Jeanne DELAGE
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Sculptrice.
Jeanne Delage, fille d'un armateur charentais, disposait de ce qui manquait à presque toutes les femmes de son temps : les moyens de se former et d'exposer. Sculptrice, elle montre son travail en 1913 au Salon d'Automne, la jeune institution qui accueillait les modernes, puis à partir de 1920 au Salon des artistes français, dans le circuit académique. On lui doit l'une des plus belles épitaphes du cimetière.
L'histoire
Née en 1877 à Tonnay-Charente, Jeanne Marguerite Delage est la fille de Jean-François Fernand Delage, négociant armateur, et de Pauline Mathilde Coudert de Prévignaud. Le port vivait du commerce fluvial et maritime, et les armateurs y formaient une bourgeoisie aisée tournée vers l'Atlantique : une fille de ce milieu disposait des moyens de se former et d'exposer, ce que la plupart des femmes de sa génération n'avaient pas.
Elle est sculptrice, et expose au Salon d'Automne en 1913 — l'institution jeune et ouverte, fondée en 1903, qui accueillait les modernes quand les salons officiels leur résistaient. Elle devient ensuite membre à vie du Salon des artistes français et y expose régulièrement à partir de 1920, dans le circuit académique cette fois. Passer du Salon d'Automne au Salon des artistes français, c'est traverser toute la distance qui séparait alors l'avant-garde de l'institution officielle.
Elle expose également au Salon des femmes peintres et sculpteurs. L'existence même de ce salon dit la difficulté : créé en 1881 parce que les femmes étaient marginalisées dans les salons ordinaires, il leur offrait un espace propre — solution ambiguë, qui donnait une visibilité tout en confirmant la séparation. L'École des beaux-arts, elle, ne s'ouvrit aux femmes qu'en 1897.
Elle meurt à Paris le 5 septembre 1954, à soixante-dix-sept ans, et repose en division 89, avenue Aguado. La tombe est celle de sa famille : sa mère Mathilde Delage, née Coudert de Prévignaud (1858-1927), y figure sous une inscription d'une tendresse appuyée, tandis que la sculptrice n'a droit qu'à son nom et à ses dates.
Les deux épitaphes de cette tombe se répondent. En façade : « À nos parents vénérés. Ici dorment ceux dont le souvenir orne ma vie. » Puis, pour la mère, morte vingt-sept ans avant elle : « À l'épouse adorée, à la mère vénérée et chérie, vivant en nos cœurs et en nos pensées. » Rien n'y dit la sculpture — la fille artiste s'efface derrière la fille aimante.
La sépulture
Deux épitaphes qui se répondent, et pas un mot de métier. En façade : « À nos parents vénérés. Ici dorment ceux dont le souvenir orne ma vie. » Puis, pour sa mère : « À l'épouse adorée à la mère vénérée et chérie, vivant en nos cœurs et en nos pensées. Mathilde DELAGE, née COUDERT de PREVIGNAUD, 30 septembre 1858, 13 mai 1927. » La sculptrice s'efface entièrement derrière la fille — aucune des deux inscriptions ne mentionne son travail.
Sur place, ne manquez pas
L'épitaphe de façade est l'une des plus belles du cimetière : « Ici dorment ceux dont le souvenir orne ma vie. » Rien n'y indique que celle qui l'a fait graver était sculptrice.
Les questions des visiteurs
Où se trouve la tombe de Jeanne Delage ?
En division 89, avenue Aguado, treizième ligne. On la remarque à son épitaphe : « À nos parents vénérés. Ici dorment ceux dont le souvenir orne ma vie. » — l'une des plus belles du cimetière.
Joseph SpiessOù exposait-elle ?
Au Salon d'Automne en 1913 — institution jeune et ouverte aux modernes —, puis régulièrement au Salon des artistes français à partir de 1920, dont elle était membre à vie, et au Salon des femmes peintres et sculpteurs.
Susan DurantQu'était le Salon des femmes peintres ?
Un salon créé en 1881 parce que les femmes étaient marginalisées dans les salons ordinaires. Il leur offrait un espace propre — solution ambiguë, qui donnait une visibilité tout en confirmant la séparation.
Geneviève ClaisseQue disent les inscriptions ?
Elles se répondent : « À nos parents vénérés. Ici dorment ceux dont le souvenir orne ma vie », puis, pour sa mère, « À l'épouse adorée, à la mère vénérée et chérie, vivant en nos cœurs et en nos pensées ». Rien n'y dit la sculpture.
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