De Jules et Jim de Truffaut (1963) aux Animaux fantastiques 2 (2018), en passant par On connaît la chanson de Resnais et le documentaire Forever de Honigmann, le Père-Lachaise est l'un des décors de cinéma les plus singuliers de Paris — un plateau naturel de quarante-quatre hectares où les morts font de la figuration.
Le Père-Lachaise n'a jamais eu besoin d'un directeur artistique. Ses allées en pente, ses chapelles envahies par le lierre, sa lumière de fin de journée qui rase les sculptures — tout est déjà en place, depuis 1804. Les cinéastes le savent. De François Truffaut à Philippe Garrel, d'Alain Resnais à la franchise Harry Potter, le cimetière a servi de décor à des dizaines de films, documentaires et séries télévisées. Il faut une autorisation de la Mairie de Paris pour tourner, et il faut respecter les horaires d'ouverture, les cérémonies en cours et le silence des familles. Mais aucun studio au monde ne peut offrir ce que le Père-Lachaise donne gratuitement : quarante-quatre hectares de décors authentiques, soixante-dix mille sépultures classées par époque, et une profondeur de champ que la fiction ne peut qu'emprunter à l'histoire.
La scène la plus célèbre reste la fin de Jules et Jim, de François Truffaut, en 1963 : Catherine conduit sa voiture dans la Seine avec Jim à bord, et c'est au columbarium du Père-Lachaise que leurs cendres sont déposées. Truffaut filme les cases du columbarium avec une sécheresse documentaire qui tranche avec le lyrisme du reste du film — la mort n'est pas romantique, elle est administrative. En 1997, Alain Resnais tourne On connaît la chanson devant la tombe de Victor Noir, en division 92 : Agnès Jaoui y mène un groupe de touristes avec l'assurance d'une guide professionnelle. En 2007, Julie Delpy, qui a grandi dans le vingtième arrondissement, y situe une scène de 2 Days in Paris : son compagnon américain se rend au Père-Lachaise non pas pour Jim Morrison, mais parce qu'il est « fan de Val Kilmer » — l'acteur qui incarne Morrison dans un biopic. En 2008, Philippe Garrel tourne La frontière de l'aube dans les rues qui bordent le cimetière côté Gambetta.
Au Père-Lachaise, les cinéastes ne construisent pas de décor. Ils le trouvent tel quel : des perspectives dessinées en 1804, une lumière qui rase la pierre le soir, et soixante-dix mille figurants silencieux.
Le registre le plus inattendu vient de la franchise Harry Potter. Dans Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald, en 2018, le Père-Lachaise accueille le mausolée de la famille Lestrange, situé au carrefour du Grand Rond. Le cimetière devient le théâtre d'un rassemblement de sorciers venus écouter le mage noir Grindelwald. Les scènes extérieures ont été tournées au cimetière victorien de Highgate, à Londres — le « faux Père-Lachaise » de l'Empire britannique —, mais le décor intérieur a été construit en studio d'après les relevés du Grand Rond. La série Dix pour cent y passe aussi, dans l'épisode 2 de la saison 1. Et en 2006, la documentariste néerlandaise Heddy Honigmann consacre au cimetière Forever, un film entier sur les visiteurs qui viennent se recueillir devant Chopin, Proust, Apollinaire ou Oscar Wilde — un portrait du deuil, de l'admiration et du temps qui passe.
Ce qui attire les cinéastes au Père-Lachaise, ce n'est pas la mort — c'est la mise en scène de la mémoire. Chaque tombe est un décor déjà construit, chaque allée une perspective déjà cadrée. Le cimetière offre ce qu'aucun studio ne peut reproduire : le passage réel du temps sur la pierre. Les sculptures sont érodées, les inscriptions s'effacent, les arbres ont poussé entre les chapelles. Un décorateur de cinéma mettrait des mois à vieillir un mur de cette façon. Au Père-Lachaise, deux siècles s'en sont chargés. Et puis il y a le silence — un silence de quarante-quatre hectares au cœur de Paris, sans voitures, sans enseignes lumineuses, sans bruit de fond. Pour un ingénieur du son, c'est un luxe. Pour un réalisateur, c'est une invitation. Le Père-Lachaise n'est pas un cimetière qui joue un rôle de décor. C'est un décor qui joue son propre rôle.
Quels films ont été tournés au cimetière du Père-Lachaise ?
Le Père-Lachaise a servi de décor à Jules et Jim de Truffaut (1963), On connaît la chanson de Resnais (1997), 2 Days in Paris de Delpy (2007), La frontière de l'aube de Garrel (2008), Les Animaux fantastiques 2 (2018, mausolée Lestrange), et la série Dix pour cent (saison 1, épisode 2).
Le tournage au Père-Lachaise nécessite une autorisation de la Mairie de Paris. Les équipes doivent respecter les horaires d'ouverture du cimetière, ne pas perturber les cérémonies en cours et préserver le calme des familles en visite. Le cimetière offre quarante-quatre hectares de décors naturels.
Pourquoi le Père-Lachaise attire-t-il les cinéastes ?
Le Père-Lachaise offre ce qu'aucun studio ne peut reproduire : quarante-quatre hectares de décors authentiques au cœur de Paris, des perspectives dessinées en 1804, soixante-dix mille sépultures classées par époque, et un silence exceptionnel. Deux siècles de patine naturelle rendent toute reconstitution inutile.
Oui. Dans Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald (2018), le mausolée de la famille Lestrange est situé au carrefour du Grand Rond, au Père-Lachaise. Les scènes extérieures ont été tournées au cimetière de Highgate à Londres, mais le décor intérieur est inspiré du Grand Rond du Père-Lachaise.