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Vingt-six mille cases pour l'éternitéPatrimoine

Vingt-six mille cases pour l'éternité

Construit par phases entre 1893 et 1920 par l'architecte Formigé, le columbarium du Père-Lachaise déploie quatre ailes et quatre niveaux autour du crématorium : 26 606 cases numérotées, dont celles de Maria Callas, Max Ophüls et Isadora Duncan.

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Sous les ailes du crématorium néo-byzantin de Formigé, des corridors de pierre s'enfoncent en sous-sol sur deux niveaux. Sur les murs, des plaques alignées portent un numéro, un nom, deux dates. Il y en a vingt-six mille six cent six, réparties en quatre ailes et quatre niveaux autour d'une chapelle que la plupart des visiteurs du Père-Lachaise ne soupçonnent pas. Le columbarium, premier de France par sa taille et par son ancienneté, est un édifice à part entière — un monument historique inscrit depuis le 17 janvier 1995, un labyrinthe de mémoire où la cantatrice Maria Callas côtoie le cinéaste Max Ophüls, la danseuse Isadora Duncan et l'humoriste Pierre Dac.

Lorsque le crématorium entre en fonction le 30 janvier 1889, la question du devenir des cendres se pose immédiatement. Un columbarium provisoire est aménagé dans le sous-sol du bâtiment, mais les places manquent vite : quarante-neuf crémations la première année. Le 27 juin 1890, le Conseil municipal autorise la construction d'un premier ensemble de trois cent quatre cases le long du mur d'enceinte de la rue des Rondeaux. Mais l'architecte Jean Camille Formigé, déjà auteur du crématorium, pense plus grand. Il conçoit un « portique double partagé par un mur longitudinal contenant les urnes funéraires » — quatre ailes déployées autour de la chapelle, capables d'accueillir plus de dix mille cases. La première tranche, six cents cases, est livrée en 1893. Huit cent cinquante autres suivent en 1895. Les travaux se poursuivent par phases jusqu'aux années 1920 pour atteindre la capacité actuelle.

Le columbarium définitif se distribue sur quatre niveaux. En surface, quatre ailes extérieures abritent sept mille trente cases. Sous l'aile C, une crypte en ajoute mille quatre cent dix. Deux étages en sous-sol — le premier avec huit mille sept cent soixante cases, le second avec neuf mille quatre cent six — forment l'essentiel de la capacité. L'ensemble occupe toute la division 87, soit environ quatre mille neuf cents mètres carrés. Les cases sont numérotées de 1 à 25 765, puis, après un saut de quatorze mille numéros, de 40 000 à 40 837. Les corridors souterrains, éclairés par la lumière artificielle, longent des murs de plaques gravées, de photographies et de fleurs artificielles. Ici et là, un objet personnel — une partition, une maquette, un chapelet — rappelle ce que les chiffres ne disent pas.

La case 16 258 porte le nom de Maria Callas. Mais la « Bible de l'opéra » n'y repose plus : ses cendres ont été dispersées en mer Égée en 1979.

La case 16 258 porte le nom de Maria Callas. Mais la « Bible de l'opéra », morte à Paris le 16 septembre 1977, n'y repose plus : ses cendres ont été dispersées en mer Égée en 1979. La niche n'est désormais qu'un cénotaphe, un monument sans corps, qui attire pourtant les visiteurs et les bouquets. Non loin, le cinéaste Max Ophüls, le compositeur Paul Dukas — auteur de L'Apprenti sorcier —, la cantatrice Régine Crespin et l'humoriste Pierre Dac, résistant de la France libre et voix de Radio Londres, partagent les mêmes murs de pierre. Isadora Duncan, pionnière américaine de la danse moderne morte en 1927 à Nice, le violoniste de jazz Stéphane Grappelli et le peintre surréaliste Max Ernst y reposent également. Contrairement aux allées du cimetière, où les tombes des célébrités sont signalées par le plan officiel, les cases du columbarium ne sont pas fléchées : il faut chercher.

Le columbarium reste un espace funéraire actif. Les concessions sont accordées pour dix, trente ou cinquante ans et sont renouvelables — l'éternité, ici, se négocie par tranches. Les familles déposent l'urne dans une case close par une plaque administrative, à laquelle elles ajoutent souvent une plaque personnalisée, une photographie, quelques lignes gravées. Certaines cases dont la concession n'a pas été renouvelée sont reprises et réattribuées, un cycle discret qui explique les numéros manquants dans la séquence. La restauration du crématorium en 2022-2023 a aussi bénéficié au columbarium, dont les façades et les circulations ont été remises en état. L'ensemble, accessible aux mêmes horaires que le cimetière par la porte Gambetta, reste le plus grand columbarium de France — et le premier en date.

Pour aller plus loin

Combien de cases compte le columbarium du Père-Lachaise ?

26 606 cases, réparties en quatre ailes et quatre niveaux autour du crématorium en division 87. Quatre ailes extérieures abritent 7 030 cases, une crypte 1 410, et deux étages en sous-sol complètent l'ensemble avec plus de 18 000 cases.

Lire l'histoire du crématorium

Quelles célébrités reposent au columbarium du Père-Lachaise ?

Parmi les personnalités : le cinéaste Max Ophüls, l'humoriste Pierre Dac, la danseuse Isadora Duncan, le violoniste Stéphane Grappelli, le compositeur Paul Dukas et le peintre Max Ernst. La case de Maria Callas est un cénotaphe depuis 1979.

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Le columbarium du Père-Lachaise se visite-t-il ?

Oui, aux mêmes horaires que le cimetière. Les corridors en sous-sol et les ailes extérieures se parcourent librement. Le columbarium se situe en division 87, dans la partie est du cimetière, près de la porte Gambetta.

Voir la tombe de Frédéric Chopin

Comment obtenir une concession au columbarium du Père-Lachaise ?

Les concessions au columbarium du Père-Lachaise sont accordées pour 10, 30 ou 50 ans et sont renouvelables. Les demandes sont gérées par la conservation du cimetière, qui administre le columbarium indépendamment du crématorium.

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