En 1863, le baron Haussmann veut fermer le Père-Lachaise, Montmartre et Montparnasse pour transférer tous les morts de Paris dans une nécropole de mille hectares à Méry-sur-Oise, desservie par un train funéraire. Le projet sera rejeté deux fois par le conseil municipal.
Le baron Haussmann repose au Père-Lachaise. C'est une ironie que l'histoire n'a pas eu le temps d'organiser : l'homme qui a voulu raser le cimetière y a fini enterré. Georges Eugène Haussmann, préfet de la Seine de 1853 à 1870, a percé les boulevards, éventré les îlots médiévaux, créé les grands parcs et les égouts. Il a aussi conçu un projet qu'il n'a jamais pu mener à bien : fermer les trois grands cimetières parisiens — Père-Lachaise, Montmartre et Montparnasse —, déplacer les corps déjà inhumés, et transférer tous les futurs morts de la capitale dans une nécropole géante de mille hectares à Méry-sur-Oise, dans le Val-d'Oise, à vingt-deux kilomètres au nord de Paris. Le moyen de transport prévu : un chemin de fer funéraire, avec wagons spéciaux, gares dédiées et départs toutes les heures.
Le projet d'Haussmann naît d'une contradiction juridique. En 1804, le décret impérial sur les sépultures a imposé les cimetières hors de l'enceinte des villes. Le Père-Lachaise a été créé cette même année au village de Charonne, Montmartre et Montparnasse aux limites de la capitale. Mais en 1860, le passage de douze à vingt arrondissements intègre ces communes dans Paris : les cimetières « hors la ville » se retrouvent dans la ville. Le Père-Lachaise, saturé depuis le dernier agrandissement de 1850, compte déjà soixante-quinze mille tombes. L'entrepreneur des pompes funèbres Léon Vafflard alerte dès 1867 : « La terre de ces divers cimetières, saturée de matières organiques, ne suffit plus à la consumation des corps. » Les places se font rares. Le problème est à la fois sanitaire, juridique et immobilier — car les terrains libérés par la fermeture des cimetières offriraient une belle perspective aux spéculateurs.
Quatre gares funéraires, des wagons adaptés aux classes de pompes funèbres, un départ toutes les heures. Le public les appelle les « trains de la mort ».
En 1863, Haussmann conçoit une solution radicale : créer une nécropole à vocation régionale sur le modèle du cimetière de Brookwood, ouvert en 1849 à quarante kilomètres de Londres. Le site choisi est Méry-sur-Oise, un bourg de mille cinq cents habitants. L'administration a déjà acquis huit cent vingt-trois hectares — une surface comparable à celle du bois de Boulogne. Le projet, soumis à enquête publique en 1867, prévoit un Panthéon pour les hommes illustres, une église catholique et des espaces confessionnels séparés. L'architecte Alfred Feydeau, inspecteur général du service des cimetières, dessine les plans d'une gare d'arrivée monumentale et d'un fourgon funéraire spécial. Quatre gares funéraires doivent être construites indépendamment des gares ordinaires : une près de chacun des trois cimetières parisiens, toutes reliées à la gare de Montmartre, seul point de départ vers Méry. Les wagons sont adaptés aux trois classes de pompes funèbres. Le trajet est prévu en vingt minutes.
L'opposition est immédiate et vient de tous les camps. Les maires de la vallée de l'Oise refusent de recevoir les cadavres de Paris : pourquoi la Seine-et-Oise récupérerait-elle les morts de la capitale ? Seuls les représentants de Méry, Frépillon et Bessancourt, parties prenantes du projet, soutiennent Haussmann. La princesse Mathilde Bonaparte, cousine de Napoléon III, propriétaire d'un château à Saint-Gratien sur le tracé prévu du chemin de fer, fait intervenir le ministre des Travaux publics pour modifier le tracé. Les républicains dénoncent « l'exil des morts après celui des ouvriers déplacés à la périphérie ». Le public, plus cruel, baptise les wagons funéraires les « trains de la mort ». La guerre de 1870, le siège de Paris et la Commune interrompent le projet. L'architecte Feydeau remet son rapport détaillé en 1872, mais l'Empire est tombé et l'opinion a changé.
Le projet traîne encore dix ans. Belgrand, Alphand, Hérold et Say tentent de le relancer en rendant le transfert facultatif — plus question de déplacer les corps déjà enterrés. Rien n'y fait : le conseil municipal de Paris rejette le projet une première fois en 1879, une seconde en 1881. La solution retenue est plus modeste : Paris crée des cimetières périphériques sur des terrains extérieurs à la commune. Bagneux et Pantin ouvrent en 1886, Thiais en 1929. Le Père-Lachaise, Montmartre et Montparnasse sont sauvés. De la nécropole de Méry-sur-Oise, il ne reste que les dessins de Feydeau — la gare d'arrivée, le Panthéon, le fourgon funéraire —, conservés aux archives. Quant à Haussmann, mort en 1891, il repose au Père-Lachaise, dans le cimetière qu'il avait voulu fermer.
Oui, en 1863, le baron Haussmann a projeté de fermer le Père-Lachaise, Montmartre et Montparnasse pour transférer tous les morts dans une nécropole de 1 000 hectares à Méry-sur-Oise, reliée à Paris par un chemin de fer funéraire. Le conseil municipal a rejeté le projet en 1879 et 1881.
Pourquoi les cimetières parisiens posaient-ils problème après 1860 ?
L'annexion de 1860, qui a fait passer Paris de 12 à 20 arrondissements, a intégré dans la ville les cimetières créés hors les murs en 1804. Le Père-Lachaise, saturé avec 75 000 tombes, se trouvait en contradiction avec le décret impérial interdisant les cimetières dans l'enceinte des villes.
Qu'est-ce que le projet de nécropole de Méry-sur-Oise ?
Un cimetière de 823 hectares prévu par Haussmann en 1863 pour remplacer les trois grands cimetières parisiens. Inspiré du cimetière de Brookwood près de Londres, le projet prévoyait un Panthéon, une église catholique et une gare funéraire monumentale dessinée par l'architecte Alfred Feydeau.
Au Père-Lachaise, le cimetière qu'il avait voulu fermer. Georges Eugène Haussmann, préfet de la Seine de 1853 à 1870, est mort en 1891. Le projet de transfert des morts à Méry-sur-Oise ayant été rejeté, les trois grands cimetières parisiens ont été maintenus.