Frédéric Chopin est enterré en division 11 du Père-Lachaise depuis 1849. Mais le cœur du compositeur n'est pas dans la tombe : préservé dans du cognac par sa sœur Ludwika, il repose depuis 1879 dans un pilier de l'église Sainte-Croix de Varsovie.
Le visiteur qui s'arrête devant la tombe de Frédéric Chopin, en division 11 du Père-Lachaise, voit un monument élégant surmonté d'une muse en pleurs sculptée par Auguste Clésinger, le gendre de George Sand. Des fleurs fraîches y sont déposées chaque semaine. Mais le monument est incomplet : il manque le cœur. Chopin meurt le 17 octobre 1849, à Paris, au 12 place Vendôme, à l'âge de trente-neuf ans. Le lendemain de sa mort, conformément à un vœu exprimé de longue date, le docteur Jean Cruveilhier pratique l'autopsie et retire le cœur du compositeur. Le cœur est placé dans un flacon de cristal rempli de cognac, scellé, et confié à la sœur aînée de Chopin, Ludwika Jędrzejewicz. Le corps, sans le cœur, est enterré au Père-Lachaise le 30 octobre 1849. Le cœur, lui, part pour la Pologne.
Ludwika Jędrzejewicz quitte Paris en novembre 1849 avec le flacon dissimulé sous ses vêtements. Le geste n'a rien d'excentrique pour l'époque : la pratique de la séparation du cœur — la « cardiectomie de dévotion » — est une tradition ancienne, héritée de la royauté médiévale, qui veut que le cœur du défunt repose dans sa terre natale quand le corps est enterré ailleurs. Chopin, exilé en France depuis 1831, n'avait jamais cessé de se considérer comme Polonais. Le cœur arrive à Varsovie et est d'abord conservé dans l'appartement de Ludwika. En 1879, trente ans après la mort du compositeur, le flacon est muré dans un pilier de l'église Sainte-Croix de Varsovie — l'église baroque du centre-ville où la famille Chopin avait ses habitudes. Une plaque de marbre signale l'emplacement du cœur, mais le flacon lui-même est invisible, scellé dans la pierre.
Le cœur de Chopin a été retiré de sa poitrine quelques heures après sa mort, plongé dans un flacon de cognac, emporté en contrebande à travers l'Europe par sa sœur, puis muré dans un pilier d'église — où il se trouve encore aujourd'hui.
Le cœur de Chopin n'est pas resté en paix dans son pilier. En septembre 1944, pendant l'insurrection de Varsovie, l'armée allemande incendie et détruit systématiquement les bâtiments du centre-ville. Avant la destruction de l'église Sainte-Croix, un officier allemand — le fait est attesté — fait retirer le flacon du pilier et le remet aux autorités ecclésiastiques polonaises. Le cœur est transporté hors de Varsovie, protégé pendant les derniers mois de la guerre, puis restitué à l'église reconstruite après 1945. Le flacon retrouve son pilier. L'épisode révèle le statut du cœur de Chopin dans la conscience polonaise : c'est une relique nationale, traitée avec les mêmes égards qu'un trésor d'État.
En 2014, dans le plus grand secret, les autorités polonaises procèdent à une inspection scientifique du flacon. Le cœur est examiné visuellement — mais pas ouvert — par une équipe de médecins et de pathologistes. Les conclusions, publiées dans l'American Journal of Medicine en 2017, confirment que le cœur présente des signes de péricardite fibrineuse, compatible avec la tuberculose qui a emporté Chopin. Le liquide ambré dans lequel le cœur baigne depuis cent soixante-cinq ans est toujours du cognac. Le flacon est rescellé, photographié pour la première fois, et replacé dans le pilier de l'église Sainte-Croix. Le cœur de Chopin est le seul organe d'un compositeur du XIXe siècle à avoir fait l'objet d'un examen médical moderne.
Au Père-Lachaise, la tombe de Chopin en division 11 ne porte aucune mention du cœur absent. La muse en pleurs de Clésinger, un médaillon de profil, des fleurs — rien n'indique que le monument est une sépulture sans cœur. Le visiteur qui dépose une rose sur la tombe de Chopin rend hommage à un corps amputé de son organe le plus symbolique. Le cœur est à Varsovie, dans un pilier d'église, dans un flacon de cognac scellé depuis 1849 — à mille cinq cents kilomètres de la division 11, de l'autre côté de l'Europe, dans le pays que Chopin avait quitté à vingt et un ans et où il n'est jamais revenu vivant.
Le corps de Frédéric Chopin repose en division 11 du Père-Lachaise depuis le 30 octobre 1849. Mais le cœur du compositeur a été retiré après la mort et transporté en Pologne. Le cœur est muré depuis 1879 dans un pilier de l'église Sainte-Croix de Varsovie.
Chopin avait exprimé le vœu que son cœur repose dans sa terre natale. La « cardiectomie de dévotion », tradition héritée de la royauté médiévale, permettait au cœur d'un défunt de reposer dans un autre lieu que le corps. La sœur de Chopin a emporté le flacon à Varsovie en 1849.
Le cœur de Chopin a-t-il été examiné par des scientifiques ?
Oui. En 2014, des médecins polonais ont inspecté visuellement le cœur de Chopin, conservé depuis 1849 dans un flacon de cognac. L'examen a révélé des signes de péricardite fibrineuse compatible avec la tuberculose. Les résultats ont été publiés en 2017.
Qui a sculpté la tombe de Chopin au Père-Lachaise ?
La muse en pleurs qui surmonte la tombe de Chopin en division 11 du Père-Lachaise a été sculptée par Auguste Clésinger, gendre de George Sand. Le monument a été financé par souscription publique après la mort du compositeur le 17 octobre 1849.