Au XIXe siècle, les familles en deuil portaient des bracelets, des bagues et des broches tressés avec les cheveux du défunt. Le cheveu, matière imputrescible, devenait un lien physique entre les vivants et les morts — un fragment du corps transformé en bijou de sentiment.
Parmi les objets que les familles du XIXe siècle emportaient dans la tombe ou, au contraire, gardaient sur elles après l'enterrement, il en est un que le XXIe siècle a complètement oublié : le bijou en cheveux. Un bracelet tressé avec les cheveux de la mère morte en couches. Une bague contenant une mèche de l'enfant décédé à trois ans. Un médaillon ovale, en or ou en argent, qui s'ouvre sur une composition de cheveux — un saule pleureur fait de mèches brunes torsadées sur un fond d'ivoire, un cyprès miniature, une couronne de deuil — signée au dos par l'artisan qui l'a réalisée. Ces bijoux étaient portés chaque jour, parfois pendant des décennies. Les familles qui faisaient construire des chapelles au Père-Lachaise, qui commandaient des bustes en bronze et des vitraux, portaient aussi sur elles un morceau du corps de leurs morts — le seul morceau que le temps ne détruit pas : le cheveu.
Le bijou en cheveux n'est pas une curiosité macabre : c'est un art codifié, pratiqué par des artisans spécialisés, avec ses techniques, ses outils et ses conventions. Les cheveux du défunt étaient lavés, triés par longueur et par couleur, puis travaillés selon des techniques héritées de la passementerie et de la dentelle. On tressait les cheveux au fuseau, sur un carreau — le même carreau que les dentellières — ou sur un métier spécial. On les moulait sur des mandrins en fer pour former des tubes creux, que l'on assemblait ensuite en bracelets ou en chaînes de montre. On les collait sur des plaques de verre ou d'ivoire pour composer des tableaux en miniature — arbres, fleurs, monuments, scènes de deuil. Le tout était protégé par un verre bombé, serti dans un boîtier d'or ou de métal doré. Les bijoutiers en cheveux travaillaient dans des ateliers où la température et l'humidité étaient contrôlées pour que le cheveu ne casse pas.
On lavait les cheveux du mort, on les triait par longueur et par couleur, on les tressait au fuseau sur un carreau de dentellière. Le bracelet ou la bague qui en sortait n'était pas un ornement : c'était le défunt lui-même, porté au poignet ou au doigt.
L'âge d'or du bijou en cheveux court du début du XIXe siècle au tournant du XXe. La pratique existe depuis le XVIIe siècle — les reliquaires de cheveux de saints sont les ancêtres directs du bijou de deuil —, mais c'est entre 1820 et 1900 que le bijou en cheveux se démocratise et se codifie. Deux événements l'amplifient. Le premier est l'essor du deuil bourgeois sous la Restauration et la monarchie de Juillet : les familles aisées adoptent des codes vestimentaires stricts après un décès — noir intégral, voiles, gants, bijoux de jais —, et le bijou en cheveux s'inscrit dans cet appareil de deuil. Le second est l'exemple de la reine Victoria. Après la mort du prince Albert en 1861, Victoria porte pendant quarante ans des médaillons et des broches contenant les cheveux de son époux. La mode victorienne se répand dans toute l'Europe : le bijou en cheveux devient un signe de respectabilité et de dévotion conjugale, adopté par la bourgeoisie industrielle.
La pratique disparaît au début du XXe siècle, victime de plusieurs changements simultanés. La Première Guerre mondiale bouleverse les rituels funéraires : les morts sont trop nombreux, trop loin, trop défigurés pour que l'on récupère une mèche de cheveux. Le deuil codifié — les vêtements noirs pendant un an, les bijoux de jais, les cartes de visite bordées de noir — s'efface progressivement après 1918. La photographie, puis le cinéma, offrent d'autres supports à la mémoire du défunt : on garde un portrait plutôt qu'un cheveu. Le bijou en cheveux, qui supposait un rapport physique, charnel, avec la matière du mort, ne correspond plus à la sensibilité du XXe siècle, qui met la mort à distance. Les derniers bijoutiers en cheveux ferment leurs ateliers entre les deux guerres. Les bijoux survivent dans les tiroirs, les boîtes à bijoux, les vitrines des antiquaires — et dans quelques musées d'arts décoratifs.
Au Père-Lachaise, on ne voit pas de bijoux en cheveux. Ils ne sont pas dans le cimetière : ils étaient sur les vivants, portés au poignet, au cou, au doigt, rangés dans une boîte après la fin du deuil, transmis parfois à la génération suivante, vendus ou jetés quand plus personne ne savait à qui appartenaient les cheveux. Mais le bijou en cheveux fait partie de l'écosystème du Père-Lachaise autant que les bustes en bronze, les vitraux et les couronnes de faïence. Les mêmes familles qui faisaient construire une chapelle néogothique en division 30, qui commandaient un buste en bronze à Dalou, qui faisaient poser un vitrail de Collinet — ces mêmes familles portaient un bracelet de cheveux au poignet en sortant du cimetière. Le bijou en cheveux est la face invisible du deuil du XIXe siècle : l'objet que l'on emportait chez soi quand on laissait le corps au Père-Lachaise.
Un bijou en cheveux funéraire est un bracelet, une bague, une broche ou un médaillon fabriqué avec les cheveux du défunt. Pratique courante au XIXe siècle, le bijou en cheveux était porté par les familles en deuil comme lien physique avec le mort — le cheveu étant une matière imputrescible.
Comment fabriquait-on des bijoux avec les cheveux des morts ?
Les cheveux du défunt étaient lavés, triés par longueur et couleur, puis tressés au fuseau sur un carreau de dentellière ou moulés sur des mandrins en fer. Les artisans composaient des bracelets, des chaînes et des tableaux miniatures protégés par un verre bombé, sertis dans de l'or ou du métal doré.
La Première Guerre mondiale, la photographie et l'évolution des sensibilités ont mis fin à la pratique. Le deuil codifié (vêtements noirs, bijoux de jais, bijoux en cheveux) s'est effacé après 1918. Les derniers bijoutiers en cheveux ont fermé entre les deux guerres.
La reine Victoria portait-elle des bijoux en cheveux ?
Oui. Après la mort du prince Albert en 1861, la reine Victoria a porté pendant quarante ans des médaillons et des broches contenant les cheveux de l'époux défunt. La mode victorienne du bijou de deuil s'est répandue dans toute la bourgeoisie européenne au XIXe siècle.