Depuis 1896, une légende promet la fortune des Demidoff à quiconque veillera un an le cercueil de verre d'une princesse russe au Père-Lachaise. Le mausolée existe, en division 19. La princesse aussi. Mais le cercueil de verre, le testament et la fortune sont une invention de la presse.
Le mausolée Demidoff, en division 19 du Père-Lachaise, est l'un des monuments les plus imposants du cimetière. Dix colonnes doriques en marbre de Carrare, un sarcophage à l'antique, un soubassement massif orné de marteaux de batteur d'or, de zibelines et de têtes de loup — emblèmes de la fortune familiale, bâtie sur les mines et le commerce des fourrures d'Asie centrale. Le monument trône au sommet de la « falaise de Charonne », chemin du Dragon, visible de loin. Et depuis plus d'un siècle, ce mausolée est associé à l'une des légendes les plus tenaces du Père-Lachaise : celle du cercueil de verre et du testament fantastique de la comtesse Demidoff.
La femme qui repose dans le mausolée est la baronne Élisabeth Alexandrovna Strogonoff, née le 5 février 1779. À seize ans, elle épouse Nicolas Demidoff, diplomate et industriel russe. Le couple a quatre enfants. Après des années de séparation, Élisabeth revient vivre à Paris, où elle meurt le 8 avril 1818, à trente-neuf ans. Elle est inhumée au Père-Lachaise dans un premier monument, en division 39. En 1851, Anatoly Demidoff, le fils cadet, prince de San Donato, époux de la princesse Mathilde — cousine de Napoléon III —, fait démonter le mausolée pierre à pierre et le fait remonter en division 19, sur un soubassement renforcé dessiné par l'architecte Jean Charles Danjoy. Plus de trente personnes — famille, domestiques, proches — seront inhumées dans ce tombeau au fil des décennies. Rien de mystérieux dans cette histoire : une aristocrate russe morte jeune, un fils fortuné qui honore la mémoire de sa mère.
Le conservateur du Père-Lachaise a reçu des milliers de lettres de candidature. La dernière daterait de 1984. Plus de trente personnes reposent dans le mausolée : difficile de cohabiter, même pour une année, avec une comtesse mystérieuse.
La légende naît en 1896 — soit soixante-dix-huit ans après la mort d'Élisabeth. Le 2 novembre 1896, le journaliste Adolphe Brisson publie dans Le Temps une interview du conservateur du Père-Lachaise, qui raconte l'histoire avec amusement. La fable, dit le conservateur, est née « voilà quelques années, à la troisième page d'un journal boulevardier ». L'article décrivait une grande dame moscovite, immensément riche, reposant dans un cercueil en cristal de roche, sous un dôme polychrome. La princesse, disait l'article, avait déposé un testament chez un notaire de Paris : elle léguait la totalité de sa fortune — environ deux millions de roubles — à quiconque consentirait à s'enfermer pendant trois cent soixante-cinq jours et trois cent soixante-six nuits dans le caveau, sans quitter le corps une seule seconde. La princesse ne s'opposait pas à ce qu'on fît plantureuse chère à côté d'elle, ni qu'on lût des livres amusants. La fable, reproduite dans la presse française, européenne et américaine, a déclenché un afflux de candidatures.
Le conservateur du Père-Lachaise, selon le témoignage publié dans Le Temps, a reçu des milliers de lettres de candidats au veilleur. Des lettres venues de France, d'Europe, d'Amérique — toutes demandant des renseignements sur la « féerique princesse » et les conditions à remplir pour devenir héritier de la fortune. Le conservateur répondait à chacune qu'il n'existait ni testament, ni cercueil de verre, ni fortune à léguer. Mais la légende, comme toutes les légendes, résistait aux démentis. La dernière lettre de candidature daterait de 1984 — près d'un siècle après la publication de la fable. Des journalistes américains des années 1880-1890, visitant le Père-Lachaise, avaient trouvé que le cimetière dégageait des « effluves mystérieuses, se prêtant à toutes les légendes ». Le mausolée Demidoff, avec ses colonnes de marbre et sa situation dramatique au sommet de la falaise, fournissait le décor idéal.
Le mausolée Demidoff, en division 19, est toujours là. Les dix colonnes doriques de marbre de Carrare encadrent toujours le sarcophage antique. Les zibelines et les têtes de loup sculptées dans le soubassement par Danjoy n'ont pas bougé. Des roses sont parfois déposées au pied du monument. La légende du cercueil de verre figure dans la plupart des guides touristiques du Père-Lachaise, racontée parfois comme un fait, parfois comme une curiosité. Aucun cercueil de verre ne se trouve dans le mausolée. Aucun testament n'a jamais été déposé chez un notaire parisien. Plus de trente personnes reposent dans le tombeau — ce qui rendrait le séjour d'un an assez encombré. La légende de la comtesse Demidoff est l'une des plus belles inventions du folklore pèrelachaisien : un canular de presse du XIXe siècle que le XXIe siècle continue de colporter.
L'histoire du cercueil de verre au Père-Lachaise est-elle vraie ?
Non. La légende du cercueil de verre de la comtesse Demidoff est un canular de presse du XIXe siècle, né dans un journal parisien avant 1896. Le mausolée Demidoff en division 19 existe bien, mais le cercueil en cristal de roche et le testament de deux millions de roubles sont fictifs.
Qui est enterré dans le mausolée Demidoff au Père-Lachaise ?
Le mausolée Demidoff en division 19 abrite les restes d'Élisabeth Alexandrovna Strogonoff (1779-1818), de Nicolas Demidoff (1773-1851), d'Anatoly Demidoff prince de San Donato (1813-1870), et de plus de trente autres membres de la famille et proches.
Le Père-Lachaise inspire de nombreuses légendes : le cercueil de verre de la comtesse Demidoff (division 19), le rituel de fertilité du gisant de Victor Noir (division 92), les rituels occultes nocturnes, et les supposés accès directs aux enfers. La plupart sont des inventions du XIXe siècle.
Où se trouve le mausolée Demidoff au Père-Lachaise ?
Le mausolée Demidoff se trouve en division 19 du Père-Lachaise, chemin du Dragon, au sommet de la « falaise de Charonne ». Le monument en marbre de Carrare à dix colonnes doriques est visible de loin et figure parmi les monuments incontournables du cimetière.