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Le musée que personne ne visitePatrimoine

Le musée que personne ne visite

Douze monuments classés, trente mille tombes inscrites à l'inventaire des monuments historiques : le Père-Lachaise est le plus grand musée de sculpture en plein air de France. Trois millions de visiteurs y viennent chaque année — la plupart pour une seule tombe.

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Trois millions de visiteurs arpentent chaque année les allées du Père-Lachaise. La plupart cherchent Jim Morrison, Oscar Wilde, Édith Piaf, Frédéric Chopin — une dizaine de noms sur soixante-dix mille sépultures. Presque personne ne sait que le cimetière qu'ils traversent est un site classé depuis 1962, que trente mille de ses tombes sont inscrites à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1983, et que douze monuments y sont classés au titre des monuments historiques — le plus haut degré de protection du patrimoine français. Ni le Louvre ni Orsay ne possèdent autant de sculptures à ciel ouvert. Mais le Père-Lachaise n'a ni billetterie, ni parcours fléché, ni audioguide officiel. C'est un musée sans le savoir — ou plutôt un musée que ses visiteurs ne savent pas qu'ils visitent.

L'histoire de la protection du Père-Lachaise commence le 17 décembre 1962, quand un arrêté ministériel classe le cimetière comme site naturel. Le périmètre couvre le secteur romantique — les divisions 10 à 39, le cœur historique dessiné par Brongniart — et s'étend à une quarantaine de divisions supplémentaires, de la division 4 à la division 80. En 1983, un second arrêté inscrit à l'inventaire des monuments historiques tous les monuments funéraires antérieurs à 1900 situés dans ces divisions. Le trait de plume est radical : d'un seul arrêté, environ trente mille tombes passent sous protection. Aucune n'a été choisie pour sa célébrité ou sa beauté : le critère est la date, et la date seule. Toute tombe construite avant 1900 dans le périmètre classé est désormais un monument historique inscrit, qu'elle soit signée d'un grand architecte ou qu'elle s'effondre sous le lierre.

Parmi ces trente mille tombes inscrites, douze monuments bénéficient du classement au titre des monuments historiques — la protection la plus forte, celle qui interdit toute modification sans l'accord du ministère de la Culture. Les huit premiers sont classés le 14 novembre 1983 : le portail d'entrée et la chapelle d'Étienne-Hippolyte Godde, le Mur des Fédérés, le Monument aux morts de Bartholomé, le cénotaphe d'Héloïse et Abélard en division 7, le monument de Molière et La Fontaine en division 25, le monument dit de Delille en division 11, et la tombe du Dragon en division 29 — le premier monument militaire du cimetière, érigé en 1808. En 1990, la tombe Cartellier-Heim, chef-d'œuvre de sculpture néoclassique en division 53, rejoint la liste. En 1995, le monument funéraire d'Oscar Wilde, sculpture de Jacob Epstein en division 89, est classé. La même année, la tombe de l'architecte Georges Guët, en division 19, construite en béton armé entre 1905 et 1907, est classée pour son intérêt architectural. Le dernier classement date du 1er avril 2008 : la tombe de Frédéric Chopin, en division 11.

Quand un arrêté ministériel protège trente mille tombes d'un seul trait de plume, il transforme un cimetière en musée — sans billets, sans gardiens, sans cartels. Le plus grand musée de sculpture en plein air de France est un lieu où l'on enterre encore des gens.

Le paradoxe du Père-Lachaise tient en un chiffre : trente mille tombes protégées, trois millions de visiteurs, et pas un cartel. Les monuments historiques classés n'ont ni plaque explicative, ni panneau directionnel, ni fléchage spécifique. Le portail de Godde, classé monument historique, est la porte par laquelle tout le monde entre — personne ne le regarde. Le monument de Delille, en division 11, classé pour son importance dans l'histoire de la sculpture funéraire du début du XIXe siècle, n'apparaît sur aucun plan distribué à l'entrée. La tombe du Dragon, premier monument militaire du cimetière, est invisible depuis les grandes allées. Seule la tombe d'Oscar Wilde attire les foules — mais pour ses baisers au rouge à lèvres, pas pour le classement Epstein. Le Père-Lachaise est un musée dont les œuvres sont vues sans être regardées, traversées sans être comprises, photographiées sans être identifiées.

Le columbarium et le crématorium de Formigé, inscrits à l'inventaire en 1995, complètent l'ensemble protégé. Le Père-Lachaise rassemble ainsi, sur quarante-quatre hectares, la plus grande collection de sculpture funéraire de France — stèles néoclassiques des années 1810, chapelles néogothiques des années 1860, bustes en bronze du Second Empire, tombes Art nouveau des années 1900, monuments modernistes de l'entre-deux-guerres. Chaque division est une salle de musée, chaque allée un corridor. Mais ce musée reste un cimetière actif : dix mille cérémonies par an, cent cinquante à trois cents reprises de concessions, des familles qui viennent fleurir une tombe le dimanche. La protection des monuments historiques garantit que les tombes d'avant 1900 ne seront ni détruites ni modifiées — elle ne garantit pas qu'on les regardera. Le plus grand musée de sculpture en plein air de France attend encore ses visiteurs.

Pour aller plus loin

Combien de monuments sont classés au Père-Lachaise ?

Douze monuments du Père-Lachaise sont classés au titre des monuments historiques, dont le portail de Godde (1822), la chapelle, le Mur des Fédérés, le Monument aux morts de Bartholomé, et les tombes d'Oscar Wilde, de Chopin et de Molière-La Fontaine. Environ 30 000 tombes sont inscrites à l'inventaire.

Lire l'article sur la porte principale du Père-Lachaise

Le Père-Lachaise est-il un monument historique ?

Le Père-Lachaise est un site classé depuis 1962. En 1983, tous les monuments funéraires antérieurs à 1900 situés dans les divisions protégées ont été inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, soit environ 30 000 tombes. Douze monuments sont classés au plus haut niveau de protection.

Voir la tombe d'Oscar Wilde

Pourquoi la tombe de Chopin est-elle classée monument historique ?

La tombe de Frédéric Chopin, en division 11, a été classée au titre des monuments historiques le 1er avril 2008. Ce classement protège la sépulture de toute modification et reconnaît son importance patrimoniale au sein du plus grand musée de sculpture funéraire de France.

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Le Père-Lachaise est-il le plus grand cimetière de Paris ?

Oui. Avec 44 hectares et environ 70 000 sépultures, le Père-Lachaise est le plus grand cimetière intra-muros de Paris et le plus grand espace vert de la capitale. C'est aussi le plus visité, avec 3 millions de visiteurs par an, et le plus protégé, avec 30 000 tombes inscrites aux monuments historiques.

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