FiguresQui était le Père Lachaise ?
Le confesseur de Louis XIV qui donna son nom à la colline.
FiguresLe confesseur de Louis XIV qui donna son nom à la colline.
S'il est un nom qui résonne dans l'éternité parisienne, c'est bien celui du Père-Lachaise, cette vaste nécropole où quarante-quatre hectares de silence abritent les sépultures des plus grands génies. Pourtant, par une ironie que seule l'Histoire sait orchestrer, l'homme qui prête son patronyme à ce sanctuaire mondial n'y a jamais trouvé son dernier repos. Pour découvrir la dépouille de François d'Aix de La Chaise, jésuite de haute lignée et confesseur du Roi-Soleil durant plus de trois décennies, il faut s'enfoncer dans le Marais, sous les voûtes de l'église Saint-Paul-Saint-Louis. Comment ce religieux, dont Voltaire louait la douceur et que le caustique Saint-Simon reléguait au rang des esprits médiocres, est-il devenu l'enseigne éternelle d'une cité des morts ?
Tout commence sur une colline baignée de lumière, là où, au XVIIe siècle, les Jésuites possédaient un domaine bucolique, couvert de vignes et de vergers, loin du tumulte étourdissant de la cour. Louis XIV, séduit par la sérénité de ces hauteurs de l'Est parisien, y fit ériger une résidence baptisée « Mont-Louis », dont il offrit la jouissance à son confesseur préféré. Tandis que le père La Chaise y cultivait ses jardins et recevait ses hôtes avec cette affabilité qui ne fâchait personne, les Parisiens prirent l'habitude de désigner ce havre par le nom de son occupant le plus illustre. On allait « chez le Père La Chaise » comme on se rendrait chez un ami, et le nom finit par s'attacher à la terre avec la ténacité du lierre aux vieilles pierres.
On allait « chez le Père La Chaise » comme on se rendrait chez un ami, et le nom finit par s'attacher à la terre.
Mais qui était-il, cet homme dont Paris a fait une adresse ? Né le 25 août 1624 au château d'Aix, en Forez, entré chez les Jésuites à seize ans, François d'Aix de La Chaise gravit patiemment les degrés de son ordre — professeur, puis recteur du collège de la Trinité à Lyon — avant que la mort du père Ferrier, en 1675, ne le porte au poste le plus délicat du royaume : confesseur de Louis XIV. Il le restera trente-quatre ans, jusqu'à son dernier souffle, le 20 janvier 1709. Fidèle à la règle de son ordre, il ne loge pas à Versailles : chaque semaine, son carrosse quitte la maison professe des Jésuites, près de l'église Saint-Paul, pour aller entendre les péchés du plus puissant monarque d'Europe.
L'Histoire lui prête d'ailleurs un rôle bien plus grand que celui d'oreille royale. C'est lui qui aurait béni, dans le plus grand secret, le mariage du Roi-Soleil et de Madame de Maintenon en 1683 ; lui encore qui, dans la tourmente janséniste comme au moment de la révocation de l'édit de Nantes, pesa de son influence modératrice sur les colères du souverain. Un homme de conciliation, en somme — ce que Saint-Simon, qui ne pardonnait rien, appelait de la médiocrité, et que Voltaire appelait de la douceur.
Bien après le trépas du jésuite en 1709 et l'expulsion de son ordre, le domaine fut racheté en 1803 par le préfet Nicolas Frochot, qui chargea l'architecte Brongniart de transformer ce parc romantique en un « Cimetière de l'Est ». Mais si l'administration se voulait rigoureuse, le peuple, lui, resta fidèle à ses souvenirs. En dépit des décrets officiels, les habitants continuèrent de nommer ce lieu le Père-Lachaise, forçant l'autorité à capituler devant l'usage. C'est ainsi que ce « bon gentilhomme », homme de paix et de conciliation qui n'aspirait qu'à laisser vivre les autres, accéda à une gloire posthume inattendue. Sa mémoire, qui sans cela se serait éteinte dans l'ombre de Versailles, demeure aujourd'hui portée par le prestige de ses hôtes, faisant de lui le seul parrain au monde dont l'immortalité repose exclusivement sur le sommeil des autres.
Non, et c'est le paradoxe du lieu. Le jésuite François d'Aix de La Chaise, mort en 1709, repose à l'église Saint-Paul-Saint-Louis, dans le Marais. Le cimetière ne porte que le nom de la colline où se trouvait sa résidence.
L'histoire du Père-LachaiseSon nom officiel, en 1804, était « Cimetière de l'Est ». Personne ne l'a jamais employé : les Parisiens disaient qu'ils allaient « chez le père La Chaise », et l'usage populaire a définitivement emporté l'appellation administrative.
Voir toutes les tombesLe préfet Nicolas Frochot, qui rachète le domaine de Mont-Louis en 1803 et confie son aménagement à l'architecte Brongniart. Le cimetière ouvre ses grilles le 21 mai 1804, et la première inhumation a lieu le 1er juin.
La première inhumationUne demeure bâtie sur la colline de Charonne, dont Louis XIV offrit la jouissance à son confesseur, le père La Chaise. Les Jésuites y cultivaient vignes et vergers : c'est ce terrain que la Ville rachète en 1803 pour en faire le cimetière.
La première chapelle