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La télégraphiste qui sauva quarante mille soldatsFigures

La télégraphiste qui sauva quarante mille soldats

Juliette Dodu, née à La Réunion en 1848, a intercepté les dépêches prussiennes au bureau de télégraphe de Pithiviers pendant dix-sept jours en 1870. Première femme décorée de la médaille militaire, elle repose en division 28 du Père-Lachaise — et les historiens doutent de la véracité du récit.

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Juliette Dodu naît le 15 juin 1848 à Saint-Denis de La Réunion, fille d'Alphonse Dodu, chirurgien de marine. À seize ans, en 1864, la jeune femme quitte l'île pour la métropole. En avril 1870, à vingt-deux ans, Juliette Dodu est nommée directrice du bureau de télégraphe de Pithiviers, dans le Loiret — un poste modeste dans une petite ville de province. Cinq mois plus tard, la guerre éclate. Les Prussiens occupent Pithiviers à partir de septembre 1870. Le bureau de télégraphe, réquisitionné par l'armée ennemie, continue de fonctionner sous contrôle allemand. La jeune directrice reste à son poste. C'est là, selon le récit officiel, que Juliette Dodu accomplit l'acte qui va faire d'elle une héroïne nationale : pendant dix-sept jours, la télégraphiste intercepte les dépêches prussiennes en branchant un fil dérivé sur la ligne, les retranscrit et les transmet aux forces françaises.

Le récit, tel qu'il se fixe dans la mémoire nationale, est spectaculaire. Juliette Dodu aurait intercepté les ordres de mouvement de l'armée prussienne, permettant aux troupes françaises d'éviter des embuscades et sauvant la vie d'environ quarante mille soldats. Découverte par l'ennemi, la télégraphiste aurait été condamnée à mort par un conseil de guerre prussien. La sentence n'aurait pas été exécutée grâce à l'armistice du 28 janvier 1871 — ou, selon d'autres versions, grâce à l'intervention du prince Frédéric-Charles de Prusse, impressionné par le courage de la jeune femme. Juliette Dodu devient la première femme à recevoir la médaille militaire, puis la Légion d'honneur à titre militaire — deux distinctions exceptionnelles pour une civile et plus encore pour une femme dans la France du XIXe siècle.

L'histoire de Juliette Dodu, telle qu'elle est racontée depuis les années 1870, pose des problèmes factuels que les historiens ont relevés depuis longtemps. Les documents d'archives militaires ne confirment pas l'interception de quarante mille dépêches, ni le chiffre de quarante mille soldats sauvés. Le conseil de guerre et la condamnation à mort n'apparaissent dans aucun procès-verbal connu. Le rôle exact du prince Frédéric-Charles dans une éventuelle grâce reste non documenté. Certains historiens pensent que Juliette Dodu a effectivement intercepté des dépêches — l'opération technique était réalisable avec le matériel de l'époque —, mais que l'ampleur et les conséquences militaires ont été considérablement exagérées par la propagande patriotique de la Troisième République, avide de héros et d'héroïnes dans le sillage de la défaite de 1870.

Condamnée à mort par les Prussiens, graciée in extremis par le prince Frédéric-Charles de Prusse, décorée de la médaille militaire et de la Légion d'honneur à titre militaire : le parcours de Juliette Dodu est trop beau pour ne pas être interrogé.

Juliette Dodu meurt le 28 octobre 1909 à Clarens, en Suisse, à soixante et un ans. La tombe de Juliette Dodu se trouve en division 28 du Père-Lachaise. Une rue porte le nom de Juliette Dodu dans le Xe arrondissement de Paris, une autre à Saint-Denis de La Réunion. Vraie ou embellie, l'histoire de la télégraphiste de Pithiviers est celle d'une jeune femme réunionnaise de vingt-deux ans, placée dans une situation extraordinaire par l'occupation prussienne, et dont le récit a été modelé par les besoins d'une nation en quête de consolation après la défaite. La tombe de la division 28 ne tranche pas le débat : elle porte les médailles et les dates, mais pas les preuves. Le Père-Lachaise conserve la mémoire de Juliette Dodu telle que la République l'a construite — héroïque, féminine et réunionnaise.

Pour aller plus loin

Qui était Juliette Dodu ?

Juliette Dodu (1848-1909), née à La Réunion, était directrice du bureau de télégraphe de Pithiviers (Loiret) pendant la guerre de 1870. Juliette Dodu aurait intercepté des dépêches prussiennes pendant 17 jours. Première femme décorée de la médaille militaire.

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Où est la tombe de Juliette Dodu au Père-Lachaise ?

La tombe de Juliette Dodu se trouve en division 28 du Père-Lachaise. Morte le 28 octobre 1909 à Clarens (Suisse), la télégraphiste héroïne de 1870 repose non loin des tombes de généraux et militaires de la même division.

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L'histoire de Juliette Dodu est-elle vraie ?

Les historiens contestent l'ampleur de l'exploit attribué à Juliette Dodu. L'interception des dépêches prussiennes au bureau de Pithiviers en 1870 était techniquement réalisable, mais le chiffre de 40 000 soldats sauvés et la condamnation à mort ne sont pas confirmés par les archives.

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Quelles héroïnes de guerre reposent au Père-Lachaise ?

Juliette Dodu (division 28), héroïne de 1870, est la plus célèbre. Le Père-Lachaise accueille aussi des résistantes et des infirmières de guerre. La tombe de Juliette Dodu est l'une des rares du cimetière à honorer une femme pour un fait d'armes.

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