
Surnommé « le roi laid », il fut l'acteur le plus populaire de Turquie avant de passer derrière la caméra pour filmer les paysans kurdes et les prisons — ce qui lui valut d'y retourner. Détenu à partir de 1974, il envoyait ses consignes par courrier : Yol, tourné ainsi, obtint la Palme d'or en 1982. Sa pierre grave « Ylmaz », à une lettre près.
L'histoire
Né le 1ᵉʳ avril 1937 près d'Adana, dans une famille de journaliers kurdes, Güney devient l'acteur le plus populaire de Turquie — on le surnomme « le roi laid ». Une centaine de films en dix ans, et une célébrité qui lui donne les moyens de passer derrière la caméra.
Son cinéma se politise : les paysans kurdes, la misère anatolienne, les prisons. Les poursuites suivent, pour ses écrits autant que pour ses films, et l'enferment plusieurs fois.
Emprisonné en 1974, il continue à travailler : il écrit les scénarios, envoie ses instructions de mise en scène par courrier et fait tourner ses assistants. Yol, la permission, dirigé de la sorte par Şerif Gören, remporte la Palme d'or à Cannes en 1982 — Güney s'était évadé l'année précédente et avait gagné la Suisse, puis la France.
Déchu de sa nationalité turque, il tourne encore Duvar à Paris. Ses films resteront interdits en Turquie pendant une vingtaine d'années.
Il meurt d'un cancer le 9 septembre 1984, à quarante-sept ans, et repose en division 62, avenue du Boulevard, première ligne. Son monument n'est ni de pierre ni de marbre : l'architecte Erdal Sorgucu l'a fait en aluminium.
La sépulture
Un monument d'aluminium dessiné par l'architecte Erdal Sorgucu (né en 1959) : le matériau est presque unique au Père-Lachaise, où le marbre et le calcaire règnent, et il donne à la sépulture un éclat mobile selon l'heure. L'inscription porte « Ylmaz Guney 1937-1984 » — le prénom amputé de son « i », erreur de gravure jamais reprise. Fleurs et rubans s'y renouvellent quarante ans après la mort du cinéaste.
Sur place, ne manquez pas
Le monument est en aluminium : il change de teinte avec la lumière, ce qu'aucune pierre du cimetière ne fait. Puis lisez le prénom gravé — il manque une lettre.
Les questions des visiteurs
Où se trouve la tombe de Yılmaz Güney ?
En division 62, avenue du Boulevard, première ligne, dans la partie orientale du cimetière. Le monument d'aluminium se repère de loin. La tombe reste un lieu de recueillement pour les diasporas kurde et turque de France.
Joseph JoffoComment Güney a-t-il pu réaliser un film en prison ?
En écrivant le scénario et en envoyant ses instructions de mise en scène par courrier à son assistant Şerif Gören, qui tournait à sa place. C'est ainsi que fut réalisé Yol, Palme d'or 1982, avant l'évasion de Güney en 1981.
Ahmet KayaQue lit-on sur la tombe de Yılmaz Güney ?
« Ylmaz Guney 1937-1984 » : le prénom est gravé sans son « i », probable erreur du graveur. Le monument, en aluminium, est dû à l'architecte Erdal Sorgucu — un matériau presque unique au Père-Lachaise.
Uğur HükümQuels autres artistes exilés reposent au Père-Lachaise ?
Le Hongrois Imre Nagy, le Guatémaltèque Miguel Ángel Asturias, l'Ukrainien Nestor Makhno et l'Américain Richard Wright y ont leur sépulture — tous morts loin du pays qu'ils avaient quitté ou qui les avait chassés.
Imre NagyAudio guide du Père Lachaise : la meilleure visite guidée insolite !
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