaie du cimetière ne se revend pas : elle s'écrit. Depuis la mort de Jim Morrison en 1971, les murs des chapelles voisines de sa tombe, en division 6, se sont couverts de graffitis, de messages et de dessins laissés par les fans du chanteur. Pendant des années, les sépultures alentour ont subi ces dégradations sans aucune protection. En 2004, la Mairie de Paris a installé des barrières de sécurité et nettoyé les pierres des tombes avoisinantes. De l'autre côté du cimetière, le monument d'Oscar Wilde, en division 89, a connu un fléau différent : les baisers au rouge à lèvres déposés par les visiteurs depuis les années quatre-vingt-dix ont attaqué la pierre du tombeau sculpté par Jacob Epstein. En 2011, une paroi de verre a été posée autour du monument pour mettre fin à l'érosion. Les graffitis, eux, réapparaissent. La dernière mode autour de Morrison est de coller un chewing-gum sur les protections des arbres proches.
Le visiteur d'aujourd'hui longe des barrières métalliques autour de Morrison, une paroi transparente autour d'Oscar Wilde, et des piédestaux vides là où se dressaient autrefois des bustes. Le socle de Bizet a retrouvé son bronze en 2025 ; celui de Morrison reste nu. Des plaques de marbre ont disparu, des vitraux manquent, des portes de chapelles ne ferment plus. Le Père-Lachaise reste un musée à ciel ouvert de quarante-quatre hectares, gardé de jour comme de nuit, mais perpétuellement exposé. Chaque restauration relance le même cycle : la Ville nettoie, les visiteurs reviennent, et le patrimoine s'use un peu plus.
Oui. En novembre 2006, plusieurs bustes ont été arrachés de leurs tombes, dont celui de Georges Bizet signé Paul Dubois. Le buste de Jim Morrison, en marbre blanc, avait été volé dès 1988. Deux angelots signés Barrias ont aussi disparu du monument de Thomas Couture, en division 4.
Lire l'article sur les bustes en bronzeLes barrières ont été installées en 2004 par la Mairie de Paris. Pendant des années, les fans du chanteur ont recouvert de graffitis sa sépulture en division 6 et les tombes avoisinantes. La Ville a nettoyé les pierres et posé des barrières pour protéger l'ensemble du secteur.
Voir la fiche de Jim MorrisonC'est un groupe de malfaiteurs qui a cambriolé 78 caveaux du cimetière en 3 mois, début 1914. L'un d'eux repérait les chapelles le jour et traçait un losange à la craie sur celles à piller. Seulement 4 gardiens surveillaient les 44 hectares la nuit.
Explorer la catégorie LégendesOui, depuis le 2 juin 2025. Volé en novembre 2006, le buste en bronze signé Paul Dubois avait été retrouvé rapidement mais conservé 19 ans dans les archives du cimetière. Il a été replacé lors de la rénovation de la tombe pour les 150 ans de la mort du compositeur.
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