
Émile Chartier, que tout le monde connaît sous le nom d'Alain, fut professeur de philosophie et n'a jamais écrit de traité. Sa pensée tient dans près de trois mille « Propos », deux feuillets par jour donnés à des journaux de province sur le travail, le sommeil, la guerre ou les arbres. Il enseigna vingt-quatre ans au lycée Henri-IV, où Raymond Aron et Simone Weil furent ses élèves. Pacifiste, il s'engage pourtant en 1914.
L'histoire
Émile Chartier naît le 3 mars 1868 à Mortagne-au-Perche. Il choisit l'enseignement secondaire plutôt que l'université et n'en sortira pas : sa philosophie s'écrit dans une salle de classe et dans un journal, jamais dans un traité.
En 1903, il commence à donner ses « Propos » à La Dépêche de Lorient, puis à celle de Rouen : deux feuillets par jour sur ce qui passe, la guerre, le travail, le sommeil, les arbres. Il en écrira près de trois mille — une œuvre de philosophe faite d'articles de journal.
Nommé en 1909 professeur de khâgne au lycée Henri-IV, il y enseigne pendant vingt-quatre ans. Raymond Aron, Simone Weil et Georges Canguilhem sortent de ses classes, et ses cours ont laissé plus de traces que ses livres.
Pacifiste, il s'engage pourtant volontairement en 1914 pour ne pas philosopher à l'abri, et sert comme brigadier d'artillerie ; un pied broyé en 1917 met fin à sa guerre. Il en tire « Mars ou la guerre jugée » (1921), refuse en 1927 la loi d'organisation générale de la nation et cofonde en 1934 le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes.
Une attaque cérébrale le condamne au fauteuil roulant en 1936 ; il continue d'écrire quinze ans. Il meurt au Vésinet le 2 juin 1951 et repose en division 94, sous une pierre où son nom de plume précède son état civil.
Sur place, ne manquez pas
L'ordre des noms sur la pierre : « ALAIN » d'abord, « Émile Chartier » ensuite — et, plus bas, la belle-sœur morte à trente ans en 1919.
Les questions des visiteurs
Où se trouve la tombe d'Alain ?
En division 94, avenue Circulaire, quatrième ligne, dans la partie haute et orientale du cimetière. La pierre est sobre : le nom de plume, « ALAIN », y est gravé au-dessus de l'état civil, « Émile Chartier, 1868-1951 ».
Jules RomainsQui étaient les élèves d'Alain ?
Raymond Aron, Simone Weil et Georges Canguilhem, tous passés par sa khâgne du lycée Henri-IV, où il enseigna de 1909 à 1933. Son influence s'est exercée par l'oral plus que par les livres, ce qui explique sa réputation de maître.
Sadegh HedayatQu'est-ce que les « Propos » d'Alain ?
Des chroniques de deux feuillets données à la presse à partir de 1903, d'abord à La Dépêche de Lorient puis à celle de Rouen. Il en a écrit près de trois mille : c'est là, et non dans un traité, que se trouve sa philosophie.
Gertrude SteinAlain était-il pacifiste ?
Oui, et il s'est pourtant engagé volontairement en 1914 pour ne pas philosopher à l'abri. Brigadier d'artillerie, un pied broyé en 1917, il publie « Mars ou la guerre jugée » en 1921 et cofonde en 1934 le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes.
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