De 1941 à 1944, la Gestapo impose l'anonymat des résistants incinérés au columbarium du Père-Lachaise. L'occupant profane les sépultures et efface les inscriptions antifascistes tandis que le cimetière accueille les dépouilles de ceux qui ont combattu.
Au columbarium du Père-Lachaise, quelques cases cinéraires portent en leur coin un petit drapeau français et la mention « inconnu ». Ni nom, ni date, ni épitaphe. Ce sont les urnes de résistants incinérés entre 1941 et 1944 sur ordre de la Gestapo, qui imposait l'anonymat après crémation pour les « terroristes » morts sous la torture ou lors de leur transfert. Jean Moulin fut incinéré au Père-Lachaise. Ses cendres, déposées dans une case portant la seule inscription « Inconnu, incinéré le 09-07-43 », y resteront vingt et un ans, jusqu'à leur transfert au Panthéon le 19 décembre 1964. Pierre Brossolette, autre figure majeure de la Résistance intérieure, connut un sort identique. Ces cases anonymes, toujours visibles, sont l'un des témoignages les plus sobres de ce que l'Occupation fit subir au cimetière.
L'occupant ne se contente pas d'effacer les morts. Dès 1941, la recherche de matières premières conduit les autorités allemandes à dépouiller les monuments de bronze et de fonte. Les chaînes ceinturant la sépulture de Victor Noir sont arrachées pour être fondues en canons. En division 97, la tombe de Gerda Taro, première femme photographe de guerre, tuée en 1937 sur le front de Brunete en Espagne, porte un autre stigmate : l'inscription mentionnant son engagement dans la guerre civile espagnole est effacée sur ordre de l'occupant. Le monument, conçu par Alberto Giacometti, se voit amputé de ce qui faisait sa portée politique. À l'inverse, la tombe d'Édouard Drumont, pamphlétaire antisémite, reçoit en 1943 une inscription célébrant son œuvre « immortelle », La France juive. Il faudra attendre l'an 2000 pour qu'un arrêté municipal du Conseil de Paris ordonne la suppression de cet ajout. En quatre ans d'Occupation, le cimetière a subi une réécriture : on efface ce qui résiste, on honore ce qui collabore.
Jean Moulin fut incinéré au Père-Lachaise. Ses cendres, déposées dans une case portant la seule inscription « Inconnu, incinéré le 09-07-43 », y resteront vingt et un ans.
Des récits de caches d'armes dissimulées dans les caveaux, de points de repli pour la Milice ou de refuges pour des collaborateurs traqués ont longtemps circulé. L'Association des amis et passionnés du Père-Lachaise les range au registre des légendes dont l'histoire officielle a fait table rase. Ce qui est documenté est plus sobre et plus accablant. Pierre Sémard, secrétaire général de la Fédération des cheminots CGT, livré par Vichy aux nazis, est fusillé le 7 mars 1942 ; il repose en division 97. Le colonel Fabien — Pierre Georges de son vrai nom, l'homme qui abattit un aspirant de la Kriegsmarine le 21 août 1941 à la station Barbès-Rochechouart — est inhumé dans la même division après sa mort au combat en Alsace, le 27 décembre 1944. Le 8 octobre 1944, quelques semaines après la Libération, une cérémonie est organisée au cimetière en hommage aux intellectuels morts pour la France, en présence d'Aragon, d'Éluard et de Picasso. Le cimetière, qui avait servi de théâtre à l'effacement, commence à devenir celui de la reconnaissance.
De cette période, le Père-Lachaise conserve des traces discrètes mais tenaces. Les cases cinéraires anonymes sont toujours visibles au columbarium. En division 97, face au Mur des Fédérés, les tombes de Sémard et du colonel Fabien voisinent avec le cénotaphe érigé en 1989 en hommage aux combattants FTP-MOI du groupe Manouchian — un monument en mosaïque conçu par l'architecte Jean-Michel Daquin et le mosaïste Verdiano Marzi, dont le commandant a été panthéonisé le 21 février 2024. Plus loin, le long de l'avenue Circulaire, une quinzaine de monuments érigés entre 1946 et 2017 commémorent les camps de concentration et d'extermination — Auschwitz, Ravensbrück, Mauthausen, Buchenwald — formant un ensemble commémoratif unique en France. L'Occupation n'a laissé ici ni plaques explicatives ni parcours fléché. Mais le visiteur qui longe l'avenue Circulaire passe, sans toujours le savoir, devant la mémoire d'une période où le cimetière fut à la fois instrument d'effacement et lieu de résistance.
Quels résistants de la Seconde Guerre mondiale sont enterrés au Père-Lachaise ?
Pierre Sémard, secrétaire de la CGT cheminots fusillé le 7 mars 1942, et le colonel Fabien, tué au combat le 27 décembre 1944, reposent en division 97 du Père-Lachaise. Un cénotaphe en hommage aux combattants FTP-MOI du groupe Manouchian y a été inauguré en 1989.
Que sont les cases cinéraires anonymes du columbarium du Père-Lachaise ?
Ce sont les urnes de résistants incinérés entre 1941 et 1944 sur ordre de la Gestapo, qui imposait l'anonymat pour les « terroristes » morts sous la torture. Elles portent un petit drapeau français et la mention « inconnu ». Les cendres de Jean Moulin y ont reposé de 1943 à 1964.
Des tombes ont-elles été profanées au Père-Lachaise pendant l'Occupation ?
Dès 1941, les nazis ont arraché les éléments en bronze et en fonte pour fondre des canons — les chaînes de la tombe de Victor Noir notamment. L'inscription de la tombe de Gerda Taro en division 97 a été effacée. En 1943, la tombe du pamphlétaire antisémite Édouard Drumont a reçu un ajout célébrant son œuvre.
Peut-on voir des monuments de la Seconde Guerre mondiale au Père-Lachaise ?
Oui. Une quinzaine de monuments commémorant les camps nazis — Auschwitz, Ravensbrück, Mauthausen, Buchenwald — ont été érigés entre 1946 et 2017 le long de l'avenue Circulaire du Père-Lachaise, entre les divisions 76 et 97, formant un ensemble commémoratif unique en France.