Le tombeau d'Oscar Wilde en division 89 du Père-Lachaise, sphinx ailé sculpté par Jacob Epstein en 1912, a été couvert de traces de rouge à lèvres pendant des décennies. En 2011, une vitre de protection a mis fin au rituel des baisers — et changé le rapport des visiteurs au monument.
Oscar Wilde meurt à Paris le 30 novembre 1900, dans une chambre de l'hôtel d'Alsace, rue des Beaux-Arts, à quarante-six ans. Ruiné, exilé, détruit par deux ans de travaux forcés dans les prisons anglaises pour « gross indecency », l'écrivain irlandais avait trouvé refuge à Paris après sa libération en 1897. Le corps est d'abord inhumé au cimetière de Bagneux, dans la banlieue sud. En 1909, un ami de Wilde, Robert Ross, finance le transfert de la dépouille au Père-Lachaise, en division 89, et commande un monument au sculpteur américain Jacob Epstein. Le monument, installé en 1912, est un sphinx ailé en pierre calcaire, massif, angulaire, inspiré à la fois des taureaux ailés assyriens du British Museum et du poème de Wilde « The Sphinx ». Le sphinx regarde droit devant lui, les ailes déployées, le visage sans expression. Il ne ressemble à rien d'autre au Père-Lachaise.
Jacob Epstein a vingt-neuf ans quand il reçoit la commande de Robert Ross. Le sculpteur, né à New York de parents juifs polonais, installé à Londres, est déjà controversé pour ses sculptures expressionnistes. Le sphinx qu'il taille dans un bloc de pierre de Hopton Wood — un calcaire anglais d'une grande finesse — est une figure hybride : corps de taureau, ailes d'ange, visage androgyne, coiffure pharaonique. Le monument pèse plusieurs tonnes et nécessite un socle renforcé. Dès son installation en 1912, la sculpture fait scandale : un gardien du Père-Lachaise aurait, selon la légende, recouvert d'une bâche les parties génitales du sphinx, jugées trop explicites. La controverse s'éteint, mais le monument reste à part dans le paysage du cimetière — une sculpture moderniste au milieu de chapelles néogothiques et de stèles à l'antique. La tombe d'Oscar Wilde est classée monument historique en 1995.
La tradition des baisers au rouge à lèvres sur la tombe d'Oscar Wilde date probablement des années 1990. Des visiteurs — surtout des visiteuses — déposent un baiser de rouge à lèvres sur la pierre calcaire, accompagné parfois d'un message écrit au feutre ou au crayon. En quelques années, le sphinx se couvre de milliers de traces rouges, roses, violettes. Le geste est photographié, publié sur les réseaux sociaux, reproduit par des millions de touristes. Mais la graisse du rouge à lèvres pénètre la pierre poreuse et l'endommage. Les nettoyages successifs aggravent l'érosion : chaque décapage retire une couche de calcaire. En 2011, les autorités du Père-Lachaise et le consulat d'Irlande font installer une vitre de verre autour du monument, financée à hauteur de plusieurs dizaines de milliers d'euros. Les visiteurs ne peuvent plus toucher la pierre. Les baisers se posent désormais sur le verre — effacés chaque semaine par les agents du cimetière.
Les baisers de rouge à lèvres ne sont pas un hommage ancien : la pratique date probablement des années 1990. En quelques années, la graisse du rouge à lèvres a attaqué la pierre calcaire au point de menacer l'intégrité du monument.
Oscar Wilde n'a vécu que trois ans à Paris. Arrivé en 1897 sous le pseudonyme de Sebastian Melmoth, malade, alcoolique, il erre de l'hôtel de Nice à l'hôtel d'Alsace, écrit peu, vit de la générosité d'amis et d'admirateurs. La Ballade de la geôle de Reading, publiée en 1898, est sa dernière grande œuvre. Wilde meurt probablement d'une méningite consécutive à une otite chronique, aggravée par l'alcool et la syphilis — le diagnostic exact reste discuté. Ses derniers mots apocryphes — « Ce papier peint est atroce, l'un de nous deux doit partir » — résument l'humour noir qui ne l'a jamais quitté. Paris n'a pas sauvé Wilde, mais Paris l'a accueilli quand Londres l'avait banni. Le Père-Lachaise est la dernière étape d'un exil qui a duré trois ans.
Le sphinx d'Epstein, en division 89, est aujourd'hui l'un des trois monuments les plus visités du Père-Lachaise, avec la tombe de Jim Morrison et le gisant de Victor Noir. La vitre de verre, installée en 2011, porte en permanence de nouvelles traces de baisers et de messages. Des fleurs, des lettres, des livres de poche sont déposés au pied du monument. Le sphinx regarde toujours droit devant lui, indifférent aux hommages et aux selfies. Oscar Wilde, qui écrivait que la vie imite l'art bien plus que l'art n'imite la vie, aurait sans doute apprécié l'ironie : le monument le plus embrassé de Paris est une statue que personne ne peut plus toucher.
La tombe d'Oscar Wilde se trouve en division 89 du Père-Lachaise. Le monument, un sphinx ailé en pierre calcaire sculpté par Jacob Epstein en 1912, est protégé par une vitre de verre depuis 2011. La tombe est classée monument historique depuis 1995.
La tradition des baisers au rouge à lèvres sur la tombe d'Oscar Wilde date des années 1990. Le geste, reproduit par des millions de touristes, a endommagé la pierre calcaire du sphinx d'Epstein, conduisant à l'installation d'une vitre de protection en 2011.
Jacob Epstein, sculpteur américain installé à Londres, a sculpté le sphinx ailé du tombeau d'Oscar Wilde en 1912. Inspiré des taureaux ailés assyriens et du poème « The Sphinx » de Wilde, le monument en pierre de Hopton Wood est une figure hybride moderniste unique au Père-Lachaise.
Oscar Wilde est mort le 30 novembre 1900 dans une chambre de l'hôtel d'Alsace, rue des Beaux-Arts à Paris, à 46 ans. Ruiné et exilé après deux ans de travaux forcés en Angleterre, Wilde vivait à Paris depuis 1897 sous le pseudonyme de Sebastian Melmoth.