En 1832, le choléra tue 18 402 Parisiens en six mois. Le président du Conseil Casimir Périer, contaminé après une visite aux malades de l'Hôtel-Dieu, meurt le 16 mai. Son monument de bronze, en division 13, domine le rond-point central du Père-Lachaise.
Au carrefour du Grand Rond, en division 13, un piédestal de marbre blanc porte une statue de bronze de deux mètres quatre-vingt-dix. L'homme debout, la main gauche posée sur la Charte de 1830, regarde vers l'avenue qui porte son nom. Trois bas-reliefs — l'Éloquence, la Justice et la Fermeté — ornent les faces du socle. C'est l'un des monuments les plus imposants du Père-Lachaise, et il occupe l'emplacement le plus central du cimetière. L'homme qui repose ici n'est ni un maréchal d'Empire ni un écrivain : c'est un banquier devenu président du Conseil, mort d'une maladie que personne ne savait encore nommer. Casimir Périer, contaminé par le choléra après une visite aux malades de l'Hôtel-Dieu le 6 avril 1832, est mort quarante jours plus tard, le 16 mai, à cinquante-quatre ans. Le monument, érigé en 1837 par souscription publique pour un coût de cinquante-huit mille six cent cinquante francs, est l'œuvre du sculpteur Jean-Pierre Cortot et de l'architecte Achille Leclère. Ils ont travaillé à glorifier un homme fauché par une épidémie qui, en cent quatre-vingt-neuf jours, a tué dix-huit mille quatre cent deux Parisiens.
Le premier cas est signalé le 26 mars 1832. Paris compte alors sept cent quatre-vingt-cinq mille habitants. Le choléra — on dit « choléra-morbus » — vient d'Inde par la Russie, la Pologne et l'Angleterre. En trois jours, l'épidémie gagne neuf communes de la banlieue. En avril, elle atteint son paroxysme : douze mille sept cent trente-trois morts en un mois, huit cent quatorze en une seule journée. Les fosses communes du Père-Lachaise débordent. Les corbillards ne suffisent plus : on transporte les corps dans des charrettes de maraîchers. L'écrivain Heinrich Heine, qui a refusé de quitter Paris, décrit la maladie comme « un bourreau masqué qui marchait dans Paris, escorté d'une invisible guillotine ». La peur engendre la rumeur : les 3 et 4 avril, des passants sont accusés d'empoisonner les fontaines. La foule en lynche plusieurs — cinq ou six « empoisonneurs » présumés sont massacrés en deux jours. Les quartiers populaires paient le prix le plus lourd. L'hygiéniste Louis-René Villermé démontre que la mortalité frappe les pauvres bien plus que les riches, qui ont les moyens de fuir ou de s'isoler dans leurs hôtels particuliers.
Avant d'entrer dans la salle des cholériques, Périer est saisi d'un pressentiment : « Monseigneur, n'entrons pas ici. » Le duc d'Orléans lui répond : « Le sort en est jeté, il faut le boire. »
Casimir Périer ne fuit pas. Né en 1777 au Pont-de-Beauvoisin, dans l'Isère, fils d'un banquier fondateur de la Banque de France, il a fait fortune dans les affaires avant de se lancer en politique. Élu député de la Seine en 1817, président de la Chambre en 1830, il est nommé président du Conseil et ministre de l'Intérieur par Louis-Philippe le 13 mars 1831. Son programme tient en une formule devenue célèbre : « Au-dedans, l'ordre sans sacrifice pour la liberté ; au-dehors, la paix sans qu'il en coûte rien à l'honneur. » Quand l'épidémie éclate, il renforce les contrôles sanitaires et refuse de quitter la capitale. Le 6 avril 1832, le roi le charge d'accompagner le duc d'Orléans à l'Hôtel-Dieu pour visiter les malades du choléra. Avant d'entrer dans la salle, Périer est saisi d'un pressentiment : « Monseigneur, n'entrons pas ici. » Le fils de Louis-Philippe lui répond : « Monsieur, le sort en est jeté, il faut le boire. » Périer contracte la maladie dans les heures qui suivent. Soigné par les médecins les plus réputés de Paris, il agonise quarante jours. Il meurt le 16 mai. Le drapeau est mis en berne sur les bâtiments publics.
