
Clarinettiste blanc de Chicago, il se déclarait « nègre volontaire », organisa dès 1938 des séances d'enregistrement mixtes et fit travailler Sidney Bechet quand plus personne ne l'employait. Fournisseur de marijuana de Harlem, il obtint en prison d'être enregistré comme détenu noir.
L'histoire
Né à Chicago en 1899 dans une famille juive venue d'Europe de l'Est, Milton Mezzrow découvre le jazz là où personne ne va le chercher : en maison de correction, joué par des détenus noirs. Il en sort clarinettiste et transformé. Le reste de sa vie tiendra dans une décision prise à ce moment-là : ne jamais revenir du côté où il est né. Il s'installe dans les quartiers noirs de Chicago puis de Harlem, épouse une femme noire, adopte la langue et les codes des musiciens, et se déclare « nègre volontaire » — formule qu'il revendiquera sans ironie jusqu'à sa mort.
Musicien, il n'était pas le plus doué de sa génération et ne le prétendait pas ; les critiques lui ont assez reproché son jeu. Son importance est ailleurs. En novembre 1938, il monta à New York les séances que le critique français Hugues Panassié était venu enregistrer, et y fit revenir Sidney Bechet et le trompettiste Tommy Ladnier, que la mode du swing avait rendus démodés et que plus personne n'employait. Ces disques rouvrirent la carrière de Bechet et lancèrent le revival New Orleans. Ladnier mourut six mois plus tard.
Il était aussi le principal fournisseur de marijuana de Harlem, avec une réputation de qualité telle que le produit finit par porter son nom : on demandait « un mezz ». Arrêté en 1940 avec soixante cigarettes sur lui, il exigea au greffe d'être enregistré comme détenu noir. L'administration pénitentiaire, embarrassée, finit par céder et le transféra au quartier des Noirs de la prison de Rikers Island. Il y purgea sa peine du côté qu'il avait choisi, et raconta l'épisode sans se donner le beau rôle.
En 1946 parut Really the Blues, son autobiographie écrite avec Bernard Wolfe dans la langue argotique des musiciens — un livre dont le glossaire final reste un document sur le parler du jazz. Les beatniks le lurent avant que Kerouac ne publie le sien, et il est devenu un classique de la contre-culture américaine. Mezzrow finit sa vie à Paris, où les musiciens noirs américains trouvaient un accueil que leur pays leur refusait. Il y mourut en 1972 et repose au columbarium.
Sur place, ne manquez pas
La division 87 est celle du columbarium — notez qu'un autre clarinettiste, Marcel Zanini, y repose depuis 2023.
Les questions des visiteurs
Où se trouve la tombe de Mezz Mezzrow ?
En division 87 du Père-Lachaise, celle du columbarium — où reposent aussi Maria Callas, Georges Perec et Marcel Zanini, autre clarinettiste.
Le crématorium et le columbariumPourquoi se disait-il « nègre volontaire » ?
Parce qu'il avait choisi de vivre du côté noir de l'Amérique : né blanc à Chicago, il s'installa dans les quartiers noirs, épousa une femme noire, et revendiqua cette appartenance toute sa vie — jusqu'en prison, où il obtint d'être enregistré comme détenu noir.
Léon MiloQu'est-ce que Really the Blues ?
Son autobiographie, publiée en 1946 avec Bernard Wolfe, écrite dans la langue argotique des musiciens. Devenue un texte culte de la contre-culture américaine, elle était lue par les beatniks avant Kerouac.
Stéphane GrappelliQuel fut son rôle dans le jazz ?
Moins celui d'un virtuose que d'un passeur : il organisa des séances d'enregistrement mixtes quand Blancs et Noirs ne jouaient pas ensemble sur disque, et fit travailler Sidney Bechet quand plus personne ne l'employait.
Michel PetruccianiAudio guide du Père Lachaise : la meilleure visite guidée insolite !
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