En 1809, la mère d'Antoine de Guillaume-Lagrange, sous-officier au 16e régiment de dragons tué en Pologne le 4 février 1807, fait ériger en division 29 la première sculpture du Père-Lachaise. Le cénotaphe, œuvre de Godde, classé monument historique en 1983, a donné son nom au chemin du Dragon.
En division 29 du Père-Lachaise, sur un bosquet que les plans du cimetière appellent le « bosquet du Dragon », une stèle en pierre porte une inscription latine : « Sta viator, heroem vides » — arrête-toi, voyageur, tu vois un héros. Le monument est un cénotaphe : le corps du héros n'est pas là. Antoine de Guillaume-Lagrange, né à Orléans en 1782, sous-officier au 16e régiment de dragons, est mort le 4 février 1807 dans les plaines de Pologne, pendant la campagne de Prusse. Le monument, érigé en 1809 par sa mère, est la première sculpture du Père-Lachaise — le premier hommage en pierre dans un cimetière qui n'avait encore que des fosses communes et des tombes modestes. L'architecte est Étienne-Hippolyte Godde, celui-là même qui construira la porte principale et la chapelle du cimetière.
Guillaume-Lagrange appartient à une vieille famille noble du Limousin. Entré dans la cavalerie, le jeune sous-officier fait les campagnes de l'Empire : Austerlitz en 1805, Iéna et Erfurt en 1806, Spandau. En février 1807, le 16e régiment de dragons opère en Pologne, dans le froid et la boue des plaines orientales. Le 4 février, à l'entrée d'un village, le passage est dangereux. On demande un volontaire. Guillaume-Lagrange s'avance : « C'est moi. » Il s'élance. Une balle lui perce le cœur. Le sous-officier a vingt-cinq ans. Ses dernières paroles, rapporte l'épitaphe gravée au revers du cénotaphe, furent : « Ma mère ! Ma pauvre mère ! » L'inscription, rédigée par la mère elle-même, est l'un des textes les plus bouleversants de tout le Père-Lachaise — un dialogue entre une mère inconsolable et un fils mort dans les « affreux déserts de Pologne ».
« Qui veut passer le premier ? — C'est moi ! » Il s'élance. Une balle lui perce le cœur. Ses dernières paroles furent : « Ma mère ! Ma pauvre mère ! » Guillaume-Lagrange avait vingt-cinq ans.
Le 16 décembre 1808, la mère de Guillaume-Lagrange obtient l'autorisation de construire un cénotaphe sur une concession perpétuelle. Le monument est érigé en 1809. Une face de la stèle est ornée d'un médaillon représentant le visage du jeune dragon en uniforme de parade, encadré d'un sabre et d'une carabine sculptés. À la base, une allégorie classique de la douleur : une femme voilée agenouillée près d'une urne funéraire, un enfant nu à ses côtés. Sous la Restauration, le cénotaphe devient un lieu de rassemblement pour les bonapartistes, qui n'ont plus le droit de célébrer l'Empire en public. Le monument du Dragon attire les fidèles de Napoléon comme un aimant — au point que les autorités royales modifient la voirie du cimetière et font construire autour pour disperser les attroupements. Mais les maréchaux d'Empire, en se faisant inhumer à proximité, formeront le « carré des Maréchaux » autour du Dragon.
La tombe du Dragon est classée aux monuments historiques par arrêté du 14 novembre 1983. Le monument a donné son nom au bosquet du Dragon et au chemin du Dragon — le chemin le long duquel se dresse aussi la tombe de Hahnemann, fondateur de l'homéopathie. Restaurée il y a quelques années, la stèle est à nouveau très dégradée : la pierre s'effrite, le médaillon s'estompe, l'inscription de la mère devient difficile à lire. Le monument est entretenu par la Mairie de Paris. Le visiteur qui s'arrête devant la tombe du Dragon découvre le tout premier monument sculpté du Père-Lachaise, élevé par une mère pour un fils de vingt-cinq ans mort dans la cavalerie de Napoléon — et devenu, sans l'avoir voulu, le point de ralliement de tous ceux qui refusaient d'oublier l'Empire.
Qu'est-ce que la tombe du Dragon au Père-Lachaise ?
La tombe du Dragon est le cénotaphe d'Antoine de Guillaume-Lagrange (1782-1807), sous-officier au 16e régiment de dragons tué en Pologne. Érigé en 1809 en division 29, le monument est la première sculpture du Père-Lachaise et est classé monument historique depuis 1983.
Quel est le plus ancien monument sculpté du Père-Lachaise ?
Le cénotaphe du Dragon, érigé en 1809 en division 29, est la première sculpture du Père-Lachaise. Le monument, œuvre de l'architecte Godde, a été commandé par la mère du dragon Guillaume-Lagrange, tué en Pologne le 4 février 1807 à 25 ans.
Pourquoi le chemin du Dragon s'appelle-t-il ainsi au Père-Lachaise ?
Le chemin du Dragon tire son nom du cénotaphe du dragon Guillaume-Lagrange, érigé en 1809 en division 29. Le bosquet du Dragon, attesté dès 1836 dans les guides du cimetière, est le premier lieu de mémoire militaire du Père-Lachaise.
Le Père-Lachaise compte 14 monuments classés et environ 30 000 inscrits aux monuments historiques. La tombe du Dragon (1809), classée en 1983, est l'un des plus anciens. Le cimetière est considéré comme le plus grand musée de sculpture à ciel ouvert de France.