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La dernière barricadeHistoire

La dernière barricade

Le 28 mai 1871, les Versaillais s'emparent du Père-Lachaise après des combats entre les tombes. Cent quarante-sept communards sont fusillés contre le mur d'enceinte en division 76 — un mur devenu le lieu de mémoire le plus emblématique de la gauche française.

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En division 76, le long du mur d'enceinte est du cimetière, une plaque de marbre porte six mots en lettres d'or : « Aux morts de la Commune, 21-28 mai 1871. » C'est l'un des quatorze monuments classés du Père-Lachaise — classement prononcé le 14 novembre 1983, plus d'un siècle après les faits. Devant cette plaque, chaque année, à la fin du mois de mai, des milliers de personnes défilent en silence, le poing levé ou une rose rouge à la boutonnière. Le Mur des Fédérés est le lieu de mémoire le plus ancien et le plus politique du cimetière. C'est ici que, le 28 mai 1871, cent quarante-sept prisonniers de la Commune de Paris ont été fusillés sans jugement par les troupes versaillaises et jetés dans une fosse commune au pied du mur. Le cimetière fondé pour accueillir les morts de la bourgeoisie parisienne est devenu, en une journée de mai, le symbole de toutes les luttes populaires.

La Commune de Paris naît le 18 mars 1871, deux mois après l'armistice qui met fin à la guerre franco-prussienne. Pendant soixante-douze jours, le gouvernement insurrectionnel décrète la séparation de l'Église et de l'État, l'instruction laïque obligatoire et la remise des loyers. Le 21 mai, les troupes du gouvernement d'Adolphe Thiers, replié à Versailles, pénètrent dans Paris par la porte de Saint-Cloud. Commence la Semaine sanglante : sept jours de combats de rue, barricade par barricade, quartier par quartier. On estime entre vingt mille et trente mille le nombre total de victimes de la répression versaillaise. La ville brûle — le palais des Tuileries, l'Hôtel de Ville, le palais de Justice sont incendiés. Les communards reculent vers l'est, vers Belleville, Ménilmontant, la Villette, les quartiers populaires qui ont été le cœur de l'insurrection.

Le 27 mai, les derniers défenseurs de la Commune se retranchent dans le Père-Lachaise. Deux cents fédérés armés d'une douzaine de canons occupent les hauteurs du cimetière. Ils transforment la chapelle du duc de Morny en réserve de munitions. Les Versaillais bombardent la position depuis les collines de Montmartre avant de donner l'assaut en fin d'après-midi. Le combat se poursuit à l'arme blanche entre les tombes, dans les allées, entre les chapelles funéraires. Le journaliste Maxime Vuillaume, rescapé de la Semaine sanglante, racontera la scène dans ses Cahiers rouges. Le 28 mai, les Versaillais prennent le contrôle du cimetière. Les derniers communards pris les armes à la main sont emmenés à la prison de Mazas, puis ramenés au Père-Lachaise pour y être exécutés. Cent quarante-sept prisonniers sont fusillés contre le mur d'enceinte est, en division 76, et jetés dans une fosse provisoire. Dans les jours qui suivent, un millier de corps de fédérés tombés dans les combats de rue des quartiers avoisinants les rejoignent dans une seconde fosse.

On s'égorge entre les tombes avec l'énergie du désespoir. Deux cents fédérés armés d'une douzaine de canons tiennent les hauteurs du cimetière contre l'armée régulière.

Le mur que les visiteurs voient aujourd'hui n'est pas celui de 1871 : il a été reconstruit entre 1883 et 1884. Mais le lieu a conservé sa charge. Le 23 mai 1880, à l'appel de Jules Guesde, vingt-cinq mille personnes portant une rose rouge à la boutonnière se rendent au Mur des Fédérés — le premier pèlerinage, deux mois avant l'amnistie des communards votée par le Parlement. Dès lors, chaque année, le dernier samedi de mai, partis et organisations de gauche « montent au Mur ». Jean Jaurès s'y rend à plusieurs reprises. Le 24 mai 1908, la plaque de marbre « Aux morts de la Commune, 21-28 mai 1871 » est inaugurée. Le même jour, à quelques mètres du mur, un monument est érigé à la mémoire d'Eugène Pottier, auteur de L'Internationale. Le 24 mai 1936, c'est la plus grande manifestation de l'histoire du lieu : six cent mille personnes défilent en présence de Léon Blum et de Maurice Thorez, au lendemain de la victoire du Front populaire.

Le Mur des Fédérés a été classé monument historique le 14 novembre 1983. Chaque année, à la fin du mois de mai, les couronnes de fleurs s'accumulent devant la plaque — souvent rouges, portant les noms des partis, des syndicats, des associations de mémoire. Le 1er mai, le Grand Orient de France y dépose une gerbe. Le Mur est le seul monument du Père-Lachaise dont la signification est politique autant que patrimoniale : il ne commémore pas un mort illustre mais un événement fondateur. Le long de l'avenue circulaire, à l'est du cimetière, quinze mémoriaux de la Déportation — Auschwitz, Buchenwald, Ravensbrück, Mauthausen — prolongent cette mémoire des persécutions et des résistances. Le Père-Lachaise, jardin romantique conçu pour accueillir les morts de la bourgeoisie, est aussi un cimetière politique. Le Mur des Fédérés en est la preuve la plus ancienne et la plus vivante.

Pour aller plus loin

Que s'est-il passé au Père-Lachaise pendant la Commune de Paris ?

Le 27 mai 1871, deux cents fédérés se retranchent dans le cimetière avec une douzaine de canons. Les troupes versaillaises bombardent puis donnent l'assaut. Le 28 mai, 147 prisonniers sont fusillés contre le mur d'enceinte en division 76, dans ce qui deviendra le Mur des Fédérés.

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Où se trouve le Mur des Fédérés au Père-Lachaise ?

En division 76, le long du mur d'enceinte est du cimetière. Une plaque de marbre inaugurée en 1908 porte l'inscription « Aux morts de la Commune, 21-28 mai 1871 ». Le site, classé monument historique en 1983, est le lieu d'un pèlerinage annuel chaque dernier samedi de mai.

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Combien de communards ont été fusillés au Père-Lachaise ?

147 communards ont été fusillés contre le mur d'enceinte est du cimetière le 28 mai 1871, puis jetés dans une fosse commune. Un millier de corps de fédérés tombés dans les combats de rue des quartiers voisins ont été enterrés à proximité dans les jours suivants.

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Le Mur des Fédérés est-il un monument historique ?

Oui. Le Mur des Fédérés, en division 76 du Père-Lachaise, a été classé monument historique le 14 novembre 1983. Depuis 1880, les organisations de gauche y organisent un défilé commémoratif chaque fin de mai. La plus grande manifestation a rassemblé 600 000 personnes en 1936.

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