HistoireLe Crépuscule de la Reine d'Oudh
Trois jours à Paris avant l'oubli — la première sépulture indienne du Père-Lachaise.
HistoireTrois jours à Paris avant l'oubli — la première sépulture indienne du Père-Lachaise.
Lorsqu'elle franchit les portes de Paris, ce 21 janvier 1858, Malka Khachwar ignore encore que la Ville Lumière ne lui accordera que trois maigres journées avant de refermer sur elle le rideau de l'éternité. Reine d'Oudh, épouse du défunt Amjad Ali Shah et mère du dernier souverain d'un royaume que l'ambition britannique vient d'effacer des cartes, elle n'est plus, en cette froide saison, qu'une silhouette de dignité errant dans le brouillard européen. Son tombeau, niché au cœur du Père-Lachaise, demeure la toute première sépulture indienne de la nécropole parisienne ; pourtant, qui parmi les passants soupçonne l'existence de cette majesté enfouie sous le silence ?
Tout commence pourtant dans l'éclat de Lucknow, perle du nord de l'Inde, où Malka, née aux alentours de 1805, s'impose comme l'une des figures les plus influentes de la cour. Mais le destin bascule le 7 février 1856 : Lord Dalhousie, agissant au nom de la Compagnie des Indes orientales, décrète l'annexion pure et simple de son royaume. Alors que son fils, le roi déchu Wajid Ali Shah, s'épuise en vaines négociations avec Londres, la reine mère, habitée par une résolution farouche, entreprend un voyage désespéré vers l'Europe pour arracher sa terre à l'oubli.
Trois jours seulement après avoir foulé le pavé parisien, elle s'éteint, emportée par un mal mystérieux.
Ce périple, hélas, se mue rapidement en un calvaire diplomatique. Tandis que les Britanniques exigent d'elle qu'elle accepte leur nationalité — une ruse pour lui faire reconnaître l'annexion — la souveraine refuse de courber l'échine. Elle se tourne alors vers la France de Napoléon III, espérant trouver en cet empereur arbitre des nations l'ultime recours de sa cause. Mais la fatigue du voyage et l'amertume de l'exil ont déjà scellé son sort : trois jours seulement après avoir foulé le pavé parisien, elle s'éteint, emportée par un mal mystérieux.
Le 27 janvier 1858, on l'inhume dans la quatre-vingt-cinquième division du Père-Lachaise. Là, sa famille fait ériger un mausolée indo-musulman aux couleurs chatoyantes, une structure monumentale de vingt-cinq mètres carrés qui, durant des décennies, défiera par son exotisme les croix de pierre et les chapelles néogothiques. Puis, le temps fait son œuvre de dévorante érosion. Faute de soins, le palais de couleurs s'effondre au début du XXe siècle, laissant place à une simple dalle que le lierre, petit à petit, dérobe aux regards.
Aujourd'hui, Malka Khachwar n'est plus qu'une ombre parmi les fantômes du cimetière, sa sépulture étant devenue plus éphémère encore que sa mémoire. Son royaume est mort, son monument a péri, et aucun guide ne murmure son nom aux foules qui passent. Pourtant, dans le secret des archives, elle demeure à jamais cette reine étrangère qui, venue réclamer justice, ne trouva sur sa route qu'une terre d'asile pour son dernier sommeil.
Oui. La tombe de Malka Khachwar, reine d'Oudh, inhumée en division 85 le 27 janvier 1858, est la première sépulture indienne du cimetière. D'autres familles de la diaspora indienne y reposent depuis, mais aucune n'a reçu de monument comparable à son mausolée d'origine.
Voir toutes les tombesOn peut s'en approcher, mais il ne reste presque rien à voir. Le mausolée indo-musulman de vingt-cinq mètres carrés s'est effondré au début du XXᵉ siècle faute d'entretien : seule subsiste une dalle, en partie gagnée par le lierre, en division 85.
Horaires et accès au cimetièreParce que Paris fut au XIXᵉ siècle une capitale diplomatique majeure : princes déchus, exilés politiques et délégations venues plaider leur cause y séjournaient longuement, et certains y mouraient. Le Père-Lachaise, seul grand cimetière parisien capable d'accueillir des monuments monumentaux, devint leur dernière adresse.
L'histoire du Père-LachaiseLa division 85 abrite notamment la sépulture de Marcel Proust, une dalle de marbre noir où les lecteurs déposent des madeleines. Elle se situe dans la partie orientale du cimetière, à une vingtaine de minutes de l'entrée principale du boulevard de Ménilmontant.
La tombe de Marcel Proust