
Molière s'appelait Jean-Baptiste Poquelin et connut son premier grand succès parisien en 1659, protégé par le frère du roi. Cinq années de bataille lui furent nécessaires pour monter Tartuffe, que les dévots faisaient interdire. Une convulsion le saisit en scène, le 17 février 1673, pendant la quatrième du Malade imaginaire. Le curé refusa la terre bénite à un comédien mort sans confession.
L'histoire
En 1659, Les Précieuses ridicules donnent à Jean-Baptiste Poquelin son premier grand succès parisien, au théâtre du Petit-Bourbon, sous la protection de Monsieur, frère du roi. Trois ans plus tard, il épouse Armande Béjart, fille de Madeleine et de vingt ans sa cadette — un mariage qui sera souvent malheureux.
Il lui faut cinq années de lutte pour faire jouer Tartuffe, que la Compagnie du Saint-Sacrement fait interdire. Il finit par obtenir l'autorisation : le roi tranche en sa faveur.
Le 17 février 1673, à la quatrième représentation du Malade imaginaire, il est pris d'une convulsion sur scène. Il meurt avant l'arrivée de sa femme et des prêtres : deux ont refusé de se déplacer, le troisième arrive quand il vient d'expirer.
Le curé de Saint-Eustache refuse la sépulture religieuse à un comédien mort sans confession. Sur intervention du roi, Molière est inhumé de nuit, « sans aucune pompe ni service solennel et hors des heures du jour », dans la partie non consacrée du cimetière Saint-Joseph, avec les suicidés et les enfants non baptisés. Ce cimetière disparaît en 1796 et son contenu part aux catacombes.
C'est de là que vient le doute. En 1817, l'administration du Père-Lachaise, ouvert depuis treize ans et boudé des Parisiens, organise le transfert solennel de Molière et de La Fontaine ; l'opération réussit et le cimetière devient le plus recherché de Paris. Mais l'Amicale du cimetière l'écrit sans ambages : le monument renferme un corps qui n'a aucune chance d'être le sien.
La sépulture
Un sarcophage de pierre à l'antique, sculpteur inconnu, orné d'un bas-relief de bronze à masque grotesque, posé sur un socle commun avec celui de La Fontaine et bordé d'une grille — Molière occupe celui de gauche quand on fait face au monument. L'inscription latine attribue le transfert au préfet Chabrol de Volvic et donne la mort du dramaturge en 1673, à cinquante-et-un ans. La concession à perpétuité est entretenue gratuitement par la Ville de Paris.
Sur place, ne manquez pas
Faites face aux deux tombeaux et cherchez ce qui les différencie : sinon le nom, rien. C'est le seul endroit du cimetière où deux gloires du Grand Siècle ont reçu exactement la même chose.
Les questions des visiteurs
Où est la tombe de Molière au Père-Lachaise ?
En division 25, sur un socle commun avec Jean de La Fontaine, le long du chemin qui monte depuis l'avenue principale. Les deux sarcophages de pierre, entourés d'une grille, sont l'un des repères les plus connus du cimetière.
Jean de La Fontaine, division 25Molière est-il vraiment enterré ici ?
Rien n'est certain. Enterré de nuit en 1673 au cimetière Saint-Joseph, il fut exhumé sous la Révolution, et les ossements transférés en 1817 ne sont pas formellement identifiés. Le monument vaut donc autant comme hommage que comme sépulture.
Les débuts du cimetièrePourquoi a-t-on transféré Molière au Père-Lachaise ?
Pour lancer le cimetière : ouvert en 1804, il restait presque vide, jugé trop loin de Paris. L'arrivée de Molière et de La Fontaine en 1817, très mise en scène, changea sa réputation en quelques mois — le premier coup de communication funéraire de l'histoire.
Delille, premières grandes obsèquesQuels autres hommes de théâtre reposent au Père-Lachaise ?
Le tragédien Talma en division 12, les comédiennes Louise Contat et Mlle Raucourt en division 20, Sarah Bernhardt en division 44 : de Molière à nos jours, la troupe est presque complète.
Talma, division 12Audio guide du Père Lachaise : la meilleure visite guidée insolite !
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