Chiens fidèles, lions gardiens, chevaux cabrés, sphinx ailés, serpents d'éternité : les tombes du Père-Lachaise abritent un bestiaire sculpté dont chaque animal porte un sens précis dans le vocabulaire de l'art funéraire du XIXe siècle.
En division 20 du Père-Lachaise, un caniche de bronze est assis sur un tombeau depuis plus d'un siècle. Il mesure cinquante-cinq centimètres de haut, le museau levé, les pattes jointes. La famille s'appelle Richeton : du défunt, on ne sait presque rien ; du chien, on sait tout — son matériau, ses dimensions, son attitude. Au Père-Lachaise, les bêtes de pierre et de bronze sont partout. Des chiens couchés aux pieds de gisants, des lions accroupis sur des socles, des serpents enroulés sur eux-mêmes, des papillons posés sur des stèles, des chevaux cabrés au sommet de monuments militaires, des colombes agrippées à des branches de cyprès, un sphinx ailé de vingt tonnes taillé dans la pierre anglaise. Ce ne sont pas des ornements : chaque animal sculpté porte un message, codifié par les ateliers de marbriers et compris par les familles qui commandaient ces tombes. Le bestiaire funéraire du Père-Lachaise est un langage perdu.
Le chien est l'animal le plus fréquent sur les tombes du XIXe siècle. Couché au pied du gisant, la tête posée sur les pattes, il incarne la fidélité — fidélité conjugale, fidélité au maître, fidélité à la foi chrétienne. L'iconographie vient du Moyen Âge, où le chien figurait aux pieds des gisantes pendant que le lion gardait ceux des gisants. Au Père-Lachaise, le chien apparaît sous toutes ses formes : en médaillon gravé, en relief sur la stèle, en ronde-bosse au sommet du tombeau. Le caniche en bronze de la sépulture Richeton, en division 20, reste le plus remarquable par sa taille et son réalisme. Le lion, plus rare, exprime la puissance du défunt et l'espoir d'une résurrection. Selon une croyance médiévale rapportée dans les bestiaires, les lionceaux naissaient morts et le souffle de leur père les ramenait à la vie au bout de trois jours — image directe de la résurrection du Christ. Au Père-Lachaise, des lions sculptés apparaissent sur des monuments militaires et sur les chapelles de familles fortunées, où ils montent la garde de part et d'autre de l'entrée.
Du défunt, on ne sait presque rien ; du chien, on sait tout — son matériau, ses dimensions, son attitude. C'est souvent le sort des sculptures animalières dans les cimetières : l'animal survit mieux que le souvenir de celui qu'il garde.
Le serpent, sur une tombe du Père-Lachaise, peut dire plusieurs choses. Enroulé autour d'un bâton, il forme le bâton d'Esculape et désigne la sépulture d'un médecin. Quand une coupe s'ajoute, il identifie un pharmacien : le serpent boit dans la coupe des remèdes. Mais quand il se mord la queue, formant un cercle parfait, il devient l'ouroboros — le symbole du cycle éternel de la mort et de la renaissance. On trouve des ouroboros gravés sur des portes de chapelles en division 59 et sur des stèles des divisions anciennes. Le papillon, autre créature du passage, représente la métamorphose de l'âme : la chenille est le corps terrestre, la chrysalide est le tombeau, le papillon qui en sort est l'âme libérée de la chair. En mythologie grecque, Psyché — l'âme — portait des ailes de papillon. Au Père-Lachaise, le motif apparaît en relief sur des stèles, parfois posé sur un crâne, réunissant la vanité et l'espérance dans un même ornement. La colombe, messagère divine, symbolise la pureté et l'envol de l'âme vers le ciel. On la trouve sur des tombes d'enfants, souvent associée au lys. En division 47, une statue de marbre représente une jeune femme voilée tenant une colombe contre sa poitrine, une seconde colombe posée sur son épaule avec une branche de cyprès dans le bec.
Certaines sculptures animalières du Père-Lachaise atteignent la dimension de monuments. En division 37, le tombeau du général Gobert, tué à la bataille de Bailén en 1808, est surmonté d'une statue équestre de trois mètres dix sculptée par David d'Angers : le général, foudroyé par une balle, bascule de son cheval dans un dernier mouvement. C'est l'un des groupes sculptés les plus spectaculaires du cimetière. En division 12, la tombe de Théodore Géricault porte trois bas-reliefs en bronze signés Antoine Etex : l'Officier de chasseurs à cheval de la Garde impériale, le Cuirassier blessé et le Radeau de la Méduse. Géricault, mort à trente-deux ans en 1824, avait fait du cheval le centre de son œuvre — et le cheval le suit jusque dans la pierre. En division 89, le monument d'Oscar Wilde prend la forme d'un sphinx ailé taillé par Jacob Epstein dans un bloc de vingt tonnes de pierre de Hopton Wood importé d'Angleterre, achevé en 1914. L'œuvre, inspirée du poème Le Sphinx de Wilde et de la statuaire assyrienne, a provoqué un scandale à son installation. En division 49 repose Antoine-Louis Barye, le plus grand sculpteur animalier du XIXe siècle, dont les lions et les fauves de bronze peuplent les musées du monde entier — mais dont le buste funéraire, œuvre du sculpteur Moulin, a été volé en 2006.
Le visiteur qui cherche les animaux du Père-Lachaise ne les trouvera pas sur un plan. Ils ne sont pas répertoriés, pas fléchés, pas signalés. Il faut marcher, lever les yeux, s'arrêter devant les stèles. Un serpent enroulé sur un bâton, dans une allée tranquille : la tombe d'un médecin. Un papillon en relief sur une pierre grise : une âme qui s'envole. Un chien couché, la tête sur les pattes : quelqu'un qui attend encore. Les marbriers qui sculptaient ces animaux ne faisaient pas de l'art pour l'art : ils racontaient la vie du mort, ses vertus, son métier, sa foi. Le lion disait la puissance, le chien disait la fidélité, la colombe disait l'espérance. Deux siècles plus tard, les animaux sont toujours là — mais le langage qu'ils parlent ne l'est plus.
Y a-t-il des sculptures de chiens sur les tombes du Père-Lachaise ?
Oui. Le plus connu est le caniche en bronze de la sépulture Richeton, en division 20, haut de 55 centimètres. D'autres tombes portent des chiens couchés au pied de gisants ou sculptés en relief sur des stèles, symboles de fidélité au défunt.
Que signifie le serpent sculpté sur une tombe au Père-Lachaise ?
Le serpent porte deux sens au Père-Lachaise. Enroulé autour d'un bâton, il forme le bâton d'Esculape et désigne la tombe d'un médecin ou d'un pharmacien. Quand il se mord la queue (ouroboros), il symbolise le cycle éternel de la vie et de la mort.
Peut-on voir des chevaux sculptés au Père-Lachaise ?
Oui. Le monument du général Gobert, en division 37, porte une statue équestre de 3,10 m par David d'Angers. Sur la tombe de Théodore Géricault, en division 12, trois bas-reliefs en bronze représentent des scènes équestres, dont l'Officier de chasseurs à cheval.
Quelle est la signification du papillon dans l'art funéraire ?
Le papillon symbolise la métamorphose de l'âme. La chenille figure le corps terrestre, la chrysalide le tombeau, le papillon l'âme libérée de sa chair. Au Père-Lachaise, on le trouve en relief sur des stèles du XIXe siècle, parfois posé sur un crâne — vanité et résurrection réunies.