Périer n'est pas la seule figure emportée par le choléra en 1832. Le 13 mai, trois jours avant le président du Conseil, le naturaliste Georges Cuvier meurt à soixante-deux ans — sa tombe s'élève en division 8 du Père-Lachaise, non loin du monument de Brongniart. Le 1er juin, c'est au tour du général Lamarque, député et figure de l'opposition républicaine. Ses funérailles, le 5 juin, rassemblent cent mille personnes dans les rues de Paris. Le cortège funèbre se transforme en insurrection : un drapeau rouge portant l'inscription « La liberté ou la mort » est brandi, des barricades s'élèvent dans les quartiers de l'est parisien, des coups de feu sont échangés avec la garde nationale. La révolte est écrasée en deux jours. Victor Hugo, témoin de l'événement, en tirera trente ans plus tard l'épisode central des Misérables. En six mois, la monarchie de Juillet a perdu son premier ministre, un général populaire et la confiance d'une partie de la capitale. Le choléra de 1832 est la première épidémie moderne de Paris — la première que la presse couvre au jour le jour, la première que les médecins étudient statistiquement, la première qui déclenche une émeute.
Le monument de Casimir Périer, restauré, a retrouvé sa splendeur d'origine. La statue de Cortot, signée et datée de 1837, représente le président du Conseil debout, la main sur la Charte — le geste qui résume sa politique. L'avenue qui monte du portail principal vers le Grand Rond porte son nom : c'est l'une des artères les plus empruntées du cimetière. Les visiteurs qui se rendent aux tombes de Molière, La Fontaine ou Chopin la longent sans savoir que le nom qu'ils foulent est celui d'un homme mort du choléra à cinquante-quatre ans. Non loin, en division 8, la tombe de Cuvier rappelle que 1832 fut une année noire pour les sciences. En division 18, l'égyptologue Jean-François Champollion, mort le 4 mars — trois semaines avant le premier cas de choléra —, repose sous un obélisque qui porte ses propres hiéroglyphes. L'épidémie a aussi précipité le troisième agrandissement du cimetière : les fosses communes débordant, la Ville a dû acquérir de nouveaux terrains vers l'est. C'est le choléra qui a fait passer le Père-Lachaise du jardin romantique de Brongniart à la ville des morts quadrillée que l'on voit aujourd'hui sur le plateau de Charonne.
Le Grand Rond, en division 13, est dominé par le monument de Casimir Périer, président du Conseil sous Louis-Philippe, mort du choléra le 16 mai 1832. Le mausolée de marbre blanc, surmonté d'une statue de bronze de 2,90 m par le sculpteur Jean-Pierre Cortot, a été érigé en 1837 par souscription publique.
Quelles personnalités mortes en 1832 reposent au Père-Lachaise ?
Casimir Périer, président du Conseil mort du choléra le 16 mai 1832, repose en division 13. Le naturaliste Georges Cuvier, mort le 13 mai, est enterré en division 8. L'égyptologue Jean-François Champollion, mort le 4 mars 1832, repose en division 18.
Le choléra de 1832 a-t-il provoqué une révolte à Paris ?
Oui. Le général Lamarque, député et figure de l'opposition républicaine, est mort du choléra le 1er juin 1832. Ses funérailles, le 5 juin, ont dégénéré en insurrection armée dans les quartiers est de Paris. Victor Hugo a immortalisé cet épisode dans Les Misérables.
Comment le choléra de 1832 a-t-il transformé le Père-Lachaise ?
L'afflux de morts a saturé les fosses communes et imposé un troisième agrandissement du cimetière vers l'est. L'épidémie a accéléré la densification des divisions et précipité le passage du jardin romantique de Brongniart à la trame urbaine du plateau de Charonne.