PatrimoineQuand Paris apprit à brûler ses morts
Premier crématorium de France, inauguré en 1889 dans un style néo-byzantin par Jean Camille Formigé : l'histoire d'un combat de quinze ans pour la liberté des obsèques.
PatrimoinePremier crématorium de France, inauguré en 1889 dans un style néo-byzantin par Jean Camille Formigé : l'histoire d'un combat de quinze ans pour la liberté des obsèques.
Le 30 janvier 1889, une flamme s'allume au Père-Lachaise. Pour la première fois en France, un corps est officiellement incinéré dans un bâtiment conçu à cet effet : un édifice néo-byzantin de pierre blanche et noire, coiffé d'un dôme de brique et de grès, dessiné par l'architecte Jean Camille Formigé en division 87. La loi du 15 novembre 1887 a légalisé la crémation deux ans plus tôt, mettant fin à une interdiction remontant à Charlemagne. Mais il aura fallu quinze ans de combats parlementaires, d'arguments hygiénistes et de militantisme laïque pour que cette flamme s'allume.
L'idée renaît pendant la Révolution. En l'an V, le député Daubermesnil dépose un projet de loi au Conseil des Cinq-Cents pour autoriser les citoyens à faire brûler leurs défunts. Le texte est renvoyé en commission et n'aboutit jamais. Après le 18 brumaire et la réaction religieuse qui suit, la crémation redevient impensable, sauf en cas d'urgence sanitaire : quatre mille cadavres sont brûlés après la bataille de Paris en 1814, d'autres à Sedan en 1870. Le 14 août 1874, le conseil municipal de Paris vote un vœu invitant le préfet à ouvrir un concours pour trouver « le meilleur procédé pratique d'incinération des corps ». En 1880, la Société pour la propagation de la crémation voit le jour, portée par des figures républicaines comme Gambetta. La loi du 15 novembre 1887 tranche enfin : tout citoyen est libre de choisir entre inhumation et crémation.
Il aura fallu quinze ans de combats parlementaires, d'arguments hygiénistes et de militantisme laïque pour que cette flamme s'allume au Père-Lachaise.
Les travaux commencent en 1887 sous la direction de Formigé et de l'ingénieur Ernest-Gustave Bartet. Le concept est inédit : un « funérarium » comprenant un crématorium central entouré d'un columbarium pour accueillir les urnes cinéraires. La chapelle principale, en appareil polychrome de pierres blanches et noires disposées en bandes horizontales, emprunte au style néo-byzantin sa solennité. Le toit est composé d'un vaste dôme de brique et de grès, flanqué de trois demi-coupoles et de deux cheminées qui s'élèvent au-dessus des tombes. Dans les années 1920, le dôme s'enrichit de vitraux signés Carl Mauméjean. Le columbarium se déploie en quatre ailes sur quatre niveaux — deux en sous-sol, deux en surface —, offrant plus de vingt-six mille cases. L'ensemble est inscrit monument historique depuis 1995.
Longtemps seul de son espèce en France, le crématorium du Père-Lachaise reste unique pendant une décennie : Rouen suit en 1899, Reims en 1903, Marseille en 1907, Lyon en 1913. L'Église catholique n'autorise la crémation qu'en 1963, et il faut attendre les années 1980 pour que la pratique se démocratise. Le columbarium abrite aujourd'hui les cendres de personnalités — le cinéaste Max Ophüls, l'humoriste Pierre Dac — et conserve une niche au nom de Maria Callas, devenue cénotaphe après la dispersion de ses cendres en mer Égée en 1979.
En 2022-2023, la Ville de Paris entreprend une restauration qui rend aux sculptures et aux façades leur lisibilité d'origine. Dans l'une des salles de cérémonie, une sculpture de Paul Landowski, Le retour éternel, accompagne discrètement les familles — son plâtre est conservé au musée-jardin Landowski à Boulogne-Billancourt. Depuis le 1ᵉʳ mai 2026, le crématorium est géré par la Société Publique Locale Funéraire de Paris, garantissant une gestion entièrement publique. Le bâtiment de Formigé, pensé pour convaincre une société hostile à la crémation, accueille désormais un rite choisi par près d'un Français sur deux.
En 1887-1889. L'architecte Jean Camille Formigé et l'ingénieur Bartet ont construit le premier crématorium de France en division 87 du Père-Lachaise. La première crémation officielle a eu lieu le 30 janvier 1889.
Lire la grande histoire du Père-LachaiseFormigé a choisi le style néo-byzantin pour sa solennité, avec un dôme de brique et grès, des pierres polychromes en bandes blanches et noires, et trois demi-coupoles. Les vitraux de Carl Mauméjean ont été ajoutés dans les années 1920.
Découvrir les artistes au Père-LachaiseOui. Le columbarium est accessible aux horaires d'ouverture du cimetière. Il comprend quatre ailes sur quatre niveaux avec 26 606 cases, dont celles de Max Ophüls et Pierre Dac. L'ensemble est inscrit monument historique depuis 1995.
Consulter les horaires et accèsLe 15 novembre 1887. Cette loi a mis fin à une interdiction héritée de Charlemagne, après quinze ans de débats portés par la Société pour la propagation de la crémation. L'Église catholique n'a autorisé la crémation qu'en 1963.
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