
Marie Bequet de Vienne avait dix-sept ans quand la Semaine sanglante coucha des milliers de Parisiens, et elle en resta marquée. Il ne reste d'elle qu'un fragment de nom, sur une tombe de famille. Elle avait ouvert en 1876, âgée de vingt-deux ans, un refuge de trente-deux lits pour les mères célibataires, à qui la société ne laissait alors ni logement, ni emploi, ni secours.
L'histoire
Née à Paris le 4 février 1854, dans une grande famille bourguignonne républicaine, Marie Bequet de Vienne a dix-sept ans quand la Commune est écrasée : la Semaine sanglante fait plusieurs milliers de morts dans Paris, et elle en gardera l'horreur toute sa vie. Elle épouse Léon Bequet, libre penseur et conseiller d'État : un ménage de républicains laïques, dans une France qui hésite encore entre la République et la restauration monarchique.
En 1876, à vingt-deux ans, elle ouvre dans le 14ᵉ arrondissement un refuge de trente-deux lits destiné aux mères célibataires. Le geste est précis : une femme enceinte sans mari n'a alors ni logement, ni emploi, ni assistance, et les bureaux de bienfaisance municipaux subordonnent leur aide à la moralité des demandeuses, ce qui exclut par principe les filles-mères. L'abandon d'enfant est la seule issue pratique ; offrir un lit, c'est agir là où l'État ne fait rien.
Elle poursuit pendant quarante ans, créant de nombreuses œuvres sociales autour du même axe : la mère et l'enfant, l'allaitement, le refuge, le retour au travail. Elle est franc-maçonne — les loges féminines ou mixtes restent marginales dans une maçonnerie française presque entièrement masculine, et l'appartenance expose à la réprobation — et élue au Comité de défense des droits des femmes. Le féminisme qu'elle pratique n'est pas celui des tribunes mais celui des lits et des repas.
Elle meurt en 1913, à cinquante-neuf ans, et repose en division 51, dans la tombe de famille Chatelain-de Vienne. Son inscription y est réduite à un fragment : « Marie BE… », le reste étant effacé. La pierre réunit plusieurs générations de deux familles alliées, et le nom le moins lisible est celui de la seule dont on parle encore.
Son œuvre lui a survécu de plus d'un siècle. L'Œuvre de Marie Bequet de Vienne existe toujours et porte son nom — cas rare d'une fondation féminine du XIXᵉ siècle parvenue intacte jusqu'à nous, quand tant d'autres ont été absorbées ou dissoutes. L'institution poursuit aujourd'hui encore un travail d'accueil et d'accompagnement de la mère et de l'enfant, dans la continuité directe du refuge de 1876.
La sépulture
Une pierre dont l'inscription est aujourd'hui tronquée : on lit « Marie BE… », le nom s'interrompant dans la pierre usée. Rien n'y dit qu'elle fonda l'Œuvre de l'allaitement maternel et les premiers asiles pour femmes enceintes sans ressources, ni que ces maisons servirent de modèle aux maternités publiques. La philanthrope qui donna un toit à des milliers de mères repose sous un nom que la pierre ne finit plus d'écrire.
Sur place, ne manquez pas
L'inscription qui la concerne est réduite à un fragment — « Marie BE… » — sur une tombe de famille. L'œuvre qu'elle a fondée en 1876, elle, fonctionne encore.
Les questions des visiteurs
Où se trouve la tombe de Marie Bequet de Vienne ?
En division 51, avenue Feuillant, huitième ligne, dans la tombe de famille Chatelain-de Vienne. Son inscription y est réduite à un fragment : « Marie BE… », le reste étant effacé ou illisible. La division 51 se situe dans la partie haute du cimetière.
Léon RicherQu'a-t-elle fondé en 1876 ?
Un refuge de trente-deux lits pour les mères célibataires, dans le 14ᵉ arrondissement. À vingt-deux ans. Une femme enceinte sans mari n'avait alors ni logement, ni emploi, ni assistance : l'abandon d'enfant était la seule issue pratique.
Hubertine AuclertSon œuvre existe-t-elle encore ?
Oui : l'Œuvre de Marie Bequet de Vienne porte toujours son nom. C'est un cas rare — les fondations féminines du XIXᵉ siècle ont presque toutes été absorbées ou dissoutes au siècle suivant.
Christiane NitzelQuel féminisme pratiquait-elle ?
Celui de l'action plutôt que des tribunes : quarante ans d'œuvres sociales autour de la mère et de l'enfant — refuge, allaitement, retour au travail. Elle était franc-maçonne, engagement rare et difficile pour une femme de son temps.
Gisèle HalimiAudio guide du Père Lachaise : la meilleure visite guidée insolite !
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