
Fils d'un lunetier de Morez, la ville du Jura d'où sortait l'essentiel de la lunetterie française, Georges Lissac ouvrit en 1919 un magasin rue Dauphine avec deux de ses frères. Il y proposa le paiement échelonné — le crédit optique — et fit de l'opticien un homme de mesure : pour lui, on ne vend pas des montures, on vend de la vue. Ses montures Amor, lancées en 1946, étaient vendues un an plus tard par 95 % des opticiens français.
L'histoire
Georges Lissac naît en 1894 à Morez, dans le Jura, la petite ville de montagne d'où sortait alors l'essentiel de la lunetterie française. Son père Henri y est lunetier et député du département. Le métier, à l'époque, est un commerce d'objets : la paire de lunettes se vend chez l'horloger ou le bijoutier, sur présentoir et au comptant, pour l'équivalent de plusieurs journées de salaire ouvrier — un ouvrier myope ou presbyte s'en passe, avec les conséquences qu'on imagine sur son travail. Le fils ne reprendra pas l'atelier paternel : il ira vendre à Paris ce que Morez fabrique.
En 1919, rentré de la guerre, Georges Lissac ouvre avec deux de ses frères un magasin d'optique rue Dauphine, à Paris. Il y propose le paiement échelonné — le crédit optique —, et la paire de lunettes cesse d'être un achat impossible pour devenir une dépense étalée sur plusieurs mois. Son autre idée n'est pas commerciale mais professionnelle : pour lui, l'opticien vend de la vue et non des montures, et le magasin devient le lieu où l'on mesure un œil, où l'on corrige et où l'on suit un client d'une paire à la suivante. Les trois frères fondent en 1931 la société Les Frères Lissac.
Le principe fait le succès de la maison, qui essaime. En 1938, les Lissac ouvrent rue de Rivoli le premier « mégastore » de l'optique française — un magasin d'opticien conçu comme un grand magasin. Après la guerre, ils passent de la vente à la fabrication : les montures Amor, lancées en 1946, sont vendues un an plus tard par 95 % des opticiens français. L'enseigne compte aujourd'hui des dizaines de magasins en France.
Il meurt en 1969 et repose en division 1, la première du cimetière, celle qui borde l'entrée principale, sous une pierre qui porte « Famille Georges LISSAC » et rien d'autre. Trois ans plus tard, ses sociétés fusionnent avec leur concurrent Essel pour former Essilor, aujourd'hui premier fabricant de verres correcteurs au monde. Son nom se lit chaque jour sur des façades, par des gens qui ignorent qu'il a existé.
Sur place, ne manquez pas
Son nom se lit chaque jour sur des façades de magasins — comme celui de Gamichon, fondateur oublié de Chantelle, en division 2.
Les questions des visiteurs
Où se trouve la tombe de Georges Lissac ?
En division 1 du Père-Lachaise, la première du cimetière, celle qui borde l'entrée principale — division de René de Buxeuil, d'Edmé Champion et des sœurs Carita. De sa maison d'optique est sorti le groupe Silor, qui a fusionné en 1972 avec Essel pour former Essilor, premier fabricant mondial de verres correcteurs.
Edmé ChampionQu'a-t-il inventé ?
Le crédit optique : le paiement échelonné d'une paire de lunettes, qui transforme un achat impossible pour un salaire ouvrier en une dépense étalée sur plusieurs mois. Il tenait aussi que l'opticien vend de la vue et non des montures — un métier de mesure, pas de présentoir.
François Auguste GamichonPourquoi les lunettes étaient-elles inaccessibles ?
Parce qu'elles se vendaient chez l'horloger ou le bijoutier, au comptant, pour l'équivalent de plusieurs journées de salaire ouvrier. Un ouvrier myope ou presbyte s'en passait — problème de santé publique que personne ne traitait comme tel.
Christiane NitzelLa marque existe-t-elle encore ?
Oui : l'enseigne Lissac compte des dizaines de magasins en France, plus d'un siècle après le magasin de la rue Dauphine. Ses sociétés, elles, ont donné autre chose — fusionnées en 1972 avec le concurrent Essel, elles ont formé Essilor, premier fabricant mondial de verres correcteurs.
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