
Entrée au Conservatoire à onze ans, premier prix au bout de huit mois, elle remporte à quinze ans le concours Wieniawski de Varsovie devant David Oïstrakh. L'avion qui l'emmenait en tournée s'écrase aux Açores en 1949 : elle meurt à trente ans, avec son frère pianiste et Marcel Cerdan.
L'histoire
Née à Paris en 1919 dans une famille de musiciens — sa mère est violoniste, son frère Jean sera son pianiste accompagnateur —, Ginette Neveu joue en public à sept ans et donne son premier concerto avec orchestre à huit. Elle entre au Conservatoire de Paris à onze ans et en sort premier prix au bout de huit mois. Ce genre de parcours produit d'ordinaire des virtuoses vite usés ; elle sera l'exception, portée par une intensité de jeu que tous ses contemporains décrivent comme physique, presque violente, et sans rapport avec son âge.
En 1935, elle se présenta au concours Wieniawski de Varsovie. Elle avait quinze ans. Elle le remporta devant un Soviétique de vingt-six ans nommé David Oïstrakh, classé deuxième, qui deviendrait l'un des plus grands violonistes du siècle et n'oublierait jamais l'épisode. Le résultat fit le tour du monde musical. Elle travailla ensuite avec Carl Flesch, le pédagogue devant qui passait toute une génération de violonistes, et jouait à vingt ans à Berlin, Varsovie, Prague et Londres quand la guerre ferma les salles.
Elle jouait Brahms, Sibelius, Beethoven, et créa le 5 mai 1943, salle Gaveau, la Sonate pour violon et piano de Francis Poulenc, le compositeur au piano derrière elle. L'après-guerre fut sa grande période : de Londres à New York, elle voyageait sans arrêt avec son frère Jean au piano, sur un Stradivarius. Les critiques parlaient d'un son large, d'un archet sans concession, d'un refus absolu de l'effet ; elle refusait les rappels faciles et bâtissait ses programmes comme des démonstrations plutôt que de céder au répertoire de virtuosité que le public réclamait. Les rares enregistrements qu'elle laisse — une trentaine de faces — ont suffi à une réputation qui ne s'est jamais démentie.
Le 28 octobre 1949, l'avion qui l'emmène aux États-Unis pour une tournée s'écrase sur le mont Redondo, aux Açores. Il n'y a aucun survivant : Ginette Neveu meurt à trente ans, son frère Jean avec elle, ainsi que le boxeur Marcel Cerdan, qui se trouvait à bord. On retrouve son Stradivarius détruit dans les débris. La disparition simultanée d'une des plus grandes violonistes du siècle et du champion du monde de boxe fait de ce vol l'une des catastrophes les plus commentées de l'après-guerre.
Sur place, ne manquez pas
La division 11 est celle de Chopin — la violoniste y repose à quelques allées du compositeur dont la tombe ne désemplit pas.
Les questions des visiteurs
Où se trouve la tombe de Ginette Neveu ?
En division 11 du Père-Lachaise, celle de Chopin et de Jean-François Le Sueur : la violoniste morte à trente ans repose à quelques allées du compositeur dont la tombe ne désemplit pas.
Frédéric ChopinA-t-elle vraiment battu Oïstrakh ?
Oui, au concours Wieniawski de Varsovie en 1935 : elle avait quinze ans, il en avait vingt-six et fut classé deuxième. Oïstrakh deviendra l'un des plus grands violonistes du siècle et n'oubliera jamais l'épisode.
Jean-Pierre MaurinComment est-elle morte ?
Dans l'accident d'avion des Açores, le 28 octobre 1949 : l'appareil s'écrasa sur le mont Redondo sans laisser de survivant. Elle avait trente ans. Son frère Jean, son accompagnateur, et le boxeur Marcel Cerdan périrent avec elle.
Miłosz MaginQue reste-t-il de son jeu ?
Une trentaine de faces enregistrées, à peine — mais qui ont suffi à établir une réputation intacte depuis soixante-quinze ans. Les critiques y entendent un son large, un archet sans concession et un refus absolu de l'effet.
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