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Cent soixante-huit visages de bronzePatrimoine

Cent soixante-huit visages de bronze

Le Père-Lachaise conserve cent soixante-huit bustes en bronze, dont cent vingt datent de la période 1850-1918. Peintres, musiciens, médecins, députés, maires : la bourgeoisie de la Troisième République se faisait portraiturer sur sa tombe par les plus grands sculpteurs de l'époque.

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En marchant dans les allées du Père-Lachaise, on croise des visages. Pas des visages peints ou photographiés — des visages de bronze, posés sur des socles de pierre, qui regardent droit devant eux depuis un siècle ou plus. Moustaches fournies, barbes taillées, cols hauts, cravates nouées, regards sévères ou rêveurs : cent soixante-huit bustes en bronze se dressent dans le cimetière, inventoriés par l'Association des Amis et Passionnés du Père-Lachaise. La plupart datent d'un âge d'or précis : entre 1850 et 1918, cent vingt bustes — soit soixante et onze pour cent du total — ont été posés sur des tombes du Père-Lachaise. C'est le temps de la Troisième République, celui où la bourgeoisie parisienne fait graver ses traits dans le métal comme elle les faisait peindre sur une toile un siècle plus tôt. Le buste en bronze est un portrait pour l'éternité.

Le premier buste en bronze du Père-Lachaise est celui d'Abraham Louis Breguet, l'horloger suisse, sculpté par Mathieu Kessels et daté de 1818 — peut-être de 1815. Le buste a été posé sur le monument en 1823. Il est possible qu'un buste antérieur ait disparu, mais aucun document ne l'atteste. À l'autre extrémité de la chronologie, le buste le plus récent est celui de François Magnien, un personnage sur lequel on ne sait rien, signé par Georges Oudot et posé en 2024. Entre ces deux dates, deux siècles de sculpture portraitiste traversent le cimetière. Mais la grande majorité se concentre sur la période 1850-1918, en parallèle de l'essor des chapelles funéraires dans les familles catholiques et du développement d'un art du portrait en bronze dans le reste de la bourgeoisie aisée. Le buste funéraire n'est pas un luxe aristocratique : c'est un marqueur social, celui d'une classe qui veut laisser une trace visible de ses visages après la mort.

Les familles qui commandent un buste font parfois appel à des sculpteurs de premier plan. Jules Dalou, auteur du célèbre gisant de Victor Noir, a signé quatre bustes au Père-Lachaise : le chimiste et député Boussingault, le président de la Chambre des députés Charles Floquet, le chansonnier Jules Jouy et le journaliste Albert Wolff. Pierre Jean David d'Angers a sculpté les bustes de l'astronome François Arago en 1858 et d'Honoré de Balzac en 1844. Auguste Clésinger, auteur du monument de Chopin, a réalisé le buste de l'académicien Henry Houssaye. Henri Chapu, auteur du haut-relief de la chapelle de Thiers, a signé le buste du fondeur Ferdinand Barbedienne. Six sculptrices sont aussi représentées : Laure Coutan-Montorgueil, Giovanna Dubray, Herminie Hanin, Jeanne Hugues-Royannez, Jeanne Itasse et Marguerite Syamour. Parmi les cent vingt bustes de la période 1850-1918, un seul représente une femme : l'actrice Marguerite Lacressonnière, morte en 1859. Le sculpteur de ce buste est inconnu.

Parmi les cent vingt bustes de la période 1850-1918, un seul représente une femme : l'actrice Marguerite Lacressonnière, morte à trente-sept ans en 1859. Le sculpteur est inconnu.

Les célébrités qui bénéficient d'un buste sont d'abord des peintres, des musiciens, des sculpteurs, des médecins, des députés, des maires et des conseillers municipaux — les édiles et le monde des beaux-arts. Puis des écrivains, des fondeurs, des négociants, des généraux, des entrepreneurs et des industriels. Et enfin des professions plus rares : un pâtissier, un ébéniste, un ferronnier d'art, un inventeur, un photographe, un vétérinaire, un costumier, un caricaturiste, un inspecteur des écoles. Le buste était souvent payé par souscription publique : on collectait auprès des collègues, des amis, de la famille, et parfois en faisant appel aux journaux pour atteindre un public plus large. Le buste de Louis Lucipia, maire du XIXe arrondissement, a été financé ainsi en 1907. Celui du général Émile Eudes, commandant de la Commune, en 1888.

La comparaison des bustes révèle une époque : la pilosité est à la mode — moustaches fournies, barbes bien taillées, favoris imposants. Les poses sont frontales, les regards droits, les cols montants. Seuls quatre bustes sont associés à des chapelles — ceux de Louis Biétry en façade, de Noël Boulanger, de Narcisse Clément Julien et de Pierre Jules Ronnet à l'intérieur. Tous les autres sont en plein air, exposés aux intempéries et aux vols. Car le bronze se vole : des bustes ont disparu au fil des décennies, fondus ou revendus. Ceux qui restent forment un musée de la sculpture portraitiste du XIXe siècle, dispersé sur quarante-quatre hectares, sans catalogue, sans fléchage, sans protection particulière. Le visiteur qui arpente le Père-Lachaise croise ces visages un par un, au hasard des allées — un peintre ici, un général là, un pâtissier plus loin — sans savoir que Dalou, David d'Angers ou Clésinger ont travaillé le même bronze.

Pour aller plus loin

Combien de bustes en bronze y a-t-il au Père-Lachaise ?

Le Père-Lachaise conserve 168 bustes en bronze inventoriés par l'APPL. 120 d'entre eux (71 %) datent de la période 1850-1918, apogée du buste funéraire sous la Troisième République. Le plus ancien, celui de l'horloger Breguet, a été sculpté par Kessels en 1818.

Lire l'article sur la céramique funéraire

Quels sculpteurs célèbres ont réalisé des bustes au Père-Lachaise ?

Jules Dalou (gisant de Victor Noir), David d'Angers (buste de Balzac), Auguste Clésinger (monument de Chopin), Henri Chapu (chapelle de Thiers) et Tony Noël ont tous signé des bustes en bronze au Père-Lachaise. Une quarantaine de sculpteurs moins connus y sont aussi représentés.

Voir la tombe d'Honoré de Balzac

Qui est représenté par les bustes en bronze du Père-Lachaise ?

Les bustes du Père-Lachaise représentent surtout des peintres, musiciens, médecins, députés et maires — les édiles et le monde des beaux-arts de la Troisième République. On trouve aussi des professions rares : un pâtissier, un photographe, un ébéniste, un vétérinaire.

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Quel est le plus ancien buste en bronze du Père-Lachaise ?

Le plus ancien buste en bronze identifié au Père-Lachaise est celui d'Abraham Louis Breguet, horloger suisse, sculpté par Mathieu Kessels et daté de 1818. Le buste a été posé sur le monument en 1823. Le plus récent, signé Georges Oudot, date de 2024.

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