Le 7 avril 1895, la marquise de Chanaleilles et sa fille visitent leur chapelle familiale en division 3 du Père-Lachaise. La dalle cède sous leurs pieds — chute de six mètres cinquante dans le caveau. La marquise, quatre-vingt-six ans, meurt d'hémorragie une heure plus tard.
Le dimanche sept avril mille huit cent quatre-vingt-quinze, la marquise douairière de Chanaleilles et sa fille pénètrent dans la chapelle funéraire de leur famille, allée principale de la troisième division du Père-Lachaise. Elles portent des couronnes d'immortelles. La marquise a quatre-vingt-six ans. La dalle de pierre qui forme le plancher de la chapelle repose sur des supports maçonnés, au-dessus du caveau. Lorsque les deux femmes franchissent le seuil, la dalle cède sous leurs pas. Elles disparaissent au fond du caveau, six mètres cinquante plus bas.
La chapelle Chanaleilles occupe une concession perpétuelle dans l'une des plus anciennes divisions du cimetière. Le premier marquis, Charles François Guillaume de Chanaleilles, ancien capitaine des vaisseaux du roi et pair de France, y repose depuis le vingt et un août mille huit cent quarante-cinq. Son fils Sosthène, deuxième marquis, page du roi Louis XVIII et officier de la Légion d'honneur, l'y a rejoint en mille huit cent quatre-vingt-treize. La marquise douairière, née Stéphanie de Berton des Balbes de Crillon, vient ce dimanche fleurir la tombe de son mari, mort deux ans plus tôt. Sa fille Marie Isabelle, veuve du marquis de Marcieu depuis mille huit cent quatre-vingt-huit, l'accompagne.
La dalle de pierre cède sous leurs pas. Les deux femmes disparaissent au fond du caveau, six mètres cinquante plus bas. La marquise meurt une heure après, dans les bras de sa fille.
Les gardiens du cimetière entendent les appels au secours. Ils accourent avec des cordes et descendent dans le caveau. En moins de dix minutes, les deux femmes sont remontées à la surface. Elles sont transportées dans une pharmacie du boulevard de Ménilmontant, où elles reprennent connaissance. La marquise de Chanaleilles souffre d'une hémorragie violente. Elle meurt environ une heure après la chute, dans les bras de sa fille. La marquise de Marcieu, tombée sur sa mère lors de la chute, présente une fracture de la jambe et une luxation du poignet. Elle est conduite à l'hôtel de Chanaleilles, rue de Chanaleilles, dans le septième arrondissement.
L'enquête attribue l'effondrement aux gelées de l'hiver précédent. Le gel et le dégel répétés ont disloqué le ciment qui maintenait la dalle de pierre sur ses supports. Le poids des deux visiteuses a suffi à faire céder une structure déjà fragilisée. L'accident illustre un problème récurrent dans les cimetières parisiens de la fin du dix-neuvième siècle : la dégradation silencieuse des chapelles sépulcrales, construites pour durer mais soumises aux intempéries, au gel et au ruissellement des eaux sans entretien régulier.
La sépulture Chanaleilles-Marcieu se trouve toujours dans la troisième division du Père-Lachaise. La famille de Chanaleilles, d'extraction chevaleresque, dont la filiation remontait au douzième siècle, s'est éteinte en mille neuf cent vingt-cinq à la mort de Marie Isabelle — la fille survivante de l'accident. Le nom a été relevé par adoption par la famille Colas de Brouville. Une rue du septième arrondissement de Paris, la rue de Chanaleilles, perpétue la mémoire du deuxième marquis. De l'accident, il ne reste aucune trace visible sur la chapelle. Seuls les comptes rendus du Figaro et de La Presse, conservés sur Gallica, rapportent encore le bruit sourd d'une dalle qui cède un dimanche d'avril.
Qu'est-ce qui a provoqué l'effondrement de la chapelle Chanaleilles en 1895 ?
Le gel et le dégel de l'hiver 1894-1895. Les cycles répétés ont disloqué le ciment qui fixait la dalle sur ses supports maçonnés, fragilisant la structure jusqu'à la rupture. Les chapelles funéraires du XIXe siècle, soumises aux intempéries sans entretien régulier, étaient vulnérables à ce type de dégradation.
Où se trouve la chapelle Chanaleilles au Père-Lachaise ?
Dans la 3e division, sur l'allée principale, près de l'entrée historique du cimetière. Cette division, l'une des plus anciennes, accueille des concessions depuis les premières années d'ouverture du site en 1804. La sépulture porte les noms des deux familles alliées, Chanaleilles et Marcieu.
Les chapelles funéraires du Père-Lachaise sont-elles menacées de dégradation ?
Oui. Les chapelles sépulcrales sont exposées aux intempéries, au gel, aux infiltrations d'eau et aux racines. Beaucoup, édifiées au XIXe siècle, manquent de fondations profondes. Faute d'entretien par les familles — souvent éteintes —, dalles, voûtes et ferronneries se détériorent. Certaines sont classées monuments historiques.
Quels autres drames ont marqué le Père-Lachaise à la fin du XIXe siècle ?
L'incendie du Bazar de la Charité, le 4 mai 1897, deux ans après l'accident Chanaleilles. Cette catastrophe, survenue rue Jean-Goujon, fait 126 morts. Plusieurs victimes sont inhumées au Père-Lachaise. Un monument aux victimes non identifiées se dresse en division 92.