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Huit classes pour un dernier voyageSociété

Huit classes pour un dernier voyage

Au XIXe siècle, le convoi funèbre qui menait le défunt au Père-Lachaise obéissait à un tarif strict : huit classes de funérailles, du corbillard à un cheval tendu de serge noire jusqu'au char à huit chevaux caparaçonnés de velours brodé d'argent.

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Le corbillard qui remontait le boulevard de Ménilmontant vers le Père-Lachaise, un matin de novembre 1890, n'était pas le même selon que le mort était un rentier du VIIIe arrondissement ou un ouvrier de Belleville. Le rentier avait droit à un char de première classe, tendu de velours noir à galons d'argent, tiré par quatre ou six chevaux caparaçonnés, escorté de porteurs en livrée, précédé d'un maître de cérémonie en habit noir et bicorne. L'ouvrier avait droit à un corbillard de huitième classe — une simple voiture à un cheval, un drap de serge noire sans ornement, pas de porteurs, pas de croque-morts en livrée. Entre les deux, six classes intermédiaires déclinaient chaque détail du convoi : le nombre de chevaux, la qualité du tissu, la longueur des franges, le nombre de cierges, la présence ou l'absence d'un dais. Les pompes funèbres du XIXe siècle avaient fait de la mort un commerce tarifé, et le convoi funèbre qui traversait Paris jusqu'au cimetière était un spectacle de rue qui disait tout de la fortune du défunt.

Le système repose sur un monopole. Depuis le décret impérial du 23 prairial an XII — le même décret qui créa le Père-Lachaise en 1804 —, le service des pompes funèbres est confié aux fabriques des paroisses, puis, à partir de 1904, aux communes. À Paris, les pompes funèbres sont un service municipal dont le tarif est fixé par arrêté préfectoral. Chaque classe correspond à un niveau de prestation défini dans les moindres détails. Pour un convoi de première classe vers 1890, il faut compter environ trois mille francs — le salaire annuel d'un employé de bureau. Le tarif comprend le corbillard capitonné de satin, les chevaux caparaçonnés de housses à crépines d'argent, les porteurs en grande livrée, le maître de cérémonie, les tentures noires à larmes d'argent pour la porte de l'immeuble, les candélabres et les cierges. La huitième classe, dite « classe des pauvres », ne coûte que quelques francs : un corbillard sobre, un cheval, un conducteur. Entre ces extrêmes, chaque classe ajoute ou retire un élément — un cheval de plus, un ornement de moins —, composant une gamme de convois aussi codifiée qu'un menu de restaurant.

Le nombre de chevaux, la couleur du drap, la qualité des franges, le nombre de porteurs et de croque-morts en livrée : tout se payait. Les pompes funèbres du XIXe siècle avaient tarifé la mort au centime près.

Le convoi funèbre du XIXe siècle est un spectacle urbain. Le corbillard part de la maison du défunt, précédé du clergé en surplis et suivi de la famille en grand deuil — les hommes en redingote noire, les femmes voilées de crêpe. Le cortège traverse les rues de Paris à pas d'homme, bloquant la circulation, attirant les regards. Les passants se découvrent. Les boutiquiers baissent leur rideau au passage du convoi. Le nombre de voitures de suite — les calèches qui suivent le corbillard — peut atteindre plusieurs dizaines pour un personnage important. Le convoi funèbre de Victor Hugo, le premier juin 1885, mobilise deux millions de personnes entre l'Arc de Triomphe et le Panthéon. Celui d'Adolphe Thiers, en 1877, fait défiler des milliers de personnes jusqu'au Père-Lachaise. Le convoi est la dernière apparition publique du mort, et la famille qui le commande sait que tout Paris regarde.

Le corbillard hippomobile disparaît au début du XXe siècle. En 1904, les premiers corbillards automobiles apparaissent à Paris — d'abord électriques, puis à essence. La transition est lente : les corbillards à chevaux survivent jusqu'aux années 1940 dans certaines villes de province. Mais le spectacle funèbre, lui, s'éteint plus vite. Après la Première Guerre mondiale, les convois traversent Paris de plus en plus discrètement. Les tentures noires disparaissent des façades. Le système des huit classes est simplifié puis aboli. La loi du 28 décembre 1904, qui municipalise les pompes funèbres en retirant le monopole aux fabriques paroissiales, marque la fin du régime concordataire des funérailles. Le convoi funèbre n'est plus un spectacle social : il devient un trajet logistique.

Au Père-Lachaise, le corbillard n'a laissé aucune trace visible. Les chevaux, les housses, les crépines d'argent, les porteurs en livrée, les maîtres de cérémonie en bicorne — tout cela a disparu avec le siècle qui l'avait inventé. Mais l'architecture du cimetière porte la marque du système de classes. Les chapelles monumentales des divisions anciennes, avec leurs portes de bronze, leurs vitraux et leurs bustes sculptés, sont les tombes des familles qui pouvaient s'offrir un convoi de première ou de deuxième classe. Les dalles sobres des divisions récentes sont les tombes de ceux qui n'avaient droit qu'à la huitième. Le Père-Lachaise, aujourd'hui comme en 1890, est un miroir de la hiérarchie sociale — sauf que le miroir, désormais, ne bouge plus.

Pour aller plus loin

Combien coûtaient des funérailles au Père-Lachaise au XIXe siècle ?

Vers 1890, un convoi funèbre de première classe jusqu'au Père-Lachaise coûtait environ 3 000 francs — le salaire annuel d'un employé de bureau. La huitième classe ne coûtait que quelques francs. Huit classes de tarifs existaient, chacune définissant le corbillard, les chevaux et les ornements.

Lire l'article sur l'embaumement au XIXe siècle

Qu'est-ce qu'un corbillard hippomobile ?

Un corbillard hippomobile est un char funèbre tiré par des chevaux, utilisé pour transporter le cercueil de la maison du défunt au cimetière. À Paris au XIXe siècle, le nombre de chevaux (de un à huit) et la qualité des ornements dépendaient de la classe de funérailles choisie par la famille.

Voir la tombe d'Honoré de Balzac

Quand les corbillards à chevaux ont-ils disparu à Paris ?

Les premiers corbillards automobiles (électriques) sont apparus à Paris en 1904. La transition a été progressive : les corbillards hippomobiles ont survécu dans certaines villes de province jusqu'aux années 1940. À Paris, le convoi funèbre traditionnel a décliné après la Première Guerre mondiale.

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Pourquoi y a-t-il des chapelles et des dalles au Père-Lachaise ?

La diversité des monuments au Père-Lachaise reflète la hiérarchie sociale du XIXe siècle. Les familles qui commandaient un convoi de première classe faisaient construire des chapelles monumentales dans les divisions anciennes. Les dalles sobres des divisions récentes correspondent aux classes de funérailles les plus modestes.

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